La population catholique dépasse 2.000 âqaes
et «en consid<^ralion de toutes les circonstances, » rt'poiissa les revendications de la communauté catholiijue. Un procès fut entrepris et la communauté qui avait fait des recherches dans les archives basa ses revendications sur des pièces probantes, elle poursuivit la reconnaissance de ses droits devant toutes les juridictions, mais un jugement rendu le 7 avril 1896, par la Cour suprême, vint anéantir, tout au moins momentanément, les espérances des catholiques de Marbourg. Dès que le culte catholique avait été rétabli sur les bords de la Lahn, les fidèles s'étaient rendus à Marbourg, les pèlerins en avaient repris le chemin et le jour de la fêle de sainte Elisabeth, son panégyrique était prononcé par l'un des j^rêtres assistant à cette pâle réminiscence des fêtes d'autrefois. Mais c'en était trop encore aux yeux des protestants et l'anniversaire de la mort de sainte Elisabeth ne peut plus être commémoré solennellement le 19 novembre 1.
i.En raison d'une loi d'État, remontant à quelquesanni'es, un Bet-und Busstag a été fixé au mercredi avant le dernier dimanche de la Pentecôte et c'est à ce jour de prière protestant, que toute la population doit observer, qu'a été fixée la fête catholique de sainte Elisabeth. Le Saint-Père a accordé le transfert, pour l'Allemagne, de la fête de sainte Elisabeth au Bettag protestant. Malgré les souvenirs tout particuliers que sainte Elisabeth a laissés à Marbourg, le curé de cette ville n'a pu obtenir, de l'évêque de Fulda, l'autorisation de célébrer, le 19 novembre, une messe solennelle ea l'honneur de sainte Elisabeth.
Et cependant, au fond de la vallée de la Lahn, l'église Sainte-Elisabeth s'élève toujours; édifiée en son honneur, elle lui est interdite maintenant; et les milliers de pèlerins qui venaient rendre hommage à la sainte sont remplacés par quelques visiteurs. Artistes ou ignorants, ils cherchent des explications scientifiques ou philosophiques à ces nefs profondes, à ces voûtes élevées oiî le regard se perd et que le souffle de l'esprit seul semble soutenir; ils admirent ou critiquent ces dentelles de pierre, ces statues, chefs-d'œuvre de la sculpture, oiî l'artisan a mis toute son âme, car véritable magister de vivis lapidibus, comme on l'appelait au moyen âge, il y a inscrit son rêve et sa pensée, il a donné une forme à son inspiration; de la pierre, il a fait jaillir la vie. Curieux ou indifférents, les visiteurs regardent ce patient labeur de générations entières et ils ne comprennent pas le mobile si simple et pourtant si grand qui a fait les chefs-d'œuvre de cette époque médiévale, inscrivant toutes ses grandes pensées dans la pierre.
Mais pour le chrétien, pour le catholique, l'impression change ; il cherche et il trouve quelques souvenirs; pour lui la pierre usée qui garde la trace des agenouillements devant l'Eternel est vénérable, mais dans ces nefs majestueuses et si bien faites pour permettre à la prière et à l'encens de s'élever vers les voûtes comme vers le ciel, il
manque la fumée de l'encens et l'encens de la prière ; dans cette cathédrale, aux proportions si justes, l'admirable liturgie qui donne une âme à l'édifice de pierres est absente ; devant l'autel mutilé', nulle flamme ne veille et pas le moindre murmure de prières ne trouble le silence sépulcral qui règne dans les chapelles désertes. La châsse 2, le plus magnifique monument que l'art
^. Au-dessus du tabernacle, à la place habituelle du crucifix, un pupitre a été disposé et le pasteur, placé derrière l'autel, la bible posée sur le pupitre, fait ainsi la lecture au peuple ; on avait même essayé de prêcher de cet endroit, mais la tentative ne réussit pas.
2. Lâchasse dans laquelle, selon Ayrmann, les ossements de sainte Elisabeth auraient été renfermés dès 1249, est l'un des plus précieux monuments de l'orfèvrerie au xiii* siècle, Bickell qui lui a consacré une étude spéciale dit qu'elle dépasse, aussi bien par l'impression de l'ensemble que par la disposition des détails, l'efTet produit par les châsses les plus importantes et les plus précieuses. Parles matières employées aussi bien que par la finesse du travail, par la conception autant que par l'exécution, elle est plus remarquable que toutes les châsses de l'époque ; ses figures principales sont mieux exécutées que celles de la châsse d'Aixla-Chapelle avec laquelle elle peut soutenir avantageusement la comparaison.
