PATRONNE DE PARIS ET DE LA FRANCE
Famille. — Naissance. — Premières années de Geneviève.
A trois lieues de Paris, au pied du mont Valérien, couronné d'une sombre verdure, et non loin des rives fleuries de la Seine, se dessine la petite ville de Nanterre, berceau de sainte Geneviève. Son origine se perd dans la nuit des temps et il nous faut remonter jusqu'au iv® siècle pour en trouver les premiers vestiges. « Nanterre n'est donc pas un de ces pays vulgaires et ignorés dont on ose à peine confier le nom à la mémoire. L'honneur d'avoir vu naître et grandir la future patronne de Paris et de la France lui a valu avec le temps une ré-
g Mb: DE SAINTE GEXEVIEVE.
putation universelle. » Ce fut vers Tan 4^ ou 423 que naquit Geneviève, sous Veirt"^ pire d'Honorius et de Théodose le Jeune f peu de temps après rétablissement de l^ monarchie française. Le nom de Geneviève signifie, dans Tancienne langue du pays, bouche céleste ou fille du ciel, deux noms dont sa vie tout entière a été la réalisation la plus vraie et la plus complète. Son père Sévère et sa mère Géronce appartenaient à cette classe de chrétiens fervents qui ont illustré par leurs vertus les premiers âges de l'ÉgHse. « Rien ne sert mieux les desseins de la Providence que la foi des pères pour commencer la foi des enfants, c*est dans leurs propres vertus qu'ils leur préparent l'héritage d'une sainte vie. »
Les auteurs ne sont pas d'accord sur la condition ni sur le rang qu'ils tenaient dans le monde. Les uns donnent à notre sainte une extraction tout à fait obscure; d'autres, au contraire, lui donnent un certain lustre d'origine. Nous embrassons plus volontiers cette dernière opinion, la réduisant toutefois à de justes bornes qui nous rapprochent davantage delà vérité. A sa naissance, il se
fit au ciel une fête extraordinaire : les esprits bienheureux l'ont acclamée par leurs saints concerts, ils ont salué en elle cette enfant prédestinée, cette grande sainte qui devait être un jour la patronne de Paris et de la France, et le sauveur de notre grande et chère capitale.
Dès qu'elle fut en âge de comprendre leurs leçons, ses parents prirent un soin tout particulier pour déposer dans son jeune cœur tous les germes de la plus tendre et de la plus solide piété; en même temps que, par leurs exemples, ils lui faisaient goûter toutes les douceurs et tous les avantages de la vertu. « Heureux père, heureuse / mère, disait un jour saint Germain, que je vous félicite d'avoir donné le jour à cette
enfant privilégiée ! » C'est ainsi que Geneviève passa les plus tendres années de sa vie à Tombre du toit paternel, sous l'égide de ses pieux parents, et loin de tout contact avec le mauvais exemple, source ordinaire de tant de chutes et de défaillances.
« Douée d'ailleurs d'un caractère naturellement porté au bien, elle croissait chaque jour en science, en sagesse et en vertus
devant Dieu et devant les hommes ; » heu- j reuse de se rapprocher ainsi de son maître et de son modèle, le divin enfant de Nazareth. Son grand amour pour Dieu, son recueillement dans la prière et la méditation, sa docilité respectueuse à l'égard de ses parents, sa douceur et ses prévenances pour ses compagnes, sa grande charité pour les malheureux, son zèle ardent pour les offices de l'Église et les autres exercices de la religion, devenaient pour tous autant de sujets d'admiration et pour ses parents la cause bien légitime d'une grande joie. En un mot, il y avait dans toute sa conduite ce caractère éclatant de prédestination que j Dieu imprime d'ordinaire au front de tousV ceux qu'il appelle à de grandes choses. Et tout en elle annonçait déjà cet avenir merveilleux que lui ménageaient les desseins de cette même Providence. C'est une tradition constante et respectée des siècles', que Geneviève fut chargée, dès son enfance, de la garde des troupeaux de son père. Les habitants de Nanterre montrent encore aujourd'hui avec une religieuse émotion 1er deux endroits où Geneviève faisait paîti
ses brebis et les parquait. L'un, situé à un quart de lieue du village, porte le nom de parc de Sainte-Geneviève. La route de Nanterre à Ghatou le traverse. Autrefois entouré de murs et orné d'un petit oratoire, on le reconnaît aujourd'hui à une petite croix de bois enfoncée dans la terre par une main pieuse... L''autre pâturage se trouve sur le sommet du mont Valérien, près de l'ancien calvaire, et appelé de temps immémorial clos de Sainte-Geneviève; une fontaine qui porte le nom de la sainte coule tout près de cet endroit ; c'est ainsi que la patronne de Paris reste la bergère de Nanterre. Cette douce et heureuse solitude, loin d'être pour elle une occasion de désœuyrement et d'oisiveté, lui permettait d'élever souvent son âme à Dieu dans la prière et la méditation. Les beautés de la nature, dans ces riantes prairies, arrosées des eaux de la Seine, étaient pour elle comme un livre divin où elle lisait la grandeur, la puissance et la bonté de son créateur et de son Dieu. Il faisait beau la voir tresser avec les fleurs des champs des couronnes qu'elle suspendait dans le modeste
rne avec saint Germain, évéque 'Auzerre. — Geneviève se consacre à Dien.
L*enfant de si belles promesses n*était îore qu*au début de sa carrière. Il restait développer les germes précieux qui
raient été déposés en elle par Dieu lui- [môme. L'occasion ne se fit pas longtemps attendre.
L'Angleterre, à cette époque^ était au pouvoir d'une hérésie puissante qui allait jetant dans tous les cœurs le désastre et la ruine. Effrayés de ses progrès, les fidèles firent appel au zèle et à la charité des évoques des Gaules. Sur le désir du pape Gélestin P', deux d'entre eux furent délégués pour aller combattre et confondre les enseignements du moine hérétique (1). Ge furent saint Germain d'Auxerre qui reçut, pour la circonstance, le titre de vicaire apostolique, et saint Loup de Troyes, prélats aussi distingués par leur science profonde que par leur haute sainteté,
(I) Pelage.
Apr^s avoir recommandé à Dieu le succès de leur mission, ces deux grands pontifes 80 mettent en route pour TAngleterre. A IcaiT passage à Nanterre, ils s'arrêtent non pa$ tant pour se reposer des fatigues du voyag»
que pour se recueillir de nouveau dans la prière et la méditation. En apprenant leur arrivée, les habitants quittent leurs travaux et se portent en foule pour les recevoir.
Touché de ce grand témoignage de respect et d'affection, saint Germain allait leur adresser quelques paroles, quand, par une inspiration toute divine, son regard s'arrête sur Geneviève alors âgée de sept ans; quelque chose de céleste donnait comme une âme à son doux visage, et son regard candide restait attaché sur Tapôtre, comme sous l'influence de l'Esprit-Saint. Il était facile de prévoir les grandes vues de la Providence sur cette âme privilégiée.
Après avoir fait approcher l'enfant, l'auguste vieillard la baise au front et lui demande son nom et le nom de ses parents.
