‹ Sainte Colette (1381-1447)Chapitre 14 sur 19 · ICI BEPOSE LE CORPS DE LA SAINCTE ET VERTVEVSE MEBE, SOEUR COLETTE · texte numérisé non relu

ICI BEPOSE LE CORPS DE LA SAINCTE ET VERTVEVSE MEBE, SOEUR COLETTE

abbesse et réformatrice de l'ordre Saincte Claire laquelle trespassa l'an de Notre Seigneur MCCCCXLVII le vi e jour de mars ce présent lieu, simplement sepul-

turé et depuis par Tauthorité de TR Père en Dieu Mgr Charles de Croy, evesque de Tournay,fust my reverement jusques a ceste hauteur icy patente par le TR Père en Dieu Mgr Nicolas, evesque de Sarepte, suffragant de Tournay, le jour de l'Ascension Notre Seigneur, après avoir célébré la haulte Messe et Pontifical, et aultres cérémonies a che requises, ayant noble assistence du Vénérable père confesseur et religieux de Chéans l'an XV* XXXVI le xxv e de may.

En 1577, lorsque les fureurs des huguenots ravageaient les Flandres, les Claristes de Gand s'enfuirent, confiant à des voisins diverses choses précieuses. Elles emportèrent le corps de la sainte à Arras. Ainsi se vérifia sa parole à Philippe de Saveuse, l'invitant à venir fonder le couvent d'Arras : « Si je n'y vais pas vivante, j'y irai morte. »

En i586, les Claristes rentrent à Gand avec leur précieux trésor; parmi les choses confiées au dehors dont elles pleuraient la perte, il faut citer l'anneau apporté du ciel à sainte Colette par saint Jean l'Evangéliste, qui avait été remis aux Bénédictins et ne se retrouva jamais.

En 17475 le procès de canonisation étant bien avancé, on procède à une reconnaissance des reliques et on les replace au même lieu.

En 1782, l'empereur Joseph II, dans son délire antimonastique, chasse les Claristes de ses États. Les pauvres religieuses de Gand allaient être obligées de passer en exil. Madame Louise de France,

carmélite à Saint-Denys, les prit sous sa protection et leur obtint un asile au couvent de Poligny.

Le prince-évêque de Gand, Mgr Lobhowitz, accorda à l'abbé de Saint-Sulpice, envoyé de Madame Louise, que les coletines emporteraient dans leur exil le corps de leur mère. Le don fut fait « à Madame Louise de France j». Cependant le clergé de Gand cherchait à modifier la décision du princeévéque et on craignait une émeute populaire lors de l'enlèvement des reliques de sainte Colette. L'abbé de Saint-Sulpice prit donc ses dispositions et sœur Marie des Anges, tourière, vêtue en séculière, emporta nuitamment le pesant coffre chez un ecclésiastique favorablement disposé. C'était le 10 septembre 1783. Son héroïsme dans ce transport au-dessus des forces humaines fut récompensé lors de son arrivée à Poligny par son élévation au rang de religieuse de chœur.

L'abbé de Saint-Sulpice partit aussitôt pour Lille où la châsse fut déposée par lui dans le couvent des Carmélites après que la prieure et le supérieur du monastère, provincial des Carmes déchaux, eurent prêté serment de défendre l'intégrité de cet inestimable dépôt. Le prince-évêque de Gand pardonna à l'abbé son équipée et les coletines furent enfin remises de leurs alarmes.

Elles partirent de Gand sous la conduite de l'abbé de Saint-Sulpice et vinrent droit à Lille où

elles retrouvèrent avec grande joie les reliques de leur Mère.

La seconde étape fut chez les coletines d'Arras. De là on passa chez les cordelières de Doullens ; on dîna le jour suivant chez les capucines d'Amiens. En route, une voiture versa près de Bretèuil et deux religieuses furent blessées. Cela occasionna un retard qui obligea à coucher à Bretèuil où il n'y avait point de communauté. Il fut même fort difficile de trouver une auberge à cause des troupes. L'abbé de Saint-Sulpice déposa la châsse dans sa chambre.

Le lendemain, on dîna à Clermont, on soupa à Chantilly et, le jour suivant, les coletines, arrivées à Saint-Denys, furent présentées à Madame Louise ; la princesse ayant entendu lecture de l'acte du prince-évêque qui lui faisait don de la châsse de sainte Colette, déclara aussitôt elle-même qu'elle l'offrait au monastère de Poligny.

De Saint-Denys les coletines passèrent à Paris au monastère des capucines. On y fit la reconnaissance canonique des reliques et on préleva pour Madame Louise une parcelle du manteau de la sainte réformatrice.