La châsse a la forme d'un édifice de style gothique, avec toiture àpignons; toutes les parois sont recouvertes d'argent doré finement ciselé ; les côtés de la châsse sont ornés de figures dont les quatre principales : le Christ en croix, le Christ enseignant, la Vierge avec l'enfant Jésus, sainte Elisabeth, seraient en or massif, tandis que les autres figures sont en argent doré ; c'est sur les deux longs côtés que les figures du Christ sont placées, ayant trois apôtres à leur droite et trois à leur gauche ; un fragment du Credo est inscrit au-dessus de la tête de chaque apôtre. Sur
au moyen âge ait exécuté, pour servir de demeure aux reliques des saints, n'a pas échappé au vandalisme.
Dans cette église bâtie par la foi pour honorer la charité, le croyant n'est plus chez lui, s'il veut admirer les naïves peintures de ce qui fut autrefois un autel dédié à sainte Elisabeth, ou contempler la pierre bleue sur laquelle s'agenouillait la sainte pour laver le linge des pauvres malades, ou regarder cette tapisserie dont les doigts délicats de la duchesse de ïhuringe brodèrent quelques parties, il lui faut, sous ces voûtes autrefois sanctifiées par les plus belles manifestations de la foi, subir la présence d'un protestant qui trouble sa
les petits côtés, formant portails, se trouvent les figures de la Vierge et de sainte Elisabeth. La partie supérieure est occupée par des bas-reliefs représentant quelques scènes de la vie de sainte Elisabeth.
Les pierres précieuses qui ornaient la châsse étaient fort nombreuses et en augmentaient encore la valeur que Ton estimait à 600.000 marks. A l'époque de la Réforme, beaucoup de pierres furent arrachées, mais il en restait encore un assez grand nombre quand le roi Jérôme lit enlever la châsse qui fat transportée à Cassel. Dans cette ville où se mêlent aujourd'hui les souvenirs de la souveraineté de Jérôme et ceux de la captivité de Napoléon III, la châsse subit de nouvelles mutilations, des pierres furent soustraites, des figures détériorées, et ce fut dans cet état qu'on la renvoya à Marbourg, en 1814. Mais même ainsi appauvrie et mutilée, la châsse de sainte Elisabeth nei\ reste pas moins admirable, et il est à souhaiter que nul n'essaie de faire subir à ce précieux joyau la nouvelle profanation d'une maladroite restauratiop.
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méditation et rend difficile l'élévation de son âme vt^r.s Difii.
En voyuiil la magnifique cath(^d raie dresser fièrement ses deux tours vers le ciel, on pense que ce n'est pas en vain que ce chef-d'œuvre de l'art inspiré parla foi a résisté à toutes les vicissitudes que les événements et les hommes lui ont fait subir. Malgré tous leurs efforts, les dissidents n'ont pas pu adapter l'édifice à leurs besoins ; malgré les profanations qu'ils lui ont fait subir, malgré les mutilations qu'ils lui ontinlligées, ils no sont pas parvenus à altérer son caractère auguste de cathédrale catholique, ils ont rencontré là cette sourde hostilité des choses qui semblent avoir une âme pour résister à la violation de leur destinée.
Bannie de Marbourg, pendant des siècles, la foi catholique y est revenue, elle s'y développe, elle y prospère; le grain si longtemps enfoui dans la terre a germé, il grandira et, avec l'aide de Dieu, il triomphera, car le flambeau de la foi enfin rallumé, brillera d'un éclat toujours plus vif maintenant que sainte Elisabeth, ejj^iiée pendant près de quatre siècles du sol qu'elle a sanctifié par sa vie et par sa mort, vient d'y voir son autel sortir des ruines.
Peut-être un jour viendra où la Providence, par ses voies impénétrables, exaucera les prières qui s'élèvent des bords du Danube comme des rives de la Lahn et permettra à tous ceux que la
douce figure de la noble sainte a pénétrés de vénération de venir s'agenouiller dans la cathédrale, rendue au culte du Dieu vivant, sur le tombeau de celle qui éprouva plus que personne la grande et sainte pitié et qui s'inclina avec simplicité devant la majesté de la souffrance humaine.
La patrie terrestre de sainte Elisabeth, la Hongrie, a pu se relever du désastre de Mohâcs, elle a pu chasser de son sol les Musulmans et rentrer en possession de ses églises qu'ils avaient transformées en mosquées ; si Dieu le veut, il en sera de même dans sa patrie d'adoption, la Thuringe, et un jour, nous l'espérons avec confiance, il sera donné aux catholiques de faire retentir les voûtes de la cathédrale de Marbourg d'un solennel Te Dewn, plus beau peut-être encore que celui d'Eisenach et que celui de Pérouse, car il sera, en même temps, un chant de victoire et une hymne de reconnaissance, témoignant la joie de tous les fidèles, heureux du triomphe de l'immortelle sainte Elisabeth de Hongrie.