Puis, la montrant au peuple : « Cette enfant, dit-il, sera grande devant le Seigneur; les hommes les plus parfaits la proposeront
I jour pour modèle; et beaucoup, pasit deradmiration à rimitation, quitteront jleiir péché, et, par la profession d'une, vie f«dnte, ils obtiendront plus tard la récomffense des saints. » S'étant retourné vers "Fenfont : « Geneviève, ma fille, voulez- Vous m'écouter? — Père saint, répond Geneviève, votre enfant vous écoute, et ■déjà elle est prête à vous obéir. » Alors Févéque : « Parlez sans crainte : ne voudriez-vous pas être Tépouse de Jésus-Christ et lui garder jusqu'à la mort une inviolable fidélité? — Ce que vous me demandez, mon Père, je le désire ardemment, je le veux de tout mon cœur et je vous prie de m'aider de vos conseils et de vos prières pour que le Seigneur exauce mes vœux. — Ayez courage, ma fille, et bonne espérance; ce que croit votre cœur, ce que confesse votre bouche, accomplissez-le vous-même par vos œuvres, et le Seigneur ornera votre âme de force et de vertu. » Il était près de six heures du soir ; les deux prélats suivis d'une foule empressée et recueillie se dirigèrent vers l'église pour y réciter none et vêpres ; et pendant tout ce temps-là.
révoque d'Auxerre tenait la main étendue sur la tête de Tenfant. Geneviève à genoux priait de tout son cœur,mélant sa douce voix aux psalmodies graves de TÉglise, ou bien demeurant dans le silence de la réflexion.
L'office terminé, saint Germain et son compagnon prirent quelque nourriture ; et, après avoir récité pieusement l'hymne d'actions de grâces, ils congédièrent Tenfant et ses parents, leur recommandant de revenir le lendemain de grand matin.
Le lendemain, dès la première heure, Géronce et Sévère, fidèles à leur promesse, présentaient de nouveau leur enfant à saint Germain. Elle-même désirait revoir celui qu'elle respectait comme l'envoyé de Dieu, et qu'elle aimait déjà comme son père et son ami. Le saint prélat, découvrant plus que jamais en elle un je ne sais quoi de céleste, lui dit en la voyant : « Ma fille Geneviève, vous rappelez-vous la promesse que vous me fîtes hier de vous donner tout entière à Jésus-Christ? — Oui, père saint; et, avec la grâce de Dieu, j'espère être fidèle à ma résolution. » Alors, par une de ces rencontres que le ciel semble avoir
lïiénagées à dessein, Germain, baissant les yeux comme pour se recueillir avant de lui donner sa dernière bénédiction, aperçoit à ses pieds une petite pièce de monnaie en cuivre et marquée à l'effigie de la croix.
Il la ramasse aussitôt et la donnant à Tenfant : « Prenez cette médaille, lui dit-il d'un accent tout paternel, faites-la percer, et portez-la suspendue à votre cou le reste de votre vie et en mémoire de moi. Que jamais on ne voie briller sur vous Tor, Fargentjles perles ou les pierres précieuses; car, si le goût des vaines parures du siècle pénètre tant soit peu dans votre cœur, vous perdrez bien vite les riches et glorieux ornements réservés aux épousés de Jésus -Christ dans le royaume éternel ! »
Après cet entretien, qui eut les anges et le peuple pour témoins, le saint évêque dit adieu à Geneviève, non sans la recommander de nouveau à ses parents et la prier avec instance de se souvenir de lui devant le Seigneur, et reprit avec saint Loup la route de l'Angleterre. Tous les habitants de Nanterre, qui s'étaient empressés à leur arrivée, les accompagnèrent à leur départ.
que le jeu, Geneviève s'appliquait à servir Dieu avec une fidélité de plus en plus parfaite, et tout son bonheur était, dans les heures qu'elle pouvait ménager sur les emplois domestiques, de se rendre à Téglise pour y jouir d'une manière plus directe et plus intime de la présence de ce Jésus qu'elle aimait et qu'elle avait choisi pour son maître et son modèle. Heureux ceux qui, loin des embarras du siècle, n'ont d'autre occupation et d'autre joie que le service et l'amour de Dieu î La paix, qui surpasse de beaucoup toute autre jouissance, leur est assurée ; et la paix, c'est la vie de l'âme. Mais cette joie et cette paix allaient être bientôt troublées par un de ces accidents malheureusement trop fréquents dans les familles. Un jour que joyeuse et endimanchée elle se disposait à accompagner sa mère à l'église (c'était un jour de fête), Géronce, sans doute trop craintive pour la santé de sa fille, lui enjoignit de rester à la maison. On comprend f^icilement combien cet ordre inattendu troubla le cœur de l'enfant. Avec tout le respect qu'elle devait à sa mère, mais aussi avec cette sainte li-
berté que donne toujours la certitude de suivre l'inspiration de Dieu, Geneviève insiste auprès de sa mère, et, mêlant ses larmes à sa demande : « Je garderai, lui dit-elle, avec l'aide de Jésus-Christ, la foi que j'ai promise à saint Germain. Si je ne vais pas à l'église, je sais que je perdrai le titre glorieux d'épouse de Jésus-Ghrist , et partant, je ne serai plus digne de la récompense du ciel ! » Tout fut inutile et Géronce, au lieu de se laisser fléchir par les pieuses instances de sa fille, s'oublia au point de lui donner un soufflet. En présence de cet acte de violence, Geneviève garde un profond silence ; son chagrin est calme et respectueux. Mais Dieu, qui avait entendu la prière de Geneviève et qui voulait marquer par un miracle le haut intérêt qu'il prenait à sa cause, frappa sur-le-champ Géronce de cécité. Ce châtiment de la justice divine dura près de deux ans ; et Geneviève, quoiqu'innocente, avait consenti à être frappée en place de sa mère. Elle ne pouvait se pardonner d'avoir été la cause de cette punition, et chaque fois que la pensée en revenait à son souvenir, elle versait d'abon-
dantes larmes. Exemple puissant pour tous ces parents qui sacrifient à leurs caprices ou à leurs passions les intentions toujours bien connues de la Providence.
Touchée enfin de la piété filiale de Geneviève, se rappelant aussi les témoignages éclatants rendus à sa vertu par saint Germain, Géronce dit un jour à sa fille : « Ma fille, je vous en prie, prenez un seau, et allez au puits me chercher de reau,etvous me l'apporterez. » Geneviève s'empresse de se rendre au désir de sa mère; mais, arrivée auprès du puits, elle s'arrête tout émue :. que se passa-t-il alors dans son âme?... Pressée par l'obéissance, déjà elle a puisé l'eau et l'a présentée à sa mère :
« Ma fille, dit Géronce, faites sur cette eau le signe de la croix, avant d'en baigner mes yeux. » A peine l'eau a-t-elle touché ses paupières, qu'un cri s'échappe de sa poitrine : « Je suis guérie I... » Au même instant, la mère et la fille étaient dans les bras l'une de l'autre, dans le silence de leur foi et de leur reconnaissance, tandis que leurs regards et leurs cœurs étaient tournés vers le ciel. On montre encore à Nanterre
le puits dont l'eau servit à opérer cette guérison miraculeuse ; et à l'heure des pèlerinages annuels (1), on voit encore de nombreux fidèles y accourir pour boire avec dévotion ou appliquer sur leurs yeux malades cette eau sanctifiée par les larmes et les prières de sainte Geneviève. Ce grand miracle obligea désormais ses parents à lui laisser toute liberté dans le choix d'un état de vie. En attendant, Geneviève reprenait joyeuse la garde de son troupeau qu'elle avait un peu négligé depuis la maladie de sa mère, et c'était avec un véritable bonheur qu'elle revoyait ces lieux bénis, sanctifiés par la prière et la méditation.
Geneviève, suivie de deux autres compagnes, reçoit le voile des vierges.
L'heure était venue pour Geneviève de mettre à exécution la résolution qu'elle
(1) II y a dans l'année trois époques de pèlerinages à Nanterre. Le jour de la fête du 3 janvier et son octave ; le dimanche et le lundi de la Pentecôte ; le jour de la fête de rExaltation de la Sainte- Civjx (àa i4 au 22 sept.) et son Octave.
avait prise dès ses plus tendres années et de donner une consécration plus solennelle aux engagements contractés par elle aux pieds de saint Germain. Elle entrait alors daûs sa quinzième année. Les illusions si communes à la jeunesse avaient trouvé son cœur froid et insensible. La consécration solennelle des vierges était réservée à révoque, et elle avait lieu à certaines époques déteripinées. Ce ne fut donc pas à Nanterre, mais à Paris que s'accomplit cette scène touchante.
