‹ Sainte Elisabeth de HongrieChapitre 43 sur 58 · Heusinger, Geschichte des Hospitals, p. H · texte numérisé non relu

Heusinger, Geschichte des Hospitals, p. H

2. Une partie des dépositions recueillies formèrent les Dicta IV ancillarum, notamment de Guta, Ysentrude, Irmengarde et Elisabeth, souvent citées.

Malgré l'admiration qu'éprouvèrent tous les évêques et les prêtres à la lecture de la vie vraiment édifiante de la duchesse de Thuringe, le rapport rédigé avec beaucoup de soin et d'exactitude, n'en fut pas moins sévèrement examiné. Le pape lui-même attachait une grande importance à cet examen approfondi qui devait, dans l'avenir, écarter jusqu'au moindre doute sur la sainteté d'Elisabeth de Hongrie; il assembla à Pérouse, dans le couvent des Dominicains, un consistoire auquel assistèrent les cardinaux, un grand nombre d'évêques, les patriarches d'Antiocheetde Jérusalem, etc., etc., et, le26 mai 1235, jour de la Pentecôte, il proclama qu'Elisabeth, fille d'André II, était admise au nombre des saints.

Les cérémonies de la canonisation terminées, Grégoire IX, pendant que toutes les cloches sonnaient, entonna le Te Deum laiidamus. Quel contraste entre ce Te Deum, chant de joie dont les échos devaient annoncer au monde le triomphe d'Elisabeth, et le Te Deum chanté la nuit, à Eisenach^ dans l'humble chapelle des Franciscains, chant de triomphe aussi, car il célébrait la suprême victoire de la foi et de l'amour divin. Il avait lui-même composé quelques hymnes glorifiant la nouvelle sainte. Le l*^"^ juin 123o, le pape Grégoire IX, parla bulle Gloriosus in majestate, annonçait aux évêques la canonisation de sainte Elisabeth.

Dans l'église des Dominicains, un autel, le

MOHT ET CANONISATION DE SAINTE ELISABETH 24i

premier, fut érigé en l'honneur de sainte Elisabeth.

Pour célébrer la canonisation de sainte Elisabeth, le nouveau chevalier tcutonique fît de grandes largesses. Il contribua pour une importante part aux frais que nécessitaient les fêtes organisées à cette occasion, mais surtout il se montra fort généreux envers les pauvres. Admettant enfin ce qu'avait eu de beau et de noble la charité et le dévoûment de sa belle-sœur, il chercha non pas à l'imiter, la chose ne lui eût guère été possible, mais à montrer par sa conduite qu'il comprenait désormais ce qu'elle avait fait autrefois et, donnant une forme positive à ses nouveaux sentiments, il convia les pauvres de la ville et des environs, leur fit servir un copieux repas et leur distribua d'abondantes aumônes.

La nouvelle de la canonisation de sainte Elisabeth parvint rapidement en Allemagne. La bulle de canonisation fut lue publiquement, en chaire, à Erfurt, et les fôtes organisées à cette occasion durèrent dix jours. L'esprit de sainte Elisabeth les inspirait et les pauvres, les malheureux furent les mieux partagés; les distributions d'aumônes furent faites avec générosité et, au siècle dernier, elles avaient encore lieu le jour de sainte Elisabeth ; cependant les évêqucs fixèrent à l'année suivante le relèvement de la sainte. En attendant, les pèlerins venaient toujours plus nombreux à Marbourg et, en reconnaissance des grâces qu'ils

obtenaient par l'intercession de sainte Elisabeth, ils laissaient de généreuses offrandes. L'humble chapelle était bientôt devenue trop exiguë et le chevalier teutonique, Conrad, d'accord avec le clergé, décida d'édifier une église en l'honneur de la nouvelle sainte.