La châsse et les sœurs restèrent neuf jours chez

les capucines de Paris. Madame Louise leur fit ac-

. corder des voitures de la cour, et le 8 octobre la

pieuse compagnie passa de Paris à Provins, où elle

fut reçue chez les Bénédictines, puis aux Grangesde-Troyes, où Ton dut loger chez le maître de poste, à Troyes où Ton passa un jour chez les visitandineset un jour chez les carmélites pour contenter la dévotion de ces deux pieuses communautés, puis chez les bénédictines deChâtillon.

Le mauvais temps força l'abbé de Saint-Sulpice à arrêter sa compagnie dans une auberge au Val- Suzon; de là, traversant Dijon, on vint à Dole chez les cisterciennes de l'abbaye d'Ounans. Touchante coïncidence, le repas y fut présidé par M. Boisot, abbé de Saint-Paul de Besançon et supérieur des dames d'Ounans, descendant de ce Jean Boisot que sainte Colette avait ressuscité à Besançon. La châsse fut processionnellement portée chez les carmélites et les tiercelines et Mme de Broissia offrit son carrosse pour la transporter jusqu'à Poligny. Là, la réception la plus magnifique était préparée à sainte Colette; le marquis d'Astorgue, gouverneur de Poligny, les délégués de l'archevêque de Besançon, le chapitre collégial de Saint-Hippolyte, un nombreux clergé et une foule considérable attendaient les coletines à la porte de la ville. Elles prirent place dans la procession couronnées de fleurs et une palme à la main ; une première station se fit dans l'église des ursulines dont une religieuse, aveugle depuis sept ans, recouvra subitement la vue en baisant la châsse. *

On passa de là au monastère des claristes. La reliqueinsigneentraalorsdansréglise,oùMmed'Astorgue, malade de langueur, fut soudain guérie. Le vicaire général de Villefrancon, depuis archevêque de Besançon, fit un touchant discours, et la ville donna ensuite à l'abbé de Saint-Sulpice des fêtes magnifiques dont le détail nous est conservé dans l'ouvrage du P. Elie Harel : Histoire de l'émigration des religieuses supprimées dans les Pays-Bas, qui parut à Bruxelles deux ans plus tard.

Hélas! huit ans après ce triomphal accueil, les claristes dePoligny, en même temps que toutes leurs sœurs de France, étaient à leur tour chassées de leurs monastères dont beaucoup ne devaient jamais se relever. Les coletines de Gand reprirent le chemin de l'exil ; elles durent laisser le corps de leur Mère à Poligny ; mais, du moins, purent-elles emporter son manteau.

Le 4 septembre 1792, les Claristes de Poligny furent expulsées. Elles n'avaient pu emporter le corps de sainte Colette, brutalement inventorié. Le lendemain, le curé intrus en faisait la translation à l'église « ci-devant collégiale ». Bientôt ce culte sacrilège disparaissait à son tour, et l'église devenait une salle de réjouissance ; la châsse était toujours sur son autel. Un individu proposa un jour dans une réunion tenue sous la présidence d'un conventionnel impie entre tous, Lejeune, le même

qui dans son enragée folie avait détruit les reliques de saint Claude et la Sainte Hostie miraculeuse de Dole, de brûler * M. Hippolyte et Mlle Colette ». Il se passa alors un fait tout à l'honneur de nos populations franc-comtoises : de même qu'à Dole les hommes avaient réclamé en émeute la permission de faire la procession de la Sainte Hostie de miracle interdite par Lejeune, le mardi de la Pentecôte 1793, de même qu'on avait dû employer une nuit obscure, et la demeure d'un particulier pour détruire le corps jusque-là intact du thaumaturge saint Claude, il se trouva à Poligny des hommes pour protester contre cette proposition de folie sectaire, et devant les grondements de la foule on décida de surseoir au lendemain ; Tordre néanmoins fut donné.

. Une des claristes restées à Poligny, Sœur Constance Parpandet, pénétra la nuit suivante dans l'église; avec l'aide de quelques honnêtes gens qui se sachant sous la protection de la sainte ne craignirent pas de risquer leur tête, elle cacha la chasse dans la chapelle même où elle se trouvait en l'enfouissant sous un amas de décombres. Le lendemain les sans-culottes trouvent la cage vide ; Dieu permet qu'ils ne sachent à qui imputer leur déconvenue et ils se retirent en blasphémant et en allant, comme la plupart leurs frères en révolution, noyer leur rage au cabaret. Cependant on

annonce le nettoyage de l'église pour la fête de la déesse Raison. Deux charpentiers, les Lugan, père et, fils, avec Sœur Constance, viennent, pendant l'absence des ouvriers, occupés à leur repas, enlèvent les décombres, vident la châsse et emportent le coffret; les ouvriers au retour trouvèrent la châsse vide sortie des décombres et s'emportèrent en vaines injures. La relique était dans les combles de l'église où ils n'eurent pas l'idée d'aller la chercher. Deux jours après, Sœur Constance, pieds nus, pénétrait nuitamment dans l'église dont les portes avaient été brisées la veille et emportait le coffret chez elle ; puis, pour plus de sûreté, elle le confiait à la famille Barbier qui le déposait dans un caveau secret.