Le jour tant désiré étant arrivé, Geneviève, parée comme au jour de ses noces, et après avoir pris le consentement de ses parents, fut présentée à Tévéque Félix, selon toutes les probabilités. Il lui tardait d'entrer dans cette voie de la perfection qui l'unirait d'une manière plus complète et plus intime à son divin époux. Il n'y avait à cette époque, dans Paris, aucun monastère de religieuses ni aucune communauté de filles; mais celles qui voulaient vivre de la vie religieuse et faire vœu de continence et de virginité s'adressaient à l'évêque du lieu et recevaient de ?>e% tiv^ym^
5 4 VIE DE SAhNTE GENEVIEVE.
le voile avec les prières et les cérémonies ordinaires. Après 'quoi, il leur était permis de retourner dans leurs familles et de reprendre leurs anciennes occupations.
L'évêque était assis près de Tautel ; autour de lui plusieurs prêtres et le peuple qui chantaient les louanges du Seigneur : « Qu est-ce qui montera sur la montagne du Sei»
gneur? ou qui est-ce qui s'arrêtera dans son lieu saint? Celui dont les mains sont innocentes et dont le cœur est pur; qui n'a point pris son âme en vain.,,. Celui-là recevra du Seigneur la bénédiction et il obtiendra miséricorde de Dieu^ son Sauveur (1). » Et les hymnes et les cantiques faisaient résonner la voûte du temple et tressaillir tous les cœurs. Trois vierges s'avançaient vers Tautel; Geneviève, la plus jeune, marchait la dernière. MaisTévéque, éclairé subitement d'une lumière céleste : « Que celle qui est la dernière, s'écrie-t-il avec un accent inspiré, s'avance et prenne place au premier rang, car elle a déjà reçu sa consécration du ciel. » C'est ainsi que la
(1) Ps. XXIII, 3, 4, 5.
petite bergère fut voilée et consacrée avant celles qui étaient ses aitiées. L'histoire n'a pas conservé les noms des deux jeunes filles qui prirent le voile avec elle. La cérémonie terminée, la jeune épouse du Christ se releva plus brillante et plus forte. La première, en France, elle avait porté l'étendard de la virginité, cette vertu sublime, que le monde méconnaît et calomnie, mais que Dieu conserve comme un souffle divin qui purifié, qui élève, qui soutient et qui dirige.
Geneviève se dévoue aux soins des malades. — Ses adieux à Nanterre et aux tombeaux de ses pères.
L'Église, à cette époque, n'obligeait pas les vierges à la vie commune. Aussitôt après leur consécration, elles retournaient dans leur famille qu'elles édifiaient par leur vie exemplaire, et dont elles ne se séparaient qu'aux heures des offices de l'église. Nous ne pouvons nous défendre de rappeler ici une légende locale qui nou.& montre la jeune vierge to\xjo\tts> ctaçt^^'s»^^
entrent bien vite, et aperçoivent la petite Geneviève agenouillée devant un misérable grabat et soutenant de ses mains encore faibles la tête d'un pauvre vieillard, auquel elle présentait une boisson chaude préparée par elle. Grâce à ce breuvage spécifique, grâce aussi aux prières de l'enfant, le malade avait recouvré la santé.
Quelques mois après sa consécration, Geneviève perdait son père et sa mère. Ce ne fut pas sans un grand déchirement de cœur qu'elle accepta cette séparation : elle ne pouvait faire taire entièrement dans son âme la voix toujours si impérieuse de la nature. Mais elle savait aussi qu'une vierge doit, à l'exemple de son divin époux, être toujours prête au sacrifice. La souffrance est d'ailleurs la voie du triomphe ; et libre désormais de toute affection tendre et naturelle, elle allait pouvoir se donner plus entièrement à Dieu. Après avoir rendu à son père et à sa mère les honneurs de la sépulture en rapport avec sa tendresse et les convenances de sa condition, Geneviève, n'ayant plus aucun lien qui la rattachât à sa terre natale, prit la route de
Paris, non sans regretter le toit paternel où elle avait grandi, ces champs silencieux, ces prairies embaumées, tous ces lieux enfin où s'était passée son enfance et qui avaient été témoins de ses joies et de ses peines. Son départ fut une tristesse générale; tout le monde aimait la bergère, et la bergère, de son côté, était pour tous une véritable Providence... Cependant, il faut bien le dire, quelque grande que fût sa douleur, c'était encore elle qui consolait les autres. Partez, fille prédestinée, partez et accomplissez virilement la mission que Dieu va vous confier I Lutèce a besoin de vous. Clovis, le premier roi des Francs, réclame de vos prières sa conversion. Attila»
le fléau de Dieu, va fuir devant vous; il
vous faudra nourrir tout un peuple d'assiégés, et une foule de malheureux attend de vous la délivrance. Partez et vivez longtemps pour l'honneur de la France, pour le salut de la capitale^ et pour la persévé rance de toutes ces vierges chrétiennes dont vous serez et resterez le modèle. Et plus tard, des populations entières viendront s'agenouiller à votre tombeau; hé-
ritiers de sa gloire et de la foi de leurs ancêtres, ils viendront tous vous payer le triple tribut de leur admiration, de leur amour et de leur reconnaissance î
A Paris, dans Tlle de la Cité et tout près de Notre-Dame, vivait dans une modeste maison une pieuse femme qui avait tenu Geneviève sur les fonts de baptême.
C'est elle désormais qui servira de mère à la jeune orpheline, et Geneviève acceptera de grand cœur une offre aussi gracieuse et aussi favorable. Sans doute, tout était inconnu pour la jeune vierge; mais, à Paris comme à Nanterre, ses pensées et son cœur seront toujours à Dieu, et, bien qu'elle eût conservé un tendre souvenir du pays natal, son unique préoccupation sera de plaire à Dieu et de s'en assurer la possession par la pratique constante de toutes les vertus. Nous touchons ici, à proprement parler, à la vie publique de sainte Geneviève (438-512).
Elle demeura pendant trois jours entiers dans cet état, c'est-à-dire sans parole et sans mouvement ; on la tint pour morte, et sans un reste de rougeur à son front, on l'eût ensevelie. Mais, si son corps avait été ainsi frappé, son âme, en revanche, n'avait rien perdu des biens ineffables que Dieu dispense à ses élus. Son âme vivait en son époux qui lui faisait part de ses grâces par des visions merveilleuses ; elle vivait d'une vie plus active... Semblable à la fleur qui languit dans l'ombre et qui ouvre au soleil sa corolle empourprée, l'âme de Geneviève, sortie des obscurités du corps, s'épanouit à travers le temps et l'espace au rayon du soleil de vie. Qu'ils sont donc profonds les secrets de l'âme fidèle à son Dieu ! et comme Dieu se plaît, au milieu des ténèbres du monde, à l'inonder de sa lumière ! Sans entrer dans d'autres détails : pendant ses trois jours de léthargie, ainsi qu'elle le déclara elle-même aux personnes qui l'assistaient, elle fut élevée au ciel en esprit et elle vit les récompenses que Dieu réserve, dans son amour et dans sa sagesse, à tous cçu:^.qui l'aiment et qui le servent. Aussi,
rite. y> Qui pourra dire la netteté de son cœur? c'était un véritable cristal dans lequel Dieu se plaisait à se mirer. Et pour mettre ce trésor à Tabri de la corruption du siècle, elle avait appelé à son secours cette autre vierge que son même biographe nomme TAbstinence. Son ardeur pour la pénitence ne savait pas de bornes ; elle ne mangeait que deux fois la semaine et seulement un peu de pain d'orge et quelques fèves desséchées. Ce ne fut qu'à l'âge de cinquante ansque,sur un ordre des évêques, elle consentit à joindre à sa nourriture habituelle un peu de lait et de poisson, persuadée que l'obéissance est préférable au sacrifice. Ses prières étaient longues et fréquentes et souvent prolongées dans la nuit; elle les faisait toujours à genoux, le visage contre la terre qu'elle arrosait de ses larmes. On peut même dire que sa vie, conformément au désir du Sauveur, était une prière continuelle. Elle s'était fait une règle de passer en veille et en prière la nuit du samedi au dimanche, et de l'Epiphanie au Jeudi saint elle se tenait dans le silence de la solitude. C'est ainsi que
là cette récompense promise par vous à ceux qui vous aiment et qui vous servent?