L'emplacement où s'éleva l'église Sainte-Élisabelh a été admirablement choisi, ou plutôt miraculeusement si nous nous en rapportons à la légende dont le récit a été conservé par de pieux chroniqueurs'. Conrad en posa solennellement la première pierre la veille de l'Assomption de l'année 1235"^. Grâce à la fortune du fondateur, à son influence, au zèle des chevaliers de l'Ordre, aux

1. Elisabeth éprouvait le vif désir de faire construire une belle église, elle y voulait une haute tour dont les cloches, voix aériennes, se seraient fait entendre jusqu'en Hongrie. Dans ses promenades, à travers les collines environnantes, elle cherchait un emplacement favorable et ne le trouvait pas. Un jour, ramassant une pierre elle la lança à travers l'espace en déclarant qu'elle ferait ériger l'église à l'endroit où tomberait la pierre. Celle-ci alla tomber au milieu d'un terrain marécageux, non loin de la Lahn, et c'est précisément là que plus tard l'église fut édifiée. La construction dut présenter de grandes difficultés, mais elles furent surmontées par ces ouvriers, que la foi soutenait et qui élevèrent, en l'honneur de Dieu, un édifice si beau qu'il provoqua toujours l'admiration, et si solide, que six siècles écoulés l'ont laissé intact.

2. Une inscription placée dans le chœur de l'église Sainlc- Elisabeth rappelle cette date : « Anno Domini MCCXXXV positum est fundamentum huius Ecclesiae Augusto iu vigilia Assumptionis îùariae Virginis. »

MORT LT CA^OM8ATlON DE SAINTE ELISABETH 243

pressants appels des évoques, les Iriivaux avancèrent rapidement et, dès le début, le pape Grégoire IX accordait des indulgences à ceux qui contribuaient à la construction de l'édifice. Les recherches les plus récentes ont établi que celte église, un des joyaux de l'art gothique en Allemagne, avait été édiliée juste au-dessus du tombeau de la sainte *.

On ne connaît pas le nom de l'architecte et, sans vouloir diminuer le mérite de cet artiste inconnu, on admet que Conrad et quelques liants dignitaires de rOrdre teutonique ont contribué à l'élaboration du plan-, car l'on trouve exprimés, dans ce joyau de pierre, la force juvénile, le magnifique

i. Jusque dans ces derniers temps, les opinions ont été partagées sur l'emplacement primitif du premier hôpital et de la chapelle funéraire. D'après le témoignage indiscutable d'un témoin oculaire, il est prouvé que l'église Sainte- Elisabeth a été construite au-dessus du tombeau de la sainte, c'est ce qu'a également établi la plus récente restauration de l'église, et le professeur Lange a prouvé que, nou seulement l'ancienne chapelle se trouvait sous le chœur, mais encore que la première tombe de la duchesse de Thuringe s'était trouvée précisément sous la chapelle Sainte- Elisabeth, ce que des fouilles plus profondes avaient permis de constater. En partant de la chapelle et en dépassant l'église, on pouvait suivre vers le nord-est, dans la direction de l'ancienne Firuianey, les fondations du mur d'enceinte du premier hôpital ; ainsi paraît délinitivement établi l'emplacement primitif de la première chapelle et du premier hôpital, {tieusinger, Geschichted<:sHospitalssanct Elisabeth, p. 19).

2. L. Bickell, Zur Eiinneruny an die EUiabethkirche zu Marburg, Marburg, 18S3.

élan vers l'idéal qui distinguent les édifices religieux dus à l'Ordre teutonique.

Le 1" mai de l'année 1236, jour fixé pour l'exaltation de la sainte, une foule, que les témoins oculaires évaluaient à 200.000 personnes, se trouvait réunie à Marbourg. La cérémonie était présidée par Sigefroy, archevêque de Mayencc ; les archevêques de Cologne, de Brème et de Trêves y assistaient ainsi que les évêques de Prague, de Hildesheim, de Bamberg, de Mersebourg, de Halberstadt, de Spire, de Worms, de Paderborn, etc.

L'empereur Frédéric If, réconcilié avec le pape, et accompagné de sa nouvelle épouse, Isabelle d'Angleterre, s'y était également rendu. Revêtu d'une simple tunique de bure, mais la couronne impériale sur la tête, il aida les religieux à transporter le cercueil qui renfermait les restes mortels de la sainte; quand ses ossements, enveloppés dans une riche étoffe de pourpre, eurent été déposés dans un nouveau sarcophage, Frédéric plaça sur la tête de sainte Elisabeth une magnifique couronne en or^ et dit : « Je n'ai pu la couronner comme impératrice, je la couronnerai comme reine immortelle dans le royaume de Dieu. » Il offrit encore une coupe en or de grande valeur qui, plus tard, servit à renfermer le crâne de la sainte.

Page 1