Aujourd'hui, église rpforraée de l'Université
3. Cet usage fut conservé par la Réforme, et la chaire, détruite pendant la guerre de Trente Ans, fut rétablie en
S5S Sainte; élisâb^th de iioNaaiE
étaient dressés dans les cimetières, devant les portes de la ville et sur les murs extérieurs des couvents. Le pont conduisant à Weidenhausen supportait une petite chapelle de la Sainte-Croix, ornée de statues en pierre devant lesquelles brûlaient des cierges.
En dehors de la ville se trouvait la chapelle édifiée par sainte Elisabeth, près de la fontaine de Schrœck.
Dans tous ces édifices, élevés par la piété, le dimanche et tous les jours de la semaine, des offices étaient célébrés ; le Saint-Sacrement était l'objet de la plus fervente adoration, et la Vierge Marie, patronne de l'Ordre teutonique, jouissait d'une vénération toute particulière. A l'église Notre-Dame, l'antienne Salve Regina devait être chantée tous les jours par le curé, ou l'un de ses vicaires, ainsi que par le maître d'école et la maîtrise. Tous les jeudis, avait lieu, dans la même église, une messe en l'honneur de l'institution de l'Eucharistie, le Saint-Sacrement était exposé et une procession avait lieu ; le bourgmestre et les conseillers y assistaient et se rendaient ensuite à l'Hôtel de Ville pour y tenir séance. Des cierges en cire et des lampes suspendues brûlaient sans cesse devant le tabernacle.
A l'église Saint-Kilian, tous les samedis, le Salve Regina était chanté par la maîtrise et le prêtre faisait une distribution de pain aux pauvres.
Le jondi saiut était cÂléhr^ aolpnnclU'nn'ut et 1« inandalum était fitli'lement observé; à. l'éfcliso paroissiale, 72 vieillards (étaient (('uniB, le curé ou l'un de ses vicaires leur lavait les pieds, puis, sur une, taMo couverte de linge blanc, on leur servait un repas; plus tard, une fondation permit de remplir le mfime odice auprès de 72 pauvres femmes.
Les Dominicains célébraient, le jeudi et le samedi, une messe solennelle « avec accompagnement de chants et d'orgue ».
Mais c'était à l'occasion des processions que le clergé déployait la plus grande pompe ; les réguliers et les séculiers y prenaient part, ainsi que le bourgmestre, les conseillers, les confréries, les corporations avec tout le peuple de la ville et des environs. Au-iipssus du Saint-Sacrement, les conseillers tenaient, à l'aide de perches, un tapis de damas, tandis que les gardiens de la ville l'entouraient en portant des cierges allumés. La procession se formait à l'église Notre-Dame, se rendait à la Commanderie de l'Ordre teutonique, au tombeau de sainte lîlisabeth, dans toutes les chapelles des couvents, puis retournait à l'église paroissiale ^ ; en d'autres occasions, des proces-
1. Kolbe, dans son ouvrage Die Einfiihrung (1er ReformationinMarburg, auquel nous empruntons quelques-uns des détails ci-dessus, ajoute, qu'après ces processions, le curé invitait à un repas les notabilités et autres « erbare lùde » et la ville fournissait une certaine quantité de vin. A l'occa-
sions avaient lieu au tombeau de sainte Elisabeth seulement. Le dimanche suivant la Fête-Dieu, des représentations de la Passion ou d'autres scènes religieuses étaient données par les membres de certaines confréries dans l'église paroissiale'. La foule, en ce jour, était si grande que, pour assurer la circulation et la sécurité, le bourgmestre faisait placer des hommes armés aux portes de la ville, et jusque sur le Dambsberg, pour surveiller les routes que suivaient les innombrables visiteurs. Ils étaient plus nombreux encore pour les fêtes qui avaient lieu le 1" mai, en commémoration du relèvement de sainte Elisabeth et de la consécration de son église. Le souvenir de ces fêtes s'est conservé dans l'usage qui a persisté à travers les siècles, et, la veille du 1" mai, la grosse cloche de l'église Sainte-Elisabeth rappelle aux habitants de Marbourg les grandes manifestations religieuses d'autrefois-.
Telle était la vie religieuse au commencement du xvi" siècle : prêtres, religieux, laïques, tous
sion de la fête de leurs fondateurs, les Franciscains et les Dominicains recevaient de la Ville une provision de vin.
i. Ces représentations, dit Kolbe, se continuèrent jusqu'à l'introduction de la Réforme; elles furent alors remplacées par les comédies païennes de Térence, jouées par la jeunesse universitaire (p. 24).
