ENFANCE ET FIANÇAILLES DE SAINTE ELISABETH
Au siècle des grands rois chrétiens, à saint Etienne, à saint Ladislas, a succédé un siècle de guerres et de luttes, mais aussi d'organisation et de pacification; au moment où commence le xiii* siècle, le christianisme a triomphé en Hongrie et la famille d'Arpâd va donner à l'Église une nouvelle sainte : la douce sainte Elisabeth. Il ne lui fut pas accordé comme à ses ancêtres, à saint Etienne, le fondateur du royaume, ou à saint Ladislas, l'invincible chevalier, ou à saint Imre, le « lys de la maison d'Arpâd », de servir Dieu dans sa patrie, mais comme sainte Hcdwige, elle alla porter au loin l'exemple de ses vertus, et montrer à des peuples encore rudes tout ce que la majesté royale peut renfermer d'humilité et de grandeur.
Son père, André II, surnommé plus tard le Hyérosolymitain, pour sa glorieuse et généreuse conduite en Palestine où il était allé défendre le tombeau du Christ, avait vu, grâce aux mines d'or et
î SAINTE ELISABETH DE U0:!<GRIE
de pierres précieuses que l'on venait de découvrir, l'argent affluer dans ses Etats. Les richesses inattendues que lui fournit l'exploitation des mines, servirent surtout à satisfaire son incommensurable générosité*. Donner, mais donner grandement, toujours et partout, tel était le principe de ce roi qui, dans un rescrit de 1229, disait: « La générosité royale ne doit être limitée par aucune restriction. » Beau en théorie, ce principe devait, dans la pratique, avoir de désastreux effets, et par ses libéralités, faites souvent sans discernement, André II mit les finances du royaume en grand péril, ce qui provoqua des troubles que son manque de fermeté aggrava.
Les églises connurent de beaux jours, car le roi les fit largement profiter des richesses que le sol du pays lui fournissait. Les couvents, alors les seuls dispensateurs de l'instruction, ne furent pas oubliés et quand les disciples de saint François d'Assise et ceux de saint Dominique allèrent en Hongrie, ils y trouvèrent l'accueil empressé et généreux, que deux siècles plus tôt, saint Etienne avait réservé aux Bénédictins ^.
Ce fut André II qui donna à son peuple la Bit Ha aurea assez semblable à là Grande Charte octroyée,
1. Pauler, G. A magyar nemzet tôrlénete azArpâdhàzi kirâlyok alatt; Budapest, 1893, t. II, p. 134.
2. E. Ilorn, Saint Elitumey roi apostolique de Hongrie; Paris, ISyS.
en 1215, par Jean sans Terre à l'Angleterre et confirmée, en 1264, par son fils Henri III. La charte magyare assurait la vitalité de la nation par l'unité, consacrait la liberté par la convocation périodique des assemblées, qui devaient se réunir chaque année à Albe-Royale, le jour de la Saint- Etienne ; la Bidla aurea n'annulait pas la Constitution donnée par saint Etienne à la Hongrie, mais elle augmentait les droits de la noblesse i; de plus, tout en sauvegardant la liberté individuelle et en lui assurant quelques garanties, elle établissait, en môme temps, le principe de la responsabilité du roi, car le Palatin avait le droit, et sa charge l'y obligeait, de veiller à ce que le roi ne manquât pas à ses serments. Cette crainte était vaine avec un roi comme André II, qui trouvait qu'au-dessus de la loi il y avait encore la dignité de la majesté royale.
Pour partager avec lui ce trône dont la splendeur ne lui semblait si grande que parce qu'il le tenait de Dieu et de ses ancêtres, il avait appelé une descendante de Charlemagne, Gerlrude de Méranie. Elle était fille de Berthold III, duc de Mcranic, margrave de Carinthie et d'Istrie^. Sa
1. J. Majlàth, Geschichte der Magyaren ;Kegensbuig, 18o3, l. I,p. 144.
2. ncrtliold III était l'un des plus puissants partisans de 1 cinperour Frédôi ic I". Il laissa huit enfants qui tous jouèrent un rôle plus ou moins important dans niisloire.
beauté avait inspiré un vif amour à André II ; mais bientôt il put se rendre compte que son épouse avait encore d'autres titres à son admiration, il reconnut qu'à la bonté, elle joignait une fermeté rare et surtout un esprit de large envergure, apte à comprendre les grandes questions politiques. Il s'inclina devant cette supériorité intellectuelle, mais fit cependant preuve d'une trop grande faiblesse en laissant la reine appeler un certain nombre de ses compatriotes, dont la présence et les agissements blessèrent la fierté nationale.
Gertrude était pieuse, autant sinon plus que ses contemporaines, et, malgré le sentiment qui la portait à assurer, par la fortune, l'avenir de ses proches parents, elle ne cherchait pas à restreindre la part qui devait revenir aux pauvres et aux églises ; elle se montrait, sur ce point, la digne épouse du roi qui disait : « Donner à l'Eglise, c'est panser son âme*. »
C'est de ce couple royal que naquit Elisabeth, la belle et douce enfant dont la première parole
Othon le Grantl, son successeur, fonda lunsbruck; Henri devint margrave d'Istrie; Bertliold, patriarche d'Aquilée et archevêque de Kalocsa; Egbert, évêque de Bamberg. De ses filles, Gertrude devint reine de Hongrie, Hedwige épousa Henri, duc de Silésie, et fut proclamée sainte par l'Église ; on connaît la lamentable odyssée d'Agnès que Philippe-Auguste, roi de France, tenta d'épouser ; enûa Mathilde devint abbesse de Kitzingen, le monastère le plus important de la Franconie.