Quel crime a donc commis votre humble servante pour éprouver un sort aussi rigoureux?... Mais non, Seigneur; ordonnez désormais comme il vous plaira, et que votre volonté s'accomplisse partout et en tout. » Gomme ces arbres vigoureux contre lesquels se déchaînent les efforts de la tempête, et qui, tandis que de plus faibles sont arrachés, tiennent tête à Torage et ^ s'affermissent par les secousses, Geneviève prit occasion de cette nouvelle épreuve pour s'attacher plus étroitement à son Dieu.
Mais l'heure était arrivée pour la divine Providence de mettre un terme à une aussi douloureuse épreuve, et bientôt allait se réaliser pour Geneviève la promesse faite par Dieu lui-même aux âmes droites, simples et dévouées : « Si vous savez vous taire et souffrir, vous verrez sans aucun doute k secours de Dieu venir à vous. » En effet, par la plus éclatante justification. Dieu allait de nouveau faire briller aux yeux de tout un peuple la vertu de sa fidèle servante.
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cède toujours l'envie quand elle veut faire tomber une âme dans le mépris et la déconsidération. Guidé par une prudence toute sage et toute chrétienne, Germain ne répondit rien à ces insinuations injustes et perfides; mais étant entré dans la ville, il se dirigea, suivi de la foule, vers la demeure de Geneviève. Ils la trouvèrent prosternée la face contre terre, s'entretenant par la prière avec son Dieu, et versant des torrents de larmes. Il n'en fallut pas davantage pour dissiper toutes les préventions ; et ceux qui étaient venus la haine dans le cœur et la calomnie sur les lèvres s'en retournèrent publiant partout l'innocence et les vertus de la sainte. Mais leur étonnement fut à son comble, quand le saint évêque, au lieu de reproches et de menaces, la salua avec des marques de vénération et de respect. Se tournant ensuite vers les calomniateurs, il leur reprocha leurs procédés injustes et fit hautement l'éloge de sa piété tendre et sincère. Gène* viève était vengée, et le cœur du saint prélat était satisfait.
A pqrtir de ce jour, le voile qui cachait
aux yeux de ses ennemis la vérité et 1 noblesse de ses sentiments était déchiré toutes les préventions disparurent, et Ge neviève retrouva son ancien prestige. Li adieux de saint Germain et de saint Geneviève furent des plus touchants, E montrant le ciel : « Ma fille, lui dit le sait prélat, nous nous reverrons là-haut ! en a tendant, priez pour Tévéque et pour so troupeau. » Les travaux de sa nouvel] mission en Angleterre furent tous coi ronnés d*un plein succès. La puissance d sa prière, la vertu de son éloquence et le nombreux miracles qu'il opéra, le firei triompher de Thérésie, et TÉglise d'Angh terre, en retrouvant la paix, retrouvait ausî sa vie. Ravenne fut le terme de la carrier apostolique du grand évoque; il y mounj le 31 juillet 448, dans un âge avancé, e dans Tcxercice héroïque de sa grande chî rite. Ses restes furent reportés à Auxerre La dernière pensée du saint, dit l'histoire a été pour Geneviève.
Mais, arrachons-nous un instant à 1 contemplation des vertus de sainte Gène viève pour la suivre au milieu de toutes ce
luttes d'où vont dépendre nos destinées nationales. Dieu, dit un panégyriste, voyant du haut du ciel que tout était prêt, lâcha la bride aux événements qu'il tenait sous sa main comme autant de forces combinées dans un même but. L'heure est solennelle et décisive; ce sont les destinées de la France qui vont se débattre entre Dieu et les barbares (1). Et, comme autrefois Judith derrière les murs de Béthulie, Geneviève est debout derrière les murs de Paris.
Pour elle, il est quelque chose de plus puissant que les armes, c'est la prière, à laquelle Dieu lui-même ne résiste pas.
Elle sauve Paris de rirruption d'Attila.
— Nouvelie persécution et nouvelle Justification.
Au mois de mars de l'an 451, un bruit sinistre s'était répandu dans Paris. Le vieil empire romain, après avoir promené partout ses aigles victorieuses, se défendait à
(1) M. l'abbé Bafou, 1876.
peine contre les barbares qui, longtemps contenus, comme un torrent qui brise enfin ses digues, Tenvahissaient de toutes parts... Attila et les Huns, Mérovée et les Francs se jetaient en même temps dans les Gaules ; et, soit qu'ils eussent pressenti que c'était à Paris que devait se décider le sort des Gaules, soit plutôt que Paris fût déjà, à cette époque comme aujourd'hui, le dernier boulevard de la patrie, ils marchèrent sur Paris. Attila, surnommé le fléau de Dieu, était un de ces hommes marqués au coin de la destinée, nés pour épouvanter les peuples et ébranler la terre. Ils se lèvent comme un tourbillon, rapides comme lui, terribles comme lui, irrésistibles comme lui, ils renversent tout sur leur passage et ne laissent après eux que des ruines. Ce farouche conquérant, dont le nom seul inspire la terreur, et qui se vantait que jamais moisson n'avait repoussé dans les lieux où son cheval avait passé, s'avançait à la tête d'une armée considérable, annoncé par l'effroi des populations qui fuyaient devant ses pas, et précédé par le récit des cruautés qu'il avait déjà exercées dans les villes du nord-est de
VIE DE SArS'TE GENEVIÈVE. 41
la Gaule. Il traversait les provinces le fer et la flamme à la main, cherchant à justifier par mille atrocités son titre de fléau de Dieu. Jamais invasion ne s'était présentée sous un aspect aussi terrifiant; le sol tremble sous les pas de ses guerriers et de leurs chevaux ; devant lui les armes tombaient des mains. On pouvait s'attendre à tout. Il était même à craindre qu'une fois maître de Paris, Attila ne devint bientôt le maître des Gaules et que c'en fût fait à jamais des destinées de la France. Aussi, l'épouvante est générale, c'est un sauve-quipeut universel!
