Sainte Claire d'Assie [microforme]
L'an 1212, le dimanche des Rameaux qui se trouvait tomber le 19 mars, dans la cathédrale d'Assise en Italie, l'évèque, Mgr Guido, officiait pontificalement et faisait lui-même la benédiction des palmes qu'il allait ensuite distribuer de sa main aux fidèles agenouillés à la Lalustrade. C'était alors l'usage.
Dans un banc de famille, au fond de l’église, en compagnie de sa mère et de ses deux soeurs, était une jeune fille d’une beauté remarquable, richement vêtue, étincelante sous es joyaux précieux dont clle était ornée. Pensive et absorbée en Dieu, elle reste immobile à sa place, oubliant de se présenter avec les autres. Le prélat la remarque et avec une tendre sollicitude, une attention toute paternelle, il descend de son trône, traverse la nef et va, à l'admiration de tous, porter une palme à la jeune fille. Celle-ci, comme au sortir d’une extase, prend le rameau bénit, se lève et suit la proces-
sion qui se fait autour de l’église. C'est le lendemain
ES
seulement que ses parents, intrigués et émerveillés, auront la clef de l'énigme.
Cette jeune fille, alors agée de dix-huit ans, s'appelait Claire Safi, Elle était née dans un château d'Assise, le 11 juillet 1194. Son père l'avorino de Scifi et sa mère Hortulane étaient également nobles et appartenatent à la plus haute aristocratie d'Assise. Ils possedatent de grandes richesses et étaient tous deux d'une profonde pieté.
La vocation de l'enfant avait été, dés avant sa naï:sance, annoncée à sa mére, Une voix du ciel lui avait dit: Celle à qui bientôt vous donnerez le jour, sera une clarté qui éclairera le monde. Ainsi prévenue Hortulance fit donner à sa file le nom de Claire. Plus tard un pape, Alexandre IV, déclarera que Claire était en effet devenue la clarté des àmes par l'éclat de ses oeuvres et par la lumière de ses exemples.
L'enfance de Claire, clevée dans une famille très religieuse, se passa sans offrir d'incidents bien remarquables. Certains auteurs toutefois nous disent que, toute jeune encore elle portait un cilice, qu'elle comptait avec de petites pierres, ses oraisons incessantes, qu'elle exercait envers les pauvres une charité qui allait jusqu'au sacritice. On dit encore que des l'age de quinze ans, elle avait plusieurs prétendants, dont l'un méme fut
agréé par ses parents et que, pressée de consentir au
Ar Age AVANtAgEUX qu'on ur proposait elle finit par declarer qu'elle s'était consacrée à Dieu, et que rien au monde he saurait la faire revenir sur sa décision, Depui. lors, ce fut pour elle un etat de lutte et de rési, tance propre à ut rendre le vie amère et pénible,
Mais à cette méme epoque, Claire va se mettre sous la chrection spirituelle du pauvre d'Assise, de François. Le séraphique patriarche préchait dans Féglise de Saint- Georges, le carème de cette année 1212. La jeune fille alla l'entendre, 4 parla merveilleusement du mépris du monde, de la penitence, ce la pauvreté volontaire, de l'aspiration vers le ciel, de la nudité, de fa honte et des satntes souffrances de Jesus crucitie,
l'rofondément impressionnec par cœtte prédication, Claire alla trouver François, lui ouvrit son me, lui fit connaitre son dessein bien arreté de quitter le monde, pour vivre dans la pureté parfaite et dan. la sainte pauvreté. françois lui désigna le soir du dimanche des Rameaux, comme le terme où elle aurait à échanger Les Plaisirs de ce monde, contre le deuil des souffrances du Sauter, En effet, cette nuit-là mème, Claire, qui redoutait avec raison l'opposition irréiuctible de ses parents, accomplit secrètement son évasion, à la faveur des tenchres, et escortée d'une matrone de <es amies,
Elle sort de la maison par une porte de derrière, qui se
trouvait bouchée par des tas de bois et de pierres, qu'elle
roue
enlève de ses propres mains, avec une vigueur étonnante, et court à l'église de la Portioncule, située à un mille de là, où François et ses frères l'attendaient avec des torches allumées. Elle est conduite dans l'église de Sainte-Marie des Anges, à l'autel de la Vierge, elle s'agenouille, sanctionne son renoncement av monde * par amour pour le très saint et cher Enfant, enveloppe de langes et couché dans la crèche ”. L'holocauste est complet, tout est sacrifié, tout est inmolé; Jeunesse, beauté, noblesse, gloire et fortune, joies et plaisirs de ce monde, tout disparait pour Claire qui a échange ses vêtements mondains contre la robe de bure grossière, qui a mis une corde avec des noeuds à la place de sa riche ceinture, qui a jeté au loin ses brodequins de soie pour rester désormais pieds nus, et oui se dépouille frnalement de sa belle chevelure d'or, pour se couvrir la tète d'un voile noir.