Le 19 novembre i8o3, Sœur Constance pouvait révéler sa cachette et la relique était solennellement transportée à l'Hôtel de Ville. En hâte on fait réparer une chapelle de la collégiale, et on l'y replace le 6 mars 1804. Une reconnaissance solennelle eut lieu le i4 niai 1807, à l'occasion de la canonisation de sainte Colette.

En 1817, Sœur Gertrude Brocard, rentrée après la crise au monastère de Romans, pouvait relever le cher couvent de Poligny ; en 1822, l'archevêque de Besançon, à la demande des claristes, ordonna que la châsse de sainte Colette leur fut rendue. La translation eut lieu le 12 décembre. C'est donc

maintenant dans l'église du monastère des pauvres claristes de Poligny, relevée sur remplacement et le plan de l'ancienne, où elle avait ressuscité la religieuse morte en état de péché, que repose la chasse de sainte Colette. Quelques parcelles seulement de ses précieux ossements en ont été extraites en 1807 : une pour le pape, ainsi qu'il en est d'usage lors des canonisations, une pour l'archevêché de Besançon, une pour Mlle Dubretex, qui avait par sa générosité permis la restauration de la chapelle, une pour l'archevêque de Lyon, une pour l'évêque de Gand, et une enfin pour M. Leboucher de Richemont, d'Abbeville. Quelques poussières d'os, précieusement recueillies parles claristes, ont été soigneusement coagulées et la R. M. abbesse en a daigné favoriser quelques personnes dévouées au culte de sainte Colette.

La châsse où reposent les reliques de sainte Colette est un très remarquable travail d'orfèvrerie; elle fait grand honneur à M. Edmond Monnier, dont le nom se trouve à cet époque à la tête de toutes les œuvres de piété et de charité du diocèse et qui se survit si dignement dans ses fils. C'est lui qui organisa la souscription et prit une part généreuse à la fabrication de cette châsse qui fut terminée le 4 niai 1876. Cette châsse a remplacé celle qu'une pieuse servante, Marie Francœur, avait offerte en 1807 à l'aide des maigres économies

qu'elle avait pu épargner à force de labeur. Le couvent de Poligny possédait aussi divers souvenirs de sa sainte fondatrice, son chariot de voyage, une lettre autographe, sa couverture, sa tasse, « plusieurs petites paix et images d'os qui étaient dans son oratoire et même un petit coffre » où elle serrait quelque linge et des reliquaires. Tout cela disparut dans l'incendie de Poligny lors du sac de la ville par les Français du duc Longueville, le 29 juin i638 ; on ne retrouva que quelques éclats du chariot et encore l'authenticité en est-elle douteuse. On conserve encore au couvent les châsses, et cercueils de la sainte, son écuelle de bois, une partie de sa corde, « une petite couverture de carnet » en ivoire. Les autres reliques de sainte Colette sont au couvent de Besançon et au couvent de Gand. Voici quelques renseignements sur elles, en même temps que leur description.

Au couvent de Besançon les souvenirs de la sainte avaient été sauvés à l'époque révolutionnaire par les sœurs Billerey et Bonard. Se sentant approcher du terme de leur carrière, sans avoir eu la consolation de voir se relever le couvent de Besançon, les deux sœurs confièrent ce trésor au couvent de Poligny, provisoirement, au cas où le couvent de Besançon se relèverait. Les Claristes de Poligny, ayant établi un monastère à Besançon en 1879, celui-ci ne tarda pas à réclamer le trésor des

reliques de l'ancien monastère; l'administration épiscopale de Saint-Claude éleva un débat en cour de Rome, basé sur un fait très légitime en apparence, que le nouveau couvent de Besançon avait été fondé par celui de Poligny et que rien, ni dans ses religieuses, ni même dans son local, ne rétablissait l'ancien monastère. La cause était si bonne que la défense en fut très mollement menée. Aussi, la S. C. des Rites donna raison aux claristes de Besançon par décrets des 3i mars et 20 mai 1887. La translation solennelle de ces précieuses reliques eut lieu le 10 juillet 1887 et dès lors elles sont exposées dans une armoire vitrée dans le chœur de la chapelle ; ce sont :

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