En toute autre circonstance, les Parisiens auraient cherché à se défendre; protégé par le double bras profond de la Seine qui entoure l'île, et défendu par une vigoureuse population, ce n'est pas la première fois que Paris eût subi les assauts d'un siège. Mais l'épouvante avait glacé les courages, et la crainte superstitieuse d'être vaincus avait paralysé la valeur même chez les plus braves. Ne voyant plus d'espoir que dans la fuite, ils avaient tous résolu d'émigrer avec leurs femmes et leurs en-
fants, et déjà ils avaient rassemblé ce qu'ils avaient de plus précieux, afin de l'emporter avec eux dans les villes où ils allaient chercher asile. Rien de plus triste et de plus émouvant que le spectacle d'une ville tout entière fuyant en présence de son ennemi ! . .. Mais, confiante dans rintci^vention puissante du Seigneur, qui lui a promis son assistance, Geneviève parcourt les places et les rues de la ville, déclare à tous qu'ils n'ont rien à craindre, s'ils veulent mettre en Dieu leur confiance et implorer sa miséricorde, elle les exhorte à demeurer, et leur promet, au nom du ciel, leur salut et le salut de leur ville. « N'abandonnez pas lâchement ces toits sous lesquels tous vous avez été conçus et nourris; vous avez d'autres moyens que la fuite pour vous garantir du glaive de l'ennemi. Que ne puisez-vous des armes dans le jeûne et la prière, comme firent autrefois Judith et Esther? Je vous prédis que, par la protection du Christ, Paris sera épargné, tandis que les lieux où vous croyez trouver votre sûreté tomberont au pouvoir de l'ennemi et qu'il n'y restera pas pierre sur pierre. »
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Elle-même s'enferme dans le baptistère avec quelques pieuses femmes et se livre, avec elles, à la prière et à la pénitence, répétant, avec Esther, ces paroles de la sainte Écriture : « Seigneur^ assistez-nous dans V abandon où nous sommes, puisque vous êtes le seul qui puissiez nous secourir ; le péril où nous nous trouvons est extrême et inévitable.,. Souvenez-vous de nous, Seigneur, montrez-vous à nous à Vheure de notre af^ fliction; délivrez-nous par votre main puissanté, et assiste z^nous, Seigneur, vous qui êtes notre unique secours (1). »
Au lieu de se rendre à d'aussi saints exemples, ses détracteurs l'accusent d'imposture, et la traînent devant la multitude comme magicienne et fausse prophétesse; et le peuple, toujours prompt à se porter à la violence, va l'accabler d'injures et former contre elle les plus noirs projets. Le péril était imminent, et Geneviève n'avait d'autres armes à opposer à la fureur de ses ennemis que ses larmes et son innocence. Déjà la populace ameutée délibère sur le genre de
(l) Esther, XIV.
4« VIE DR SAINTE GENËVlEVfi.
supplice qu'on lui fera subir. G*en était fait de sa vie, quand l'arcliidiacre d'Auxerre, Sédulius, fuyant lui-même les fureurs d'Attila, arrive à Paris. Dieu, qui ne laisse jamais le faible sans appui, voulait, que l'heure qui devait marquer son supplice fût celle de son triomphe. En effet, instruit du complotqui se méditait, l'archidiacre frémit, et, allant bien vite trouver les conspirateurs : « Gardezvous bien, leur dit-il, de souiller vos mains d'un crime aussi noir ; celle que vous voulez mettre à mort est une servante de Dieu.
Avez-vous oublié les éloges du saint évêque d'Auxerre, et le récit qu'il vous fit naguère de ses vertus, quand il vous raconta comment, dès le sein de sa mère, elle fut élue et prédestinée de Dieu pour édifier l'Église, ainsi que nous l'avons nous-méme si souvent entendu de sa bouche? Et, comme preuve nouvelle de sa grande vénération pour elle, voici les eulogies (i) qu'il m'a recommandé en mourant d'aller lui offrir de sa part. » Ces paroles dites avec une certaine fermeté, le souvenir du saint
(1) Choses bénites que l'on s'envoyait en présent.
VIE DE SAINTE GENEVIÈVE. Mi
évêque et la vue de ces eulogies convertirent la foule ; et, par un de ces revirements heureux bien connus de l'esprit français, mais qui, à cette heure, n'était dû qu'au souffle puissant de la grâce, tous passèrent soudainement de la fureur au respect et de k haine à l'admiration. La sainte fille était bénie et glorifiée par ceuxlà mêmes qui voulaient la mettre à mort.
La réalisation entière de ses prédictions devenait alors sa plus belle et sa plus glorieuse justification. Attila, en efi'et, replia tout à coup les ailes de son armée, concentra ses troupes dans la direction d'Orléans qu'il assiégea. Mais, vaincu, il se retira laissant derrière lui les cadavres do plusieurs milliers des siens. Forcé de quitter la Gaule, jonchée de l'élile de ses guerriers, il chercha à venger sur l'Itahe les affronts faits à son orgueil de conquérant.
Mais, depuis que Geneviève lui eut barré le chemin de Paris, cet homme, jusque-là victorieux dans les deux parties du monde chrétien, tomba de défaite en défaite...
Quant à Geneviève, comparée aux Martin de Tours, aux Aignan d'Orléans, et aux
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Loup de Troyes, qui. par leurs prières, avaient aussi repoussé les armées ennemies, elle devint plus que jamais Tobjet de la reconnaissance et de la vénération universelles. Sa sainteté, hautement reconnue, ne reçut plus désormais que des hommages, comme sa vie aussi ne fut plus qu'un enchaînement de miracles. Jtfeaux, Laon, Troyes, Orléans,Tours, etc., sollicitèrent ses suffrages, et sa réputation de sainteté s'étendit même jusqu'en Orient, où le grand Siméon Stylite demandait une part à ses prières. C'est ainsi qu'une jeune fille de vingt-neuf ans, dont Attila ne soupçonne même pas l'existence, qu'il ne verra même jamais, a été assez puissante sur le cœur de Dieu pour changer son cours à ce torrent dévastateur. Patronne de Paris, sainte Geneviève est aussi sa libératrice.
Elle bâtit une église sar le tombeau de saint Denis. — Miracles opérés à cette occasion.
Geneviève avait une dévotion toute particulière pour l'apôtre des Francs, saint
Denis, premier évêque de Paris. Après avoir donné à la foi quantité d'idolâtres et rempli avec un zèle vraiment apostolique les fonctions de Tépiscopat, saint Denis avait couronné sa vie par le martyre (272).
Jeté dans la Seine avec ses deux saints compagnons, Rustique et Éleuthère, une femme chrétienne nommée Gatule les recueillit précieusement et leur donna une sépulture convenable non loin du lieu où ils avaient été décapités. La chapelle élevéo sur leur tombeau par les soins des pieux fidèles avait disparu depuis longtemps déjà quand, en 469, Geneviève, guidée par sa dévotion pour nos saints martyrs, eut la pensée de leur élever un temple sur le lieu même de leur sépulture. Il convenait que cette sainte, qui allait devenir le conseil du fondateur de la monarchie française, inspirât par son exemple à Tun des successeurs de Glovis la pensée de construire cette autre basilique qui, pendant des siècles, devait servir de sépulture aux rois de France. Saint Denis et sainte Geneviève I deux noms qui resteront à jamais unis dans l'histoire de l'Église de Paris, deux
• noms qui ne seront jamais séparés dans
l notre amour et dans notre vénération.
En mettant à exécution son pieux desj sein,Geneviôveobéissaitmoinsàun mouve-
» ment passager de sa piété , qu'à cette grande
dévotion qu'elle avait toujours eue, et dés saplus tendre jeunesse, pourle saint martyr.