Elle prononce ses voeux, puis elle est reconduite, non plus dans le palais de ses ancêtres, mais at monastère de Saint-Paul, chez les Bénédictines, qui donnent pour quelque temps l'hospitalité à la nouvelle religieuse.
C'est de ce jour que date l'origine du second ordre de saint François, celui des Pauvres Clarisses, dont nous célbrons aujourd'hui mème le septième centenaire. Cependant, tout n'alla point sans de grands obstacles et
le douloureuses épreuves.
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Ses parents affligé eurent bientot découvert la retraite de Claire. Son père et ses oncles viennent au monastère, voient la jeune fille, la supplient avec des promesses, où ui enjoignent avec des menaces, de rentrer au foyer. Elle demeure inflexible. On veut recourir à la violence elle s'échappe de leurs mains, et va chercher refuge dans le sanctuaire. On la suit jusque là. Elle saisit les nappes de l'autel. et voyant que rien ne peut fléchir la colère de son pere, elle enleve finalement son voile et laisse voir sa tête rasée. Enfin, on Hi laisse la paix avec la victoire, Cependant, saint François jugea bon de lui faire changer de monastère et de l'envover dans celui de Saint-Ange, qui se trouvait hors de la ville.
Quelques jours après, sa soeur Agnes, ägée de quatorze ans, fuvait à son tour la maison paternelle et venait la rejoindre pour <e livrer avec elle aux mêmes exercices de prières et de mortification, Le pére exaspéré cette fois, vint avec son frère Monald ct douze homines armés comme pour la guerre, bien détermine à s'emparer à tout prix de sa fille et à la ramener à son foyer avec une bonne correction.
Les soldats pénètrent dans le couvent et sur le refus d'Agnès de les suivre, l'accablent de coups, la jettent par
terre, la foulent aux pieds, puis l'ayant saisie par les
cheveux, veulent ainsi l'entrainer hors du couvent. Elle
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criait: * Claire, Claire, viens à mon secours. ” Cependant des boucles de ses cheveux et des lambeaux de sa robe s'accrochaient aux arbustes le long du sentier. Claire était en prière devant Dieu. Tout à coup, Agnes, que l'on trainait sur le chemin, devient si lourde que plasicurs honumes ne peuvent la lever, ni la remuer, * On croirait, dit l'un d'eux, qu'elle à mangé du plomb toute la nuit, Son oncle, pris de rage, lève sa main gantée de fer, pour écraser la tête de la jeune fille, et il reste comme pétrifie dans ce geste. Enfin, Claire arrive, pri ces hommes de cesser leur violence, Hs se retirent tout honteux. Agnes se relève triomphante et les deux socurs s'immeolent ensemble, joveuses du combat qu'elles viennent de subir pour l'amour de Jésus-Christ. Cependant, le monastére de Kaint-Ange n'était qu'un asie provisoire, Bientot, cles allèrent s'établir à Saint- Damien dont sait Francois, dans des vues prophéti-
ques, venait de restaurer Féglise, et où l'ordre de Sainte-
Claire devaut recevoir <on existence propre, basée pour té vu! ): = LAS & SU l | Fat Le Lui l'ete (est de néme monastére que sainte Claire parlera