2. Dans cette église, malgré la Réforme, le l"" mai et le 19 novembre de chaque année, on célébrait un office spécial et une lecture était faite sur la vie, les œuvres et la mort de sainte Elisabeth. En 1772, le pasteur luthérien de la Hesse Supérieure interdit cette commémoration. (Kolbi\)
rivalisaient de foi et de zèle et Marbourg pouvait certes passer pour l'une des forteresses de la religion en Allemagne. La semence déposée par sainte Elisabeth était tombée sur un sol fertile et dans l'exemple de ses vertus des générations avaient puisé la foi qui les avait inspirées et qui les avait rendues possibles. En se retirant à Marbourg, la duchesse de Thuringe avait poursuivi un but tout spirituel, cette pensée prévalut dans les destinées de l'humble village qui alors ne possédait même pas une cure et qui devint une ville florissante. L'activité qui y régnait était toute spirituelle, elle devint intellectuelle et depuis lors, Marbourg, malgré les siècles écoulés, garda toujours ce caractère. Les universités s'y sont plus développées que l'industrie et son passé exerce toujours sur les historiens, un irrésistible attrait.
Avec le xvi* siècle, une nouvelle période s'ouvrit dans l'existence jusqu'alors si heureuse et si prospère de Marbourg, aux grandioses manifestations religieuses allaient succéder d'autres manifestations, mais animées de l'esprit d'intolérance et de haine. La brillante, mais quelquefois décevante épopée des Croisades était loin, au noble idéal des chevaliers, offrant leur vie pour la conquête d'un tombeau saint, un froid raisonnement avait succédé, et, comme au v* siècle, l'unité chrétienne était menacée. Une réforme
semblait nécessaire, et quelques grands esprits, que l'Église regardait comme des fils soumis, la considéraient comme opportune. Mais pas un de ces docteurs, dit Bossuet, ne songeait à changer la foi de l'Eglise, à corriger son culte, qui consistait principalement dans le sacrifice de l'autel ; à renverser l'autorité du pape qui était le but où tendait toute cette nouvelle réformation dont Luther était l'architecte.
Seulement, parmi ceux qui reconnaissaient la nécessité de certaines modifications^ des tendances opposées se manifestaient : « les uns vraiment pacifiques et vrais enfants de l'Eglise, en déploroicnt les maux sans aigreur, en proposoient avec respect la réformation, dont aussi ils toléroient humblement le délai ; et^ loin de la vouloir procurer par la rupture, ils regardoient, au contraire, la rupture comme le comble de tous les maux : au milieu des abus, ils admiroient la divine Providence, qui savoit selon ses promesses conserver la foi de l'Eglise; et, si on sembloit leur refuser la réformation des mœurs, sans s'aigrir et sans s'emporter, ils s'estimoient assez heureux de ce que rien ne les empéchoit de la faire parfaitement en eux-mêmes. C'éloient là les forts de l'Eglise, dont nulle tentation ne pouvoit ébranler la foi, ni les arracher de l'unité. Mais il y avoit, outre cela, des esprits superbes, pleins de chagrin et d'aigreur, qui, frappés des désordres qu'ils
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Toyoient régner dans l'Église^ et principalement parmi ses ministres, ne croyoient pas que les promesses de son éternelle durée pussent subsister parmi ces abus : au lieu que le Fils de Dieu avoit enseigné à respecter la chaire de Moise^ malgré les mauvaises œuvres des docteurs et des Pharisiens assis dessus. Ceux-ci devenus superbes, et par là devenus foibles, succomboient à la tentalion (jui porte à haïr la chaire eu haine de ceux qui y président ; et, comme si la malice des hommes pouvoit anéantir l'œuvre de Dieu ; l'aversion qu'ils avoient conçue pour les docteurs leur faisoit haïr tout ensemble et la doctrine qu'ils euseignoient, et l'autorité qu'ils avoient reçue de Dieu pour enseignera »
Marbourg était une forteresse de la foi catholique, et ia Réforme, dont les premiers symptômes s'y firent sentir vers 1520, ne put en triompher qu'après une lutte opiniâtre dont les péripéties se rapportant à sainte Elisabeth ne manquent pas d'un vif intérêt.
Le mercredi après Reminiscere, 28 février de Tannée 1526, le bourgmestre, accompagné du Conseil et muni d'un ordre écrit du landgrave Philippe, que des flatteurs ontsurnomméleMagnanime, se rendit dans tous les couvents pour dresser l'inventaire des objets précieux qu'ils possfMaient.