Que de fois son cœur et sa pensée ne s'étaient-ils pas portés, des hauteurs du mont Valérien, sur la montagne où les ■ saints apôtres avaient été martyrisés, el
: de là sur le petit village de Gateuil oii
reposaient leurs saintes dépouilles! Mais que pouvait une humble et simple fille ! sans fortune et sans nom pour une entre*
; prise aussi considérable? Où trouver des
' ressources suffisantes pour la construc-
tion d'un temple digne du saint apôtre di ; la France et de ses compagnons? Car, danî
j sa pensée, le peuple de Paris ne pouvait
jamais trop les honorer, ni leur témoignei assez sa reconnaissance. Autant de questions auxquelles sa foi pouvait seule ré pondre. Un jour que les prêtres de la vilh étaient venus, selon leur habitude, poui la saluer et s'édifier, elle voulut s'assurej
leur concours : « Mes vénérables pores en Jésus-Ghrist,leur dit-elle, je vous ensupplie, veuillez vous concerter et réunir tous les matériaux nécessaires pour élever un sanctuaire au martvr saint Denis et à ses compagnons. Car il est saint et redoutable le lieu où reposent leurs corps. » Et comme ils hésitaient dan»leur acceptation : « Allez, reprend la sainte avec un accent prophétique, allez vers le pont de la ville et me rapportez ce que vous aurez vous-mêmes entendu. » Sur son ordre, ils sortent de la ville, inquiets de savoir ce qui allait se passer, quand, arrivés au terme de leur course, ils entendent deux pâtres se dire l'un à l'autre : « Ce matin, en poursuivant un de mes animaux qui s'était égaré, j'ai vu tout près d'ici un endroit où se trouve une imniense quantité de chaux. — Et moi, à l'entrée de la forêt, j'ai fait la même découverte sous la racine d'un arbre nouvellement arraché. » Étonnés de ce qu'ils venaient d'entendre, les prêtres bénissent intérieurement le Seigneur qui faisait, en faveur de son humble servante, de si grandes merveilles, et bien vite ils s'en
gnale la construction de la basilique. Un jour que les ouvriers étaient occupés et fatigués, Teau qui servait à les désaltérer vint tout à coup à manquer. Avertie de la chose, Geneviève se fait apporter le vase dans lequel on avait coutume de mettre la boisson, et, se mettant en prière, elle supplie Dieu avec larmes d'avoir pitié d'elle. Se sentant exaucée, elle se lève, fait le signe de la croix sur le vase qui se trouva miraculeusement rempli d'une boisson salutaire. On ajoute que cette boisson suffit jusqu'à l'achèvement total 'des travaux.
Telle a toujours été la puissance de la foi sur le cœur de Dieu... C'est ainsi que, par l'influence et sous la direction de sainte Geneviève, fut commencé, construit et achevé le temple de Saint-Denis, connu depuis sous le nom de Saint -Denis de l'Estré, et distinct, par conséquent, de Tabbaye. On rapporte au roi Dagobert l'honneur de cette dernière fondation.
Un autre miracle non moins éclatant et non moins connu, et qui se rattache aussi à la même époque, est celui du cierge rallumé miraculeusement par un ange. Ge-
If
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neviève, avons-nous dit, passait dans l veilles et la prière les nuits du samedi î ' dimanche ; et, avant Taurore, elle se rends avec plusieurs jeunes filles à l'église d Martyrs pour y continuer plus longtcm] sa prière. Une fois, entre autres, elles fure; surprises dans le chemin par un viole; orage. La pluie tombant par torrents, et vent soufflant avec violence, éteignirent torche ou le cierge qui les guidait au milic des ténèbres. Grande fut la frayeur do S( jeunes compagnes, obligées de marcher s hasard dans des chemins difficiles et qu'ui pluie abondante rendait encore plus p( rilleux. Elles étaient là au milieu d champs sans guide, sans abri, et le fro:
commençait déjà à les saisir. Mais Gem viève, toujours soutenue par sa foi, se fa remettre le cierge. Elle ne l'avait pas pli tôt dans la main qu'un ange le ralluma, elles purent ainsi arriver jusqu'à Téglisi où le cierge acheva de se consumer devai elle, à la grande admiration des jeunj vierges qui redoublèrent de respect et c reconnaissance envers la sainte. Le ménr prodige, disent ses biographes, se renouvei
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plusieurs fois encore en sa faveur, et le contact de cette cire bénite guérissait les malades de leurs infirmités.
La puissance miraculeuse de Geneviève ne s'arrêta pas là. Ses historiens rapportent encore bon nombre d'autres miracles que nous ne pouvons qu'indiquer. C'est ainsi qu'à Meaux elle guérit un homme qui avait le bras desséché; détourna un orage qui menaçait de perdre toutes les moissons, et apaisa une tempête qui faillit, à son retour à Paris, l'engloutir dans la Seine. Une autre fois elle rendait l'ouïe à un avocat nomme»
Fruncinius, et qui depuis quatre ans était affligé d'une affreuse surdité... Geneviève ne commandait pas seulement aux maladies, le démon lui-même fut soumis à sa grande puissance, et l'on cite un grand nombre de possédés qui furent délivrés par ses prières. Enfin, à sa même prière, la mort rendit ses victimes : témoin cet enfant qui, tombé dans un puits, avait été retiré plusieurs heures après et le corps complètement broyé. Gomme autrefois Jésus à la veuve de Naïm, Geneviève rendit l'enfant ressuscité ù sa mère,
premier sanctuaire ouvert à ces saintes communautés était près de la cathédrale, au lieu même où fut élevée plus tard Téglise appelée tantôt Notre-Dame la Petite, et tantôt Sainte-Geneviève des Ardents. On y conserva longtemps le lit sur lequel la sainte avait donné à Dieu son dernier soupir.
Geneviève sauve Paris de la famine.
Dieu se plaisait à confirmer chaque jour par de nouveaux miracles la puissance et la sainteté de Geneviève, que les Parisiens regardaient, ajuste titre, comme leur conseil et leur salut. Cette confiance merveilleuse de tout un peuple et Tinépuisable bonté de Geneviève allaient briller d'un nouvel éclat dans une des circonstances les plus mémorables de notre histoire nationale. Tandis qu'Attila vaincu sortait des Gaules avec les débris de son armée et qu'à Paris on se réjouissait encore d'avoir échappé au massacre et au pillage. Dieu poussa les Francs sous les murs de Paris.
Jeune, ardent et plein de sève, ce peuple avait déjà porté au loin ses conquêtes, et les aigles romaines épouvantées fuyaient devant son drapeau. Ghildéric, leur roi, convoitait depuis longtemps déjà Paris pour capitale. C'est vers l'an 456 qu'il vint mettre le siège devant Paris (siège qui dura près de dix ans). La ville de Paris était alors renfermée dans l'île de la Cité, et par conséquent entourée d'eau de toute part. De plus, elle était fortifiée par des tours et des murailles qui la mettaient à l'abri des coups de l'ennemi. Les Francs, n'ayant pas de bateaux, comprirent bien vite qu'ils ne pourraient pas la prendre de force,' et ils résolurent de la soumettre par la famine.
Que fera Geneviève, car l'occasion est venue pour elle de se montrer encore une fois?
Elle n'aura pas devant les Francs la même attitude qu'elle avait prise contre Attila.
Non, elle ne pouvait point s'opposer aux desseins de Dieu. Mais si le patriotisme des saints est impuissant à changer les décrets de la Providence, il ne reste jamais oisif. Dans ces crises solennelles qui décident du sort des empires, il se rencontre
des calamités qui le provoquent, et auxquelles il n'est pas et ne peut jamais être insensible.
La famine, ce fléau que laguerre apporte avec elle, mais plus terrible qu'elle, commençait à se faire sentir; il semblait impossible d'en éviter les horreurs, et les troupes qui investissaient la ville ne laissaient aucun moyen de salut; déjà le désespoir s'emparait de tous les cœurs.
Spectacle affreux et vraiment digne de pitié : les soldats étaient épuisés de fatigue et de besoin. Le pauvre peuple mourait de langueur sur le pavé. Les vieillards essayaient en vain de remonter les courages ; le père se détournait sans répondre, quand son enfant en larmes lui demandait du pain; le sein des mères était tari, et elles abandonnaient leurs nourrissons dans leurs berceaux, pour ne pas entendre leurs cris plaintifs et ne pas les voir mourir.
Paris, en un mot, n'était plus qu'un immense sépulcre, où l'on ne voyait que de pâles ombres et des squelettes horribles.
Geneviève a entendu ce long cri de détresse; mais, pour tout remède et toute
vite sans égale ; les miracles se multiplient sous ses pas. Après avoir réuni une cargaison considérable, Geneviève, dans la joie de son cœur, en rendit grâces à Dieu, qui était venu à son aide et l'avait couverte de sa protection ; et, à la tète de sa flottille, elle rentre heureusement à Paris, malgré le danger que lui fit courir une tempête et la surveillance des assiégeants. Ce qui se passa alors, il est facile de le deviner.