it, en disant à <es soeurs: Considerez les iunerises bicniaits que nous avons reçus de Dieu par notre Pere saint François, non seulement après notre conversion, notre profession religieuse, Mais au-
paravant déjà. quand nous ctions dans la vanité au
siècle. Car, dès le commencement de sa conversion, n'ayant pas encore de Frères, ni de compagnons, il rebatissait l'église de Saint-Mamien, où il avait été pleinement comsolé, visité par le Seigneur, et enfin poussé à laisser le siècle tout à fait. Alors, avec une joie extrême et dans la lumière de l'Esprit-Saint, il a prophétisé, il a prédit de nous ce que le Seigneur a depuis accompli. Monte sur les murs de cette église, et appelant les pauvres de l'endroit, il nous disait à haute voix: * Venez, aidez-moi, pour réparer ce monastère de Saint-Damien: parce qu'il y aura ici des dames dont la réputation, la vie feront glorifier notre Père, dans toute sa sainte Eglise ”
Bientot, des vocations se dessinent, amènent à Claire de nouvelles compagnes parmi lesquelles, au prenmier rang, sa mère devenue veuve et sa plus jeune soeur Béatrice. En effet, elles ont à l'exemple de Claire, distribué aux pauvres tout leur bien, Elles ont renoncé à toutes les pompes mondaines pour se vètir de la bure et vivre dans ja plus parfaite pauvreté.
Claire est établie, par François lui-même à qui elle a voue obéissance, supérieure et abbesse de la communauté, qui bientot compte cinquante membres. Elle n'exerce guère son autorité que pour
donner à tous l'exemple de la mortification et de
l'humilité. Elle s'attribue les emplois les plus bas et les
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travaux les moins agréables, Sa préoccupation dominaute était bien celle de vi + clle-même et de maintenir ses soeurs dans une absolue pauvreté personnelle et collective, faisant que l'on devait refuser toute rente et tout revenu, sous une forme quelconque. et s'en rapporter uniquement pour chaque jour, à la divine Providence et aux aumoncs qu'elle pourrait leur faire accorder.
Ce dessein admirable de ressembler à ce point à Jésus dénué de tout, durant toute sa vie temporelle, reçut plus d'une fois la consécration divine par des miracles éclatant. Un jour, le diner sonne à l'heure règlementaire, chacune se rend au réfectoire, F'abbesse, ayant dit la pricre, constate qu'il n'y a devant elle et pour toute la communauté, qu'un pauvre petit morceau de pain. Elle ordonne à la dépensière de le diviser en cinquante parts pour les distribuer aux cinquante religieuses présentes. Chacune en eut abondamment pour son repas. Un autre jour, c'est l'huile qui faisait défaut, dont il ne restait plus une goutte dans le baril que l'on veut aller faire remplir par la charité, et il se trouve que tout à coup Fhuile déverse à plein bord. Et disonsde tout de suite, dans tous les monastères fondés du vivant de la Sainte, comme dans tous ceux qui sont venus par la suite, et qui ont gardé à ce point l'amour et la pratique de la
sainte pauvreté, la Providence semble s'être complue à
mañiiester ss attentions maternelles, si bien que tou-
jours et partout les Pauvres Clarisses, comme les petits oiseaux dans leurs nids, où comme les Es dans la vallée, n'ont jamais manque du strict nécessaire.