Les transports d'une joie inexprimable saisirent le peuple de Paris quand, du haut des murailles, ils découvrirent les vaisseaux qui venaient les secourir. Tous s'approchent du rivage, se pressent autour de leur bienfaitrice, la montrant à leurs enfants et lui baisant les mains.
C'était partout des pleurs, des cris de joie, des acclamations enthousiastes : « Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, et l'honneur de votre peuple. » Et Geneviève : « C'est Dieu, disait-elle, qui vous a secourus, c'est Dieu qu'il faut remercier. »
Et tous ensemble chantaient à Dieu les hymnes d'actions de grâces et de reconnaissance. Cet acte de patriotisme et de charité
acheva de rendre populaires le nom et les vertus de Geneviève dans Paris. C'est ainsi que le dévouement et la charité d'une pauvre mais courageuse fille sauvèrent les Parisiens dans un des dangers les plus grands qu'ils eussent jamais courus. Et en faisant la distribution des vivres qu'elle avait apportés, Geneviève était heureuse.
Son plus grand bonheur était de pouvoir soulager les membres souffrants du Christ; de plus, selon la pensée d'un de ses biographes, Geneviève avait l'espérance non des choses visibles, mais des invisibles.
Elle savait et comprenait très bien cette parole du prophète : « Qui donne aux pauvres, prête à Dieu. »
Elle obtient la grâce de plusieurs condamnés à mort.
Après s'être emparé de Paris vers le milieu du v« siècle, Childéric, roi des Francs, y résida quelque temps. Ce prince, bien qu'infidèle, barbare et de mœurs libres, se sentait pénétré d'une vive admiration et
d'un profond respect pour le courage et la charité héroïques de Geneviève. Et tous les comtes et les seigneurs de la cour partageaient avec lui les mêmes sentiments. Les chroniqueurs nous ont laissé un exemple de ce culte attentif et respectueux du roi Ghildéric pour la sainte.
Nous le rappelons d'autant plus volontiers ici qu'il est tout entier à la gloire de Geneviève, qui accomplit en même temps un nouveau miracle.
Un jour qu'il allait faire exécuter une sentence de mort contre quelques malheureux détenus (car son titre de préfet des troupes auxiliaires lui donnait ce droit non seulement sur les gens de son armée, mais encore sur les habitants du pays), Ghildéric eut recours à un subterfuge pour se mettre, disait-il, à l'abri des obsessions de la sainte. Prévoyant, en effet, que Geneviève, informée de la chose, viendrait intercéder auprès de lui en faveur des coupables, il sortit secrètement de la ville, ordonnant qu'on en fermât immédiatement les portes. Avertie par un messager fidèle, Geneviève traverse en toute hâte la cité
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peau, couronnât sa carrière en s'associant à une œuvre vraiment grande et importante, je veux dire son intervention dans la constitution de la France. C'est par la foi que la France s'est faite encore plus que par les armes, et Dieu voulait que Geneviève contribuât, pour sa part, à donner à la monarchie naissante la foi. C'est elle, en effet, qui deviendra l'inspiratrice et la conseillère du premier roi chrétien de France, méritant ainsi son titre de patronne de Paris et de la France.
Pour convertir un homme comme pour convertir un peuple, la parole sans doute est d'une efficacité puissante; mais il est quelque chose de plus fort encore que la parole', c'est l'exemple. Voilà pourquoi les saints ont toujours été si puissants aussi bien sur les peuples que sur les individus; l'exemple de leurs vertus leur conciliait toutes les intelligences et leur gagnait tous les cœurs. C'est le fait de sainte Geneviève à cette heure première de notre histoire nationale. Ses actes étaient éloquents. Et Dieu, pour achever son œuvre, avait voulu joindre à la vertu de
lique dans laquelle elle avait grandi, elle ne supportait que difficilement le milieu arien dans lequel les événements Tavaient jetée. Mariée àClovis, elle s'inspira de toutes les occasions pour déterminer son royal époux à embrasser le christianisme, ne se lassant pas de lui faire entendre, en même temps que la voix du cœur, le langage de la foi. Elle était soutenue en cela par les prières de Geneviève, par les conseils du saint évêque de Reims et par la sollicitude toujours pressante des autres évêques des Gaules. Vint le jour où cette pieuse reine vit enfin ses chères espérances se réaliser.
Les Suèves et les Allemands s'étaient jetés des forêts de la Germanie sur les Gaules.
Averti de cette nouvelle, Glovis marche contre eux; la lutte s'engage dans les plaines de Tolbiac. Écrasés par des ennemis supérieurs en nombre, les Francs pliaient déjà... c'en était fait de Glovis et de la France, quand tout à coup le héros s'arrêta. Glotilde lui avait dit : « Si vous voulez vaincre, invoquez le Dieu des chrétiens. » A peine le roi des Francs a-t-il fait sa prière, que les chances du combat chan-
Tune et l'autre aussi avaient puisé à sa véritable source, dans le cœur même de Dieu et dans l'exercice d'une sincère piété, cette force d'âme nécessaire pour tempérer l'amertume de leurs maux.
Toutes deux, enfin, et d'un commun accord, savaient faire goûter au nouveau roi chrétien tous les projets propres à illustrer son nom et son royaume. C'est à la demande de Geneviève que Glovis consentit à élever un temple magnifique à la mémoire des apôtres saint Pierre et saint Paul. Le roi mourut avant de le voir terminé ; mais, pleine de respect pour cette grande pensée de son royal époux, Clotilde ne négligea rien pour que l'édifice fût achevé. Comme tous les monuments anciens, cette vieille basilique eut à souffrir du temps et des événements. Il n'en reste plus aujourd'hui que la tour enclavée dans le lycée Henri IV et qui a conservé le nom de « tour de Clovis (1). » L'idée de Geneviève, dans cette sainte entreprise, était de favoriser le développement de la religion et de
(i; Restaurée en 1886.
dans cotte contrée, et c'est probablement à Tune de ces pérégrinations que se rattache son voyage à Laon. Dans cette ville comme partout ailleurs, Geneviève avait été reçue avec tous les honneurs et tous les égards dus à sa haute sainteté. Parmi les plus empressés se trouvaient les parents d'une pauvre je une fille atteinte depuis de longues années déjà d'une paralysie qui avait frappé d'impuissance son corps tout entier. Cédant à leurs supplications et à leurs instances, Geneviève se rendit auprès de la malade qu'elle guérit sur-le-champ. Témoins de ce nouveau miracle, tous les habitants étaient dans la joie et tous ils bénissaient Dieu d'avoir donné à sa servante un pouvoir aussi merveilleux, tous, enfin, avaient voulu reconduire notre sainte solennellement au chant des psaumes et des hymnes sacrées.
Geneviève, qui avait une grande dévotion pour saint Denis et ses compagnons martyrs, ne pouvait manquer d'honorer d'un culte tout particulier un autre saint, dont le nom est resté célèbre dans notre histoire religieuse, saint Martin de Tours, appelé aussi « le grand thaumaturge des
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Gaules. » Depuis longtemps déjà, sa grande âme, toujours passionnée pour tout ce qui est grand et vénérable, la poussait sur son tombeau, si fertile en miracles. A son passage à Orléans, sa première pensée est d'aller prier dans l'église de saint Aignan, ce saint si connu alors dans toute la contrée par ses éminentes vertus et surtout à cause du salut de cette môme contrée obtenu par sa puissante intervention. La réputation de Geneviève était si universellement répandue que sa présence devenait partout un sujet de joie et de consolation. Un miracle éclatant, la guérison d'une jeune fille mourante, signala son passage dans cette ville.