Et c'est bien ici dans notre cher monastère de Valleyfield, aussi pauvre que tout autre, qu'il nous incombe d'en rendre gloire à Dieu et à sainte Claire, sa servante Nous pouvons donc compter sur la promesse faite par la sainte fondatrice : * Mes chères soeurs, disait-elle souvent, notre communauté continuera d'être agréable au Scigneur, tant qu'elle sera riche de pauvreté; elle sera ouioure stable, toujours indestructible, tent qu'elle
era défendue par la tour évangélique de la très haute pauvreté ©
Pauvre ct mortifice, c'est la logique mème, et c'est pour <e renoncer que Claire s'est faite pauvre, et se renoncer en tout et de toute façon. Le costume qu'elle adopta : le voile, la tunique, le cordon, le manteau, tout était vi, grossier, et recouvrait au surplus un dur cilice. Elle couchait d'abord sur la terre nue, qui était le pavé de son pauvre couvent, Ensuite sur des sarments de viyne avec ui morceau de bois pour oreiller. Plus tard, quelques planches, avec un peu de paille dans un sac de toile et un traversin très dûr, tel était le lit de sainte Claire, tel est aujourd'hui encore celui des Pauvres Cla-
risses, Son repos du reste était court; elle prolongeait
ses veilles, passant de longues heures de la muit en
prière devant le Saint-Sacrement, versant d'abondantes larmes en méditant sur les douleurs de Jésus- Christ et son infinie nuséricorde. Une fois, l'ange des tenchres lui apparait au milieu de son oraison, sous la figure d'un petit enfant tout noir et lui dit Nitu ne cesses de pleurer, tu deviendras aveugle Elle répondit : * Celuidà verra bien clair qui aura l'honneur de voir Dieu
L'abstinence perpétuelle et le jeune dont elle devait faire pour ses filles en religion la règle ordinaire, furent par elle poussés à tel point que saint François et l'éveque d'Assise durent unir leurs efforts pour l'obliger à modérer ses riguieurs.
Le travail manuel alterne avec l'oraison contemplaüve; les religieuses ne quittent le choeur que pour reprendre l'ouvrage interrompu, et qui a pour objet d'orner les tabernacles des églises pauvres et de fournir les linges d'autel Du reste, tout <e fait par pure charité, sans l'apparence mème de pécule ; le labeur ainsi accompli étant tout simplement pour les Clarisses une condition normale de la vie monastique.
La maladie elle-même, loin d'arrêter Claire dans les voies de la perfection, lv affermit davantage et la fait avancer plus rapidement vers les sommets de la sainteté.
Retenue dans sa cellule, incapable de se lever et d'al-
ler à tmatines, elle se met en prière et de son pauvre grabat, elle entend distinctement tout l'office, chanté par Îles religieux de saint François, dans l’église de Notre-Dame de la Portioncule, située assez loin de son monastère; mieux encore, c'est la nuit de Noël et elle voit de ses yeux l'enfant-Fésu< couché dans la crèche. Les foveurs de ce genre sont fréquentes dans la vie de sainte Claire. Où eut dit qu'elle obtenait de Dieu tout ce qu'Ulle lit demandait,
Son credit extraordinaire fut d'un grand secours à tout sn monastère dans deux circonstances spéciales où toutes les religieuses coururent les plus grands dangers.
Un empereur impie, cruel, Frédéric T1, ravageait la vallée de Spolète qui appartenait au Saint-Siège. Il avait dans son armée un gran: nombre d'infidèles, ennemis barbares du nom chrétien. C'est avec eux qu'il vint assiéger la ville d'Assise, voulant d'abord prendre d'assaut le monastère des Pauvres Clarisses. Le déshonneur et la mort, tout est à craindre, pour ces pauvres femmes sans défense, Déjà, les soldats escaladent les murs. Les religieuses courent se grouper autour de Claire, en ce moment souffrante à l'infirmerie. Claire <e fait mettre dans un fauteuil et porter à l'entree du monastère. Elle demande que l'on place auprès d'elle et bien en vue de l'armee ennenrie le ciboire con-
tenant la Sainte Réserve. En dépit de ses douleurs, elle