Cette guérison subite et merveilleuse, qui rappelle celles de TÉvangile, excita dans tout le peuple le plus vif enthousiasme; tous louaient hautement et glorifiaient avec amour le Seigneur et sa fidèle servante.
Dans la même ville, elle obtint par un double miracle la grâce d'un esclave et la guérison de son maître.
Pour se rendre d'Orléans à Tours, Geneviève s'embarqua sur la Loire. A cetle époque, où les routes étaient peu prati-
quées et les ressources pour le voyage rares et difficiles, ce mode de transport était certainement le plus commode et le plus sûr.
A son arrivée à Tours, Geneviève, par ses prières et par la puissance du signe de la croix, délivra plusieurs possédés. Les habitants, témoins de ces miracles, lui rendirent les mêmes honneurs lorsqu'elle quitta leur ville que lorsqu'elle y était entrée. La reconnaissance était sur toutes les lèvres et dans tous les cœurs.
Bien d'autres miracles se rattachent à cette même époque de la vie de sainte Geneviève, entre autres, celui d'une jeune fille qu'elle préserva d'un grand malheur, la guérison d'un enfant infirme, et celle d'un possédé qu'elle sauva avec une huile produite miraculeusement. A mesure qu'elle approchait du terme de sa carrière, Geneviève répandait davantage autour d'elle les trésors de son immense charité et les effets merveilleux de sa puissante intercession. Dieu est vraiment admirable dans ses saints.
Derniers moments de Geneviève. — Sa mort. — Miracles qui la suivirent.
(Miracle des ardents.)
Plus Vâme se dégage de la terre et d'ellemôme, plus aussi toutes ses forces intérieures se concentrent en Celui qui seul est capable de la satisfaire. Alors avec le roi- Prophète elle se plaint de la longueur de son exil, et avec saint Paul elle voudrait voir se briser les derniers liens qui la retiennent loin de lui. « Quand paraîtrai-je donc en présence de mon Dieu? de ce Dieu qui a réjoui ma jeunesse et qui doit être ma récompense ? » Tels étaient et bien d'autres encore, 4es soupirs de cette âme qui n'avait vécu que pour le ciel et pour Dieu et qui avait toujours tourné de ce côté ses espérances et ses joies. Et le ciel, répondant à son appel : « Venez, épouse du Christ, venez et recevez la couronne que vous a proposée le Seigneur dans son éternité. »
Sainte Geneviève survécut très peu de temps au roi Glovis ; elle mourut le 3 janvier de Tannée 512, cinq semaines, jour
vit: DE sainte: gëneviêvb. 73
pour jour, après la mort de Clovis, après une vie de quatre-vingt-neuf ans passée tout entière dans Texercice continuel d'une grande piété et d'une charité sans rivale.
L'histoire garde un silence profond sur les derniers moments et sur la pompe de ses funérailles. Dieu, qui nous avait laissé connaître très peu de chose de ses premières années, avait voulu couvrir d'un voile plus épais encore ses derniers moments. Cependant/ qu'il nous soit permis de suppléer au silence de l'histoire, appliquant à sainte Geneviève tous ces détails intimes qui accompagnent toujours une mort précieuse aux yeux de Dieu. Quel empressement de la part des vierges pour procurer à la mourante tous les secours indispensables à cet étati Avec quel respect et quel amour elles recueillent ses dernières paroles et ses dernières volontésl Quelle sollicitude chez le peuple qui la vénère et qui encore, à cette heure, place en elle toutes ses espérances ! La tristesse et le deuil sont dans tous les cœurs parce que tous sont frappés par la mort d'une seule.
D'un autre côté, la joie douce et pure est répandue sur tout son visage. Ses traits
sont calmes et réguliers, et la mort a r( pecté cette physionomie toute célesl Qu'elles sont touchantes les larmes qu'e répand à la vue du ciel qui s'ouvre deva elle! la joie qu'elle éprouve de voirbieni son Dieu et de le posséder donne à toul ses paroles une chaleur toute divine I G\ au miUeu des sanglots et des larmes de s amies que son âme passe de cette vie à s éternité. Elle est donc morte la bienfaitri des malheureux, la mère des orphelins, libératrice de Paris et de la France, Tho neur de la patrie, l'exemple et la consol tion des chrétiens, l'honneur et Tédificatii de l'Église ! La nouvelle de cette mort jei la ville entière et la France dans une pr fonde consternation et dans un deuil dif cile à décrire.
L'éloge de notre sainte est sur toutes 1 lèvres et dans tous les cœurs. Deux me résument parfeitement sa vie : saintet patriotisme. A travers les siècles, on ver toujours briller cette figure par le souv nir des bienfaits, et ce même souvenir fixera à jamais sur les tables de notre hi toire. Son corps fut porté avec beaucoi
Vm DE SAINTE GENEVIÈVE. 75
de pompe dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, plus connue dairs la ville sous le nom d'église Sainte-Geneviève, et placé près de celui de Glovis. Il était bien juste que l'humble vierge de Nanterre et le prince illustre qui avait régné sur la France fussent réunis dans la mort. Glovis avait toujours professé une grande estime pour ses vertus, et c'est aux prières de la sainte qu'il dut, avant tout, sa conversion au christianisme... G'était d'ailleurs un lieu qu'elle avait souvent arrosé de ses larmes et d'où son esprit avait été plusieurs fois enlevé dans les cieux pour y entendre ces secrets dont il n'est pas permis aux hommes de parler.
A peine Geneviève avait-elle rendu son âme à Dieu que, dans l'élan de sa foi et de sa reconnaissance, sans transition et sans effort, Paris l'invoquait comme sa patronne et venait s'agenouiller sur son tombeau.
Dieu, de son côté, ratifia leur pensée, se plaisant à glorifier ce môme tombeau par de nombreux miracles.
Sans rappeler ce grand nombre de miracles personnels obtenus par son interces-
lui et semblaient vouloir le protéger. Averti du miracle, Tévêque s*y transporte au milieu d'un peuple immense, pour y rendre grâces à Dieu et prier la sainte d'intercéder pour son peuple auprès de ce Dieu qui commande aux vents et à la mer. Son espérance ne fut pas trompée : à dater de ce jour les eaux du fleuve s'abaissant successisivement rentrèrent bientôt dans leur lit.
Gomme autrefois elle avait arrêté le flot des barbares, Geneviève arrêtait, par sa puissante protection, les eaux du fleuve toujours prêtes à engloutir la cité.
Trois siècles plus tard (1129), sous le règne de Louis YI, dit le Gros, un mal inconnu jusqu'alors, un de ces maux qui n'ont point de nom et qui sèment la mort comme on sème le grain, désolait la capitale. Ce mal horrible, connu depuis sous le nom de feu sacré ou des ardents, était un feu interne et dévorant qui, après d'horribles souffrances, conduisait en quelques jours à la mort. On comptait déjà plus de quatorze mille victimes de tout âge et de tout sexe. Nul remède humain ne pouvait en arrêter la contagion. Le peuple appor-
une fête qui se célèbre chaque année, le 26 novembre, sous le nom de fête de sainte Geneviève des Ardents. L'église paroissiale qui occupait l'emplacement de la maison de sainte Geneviève prit ellemême' le nom de Sainte-Geneviève des Ardents, et le souverain Pontife Tenrichit de nombreuses indulgences. Ce miracle qui eut pour témoin la ville tout entière et une partie des environs est, sans contredit, le plus éclatant et le plus authentique de tous les miracles dus à l'intervention puissante de sainte Geneviève.
Quelques années plus tard et sous le règne de Philippe- Auguste, Geneviève faisait rentrer une seconde fois dans leur lit les eaux du fleuve débordé.
Enfin, au milieu du xv® siècle, elle prend sur elle la succession de trois défaites; et, après les désastres de Grécy, de Poitiers et d'Azincourt, elle relève la France sur le penchant de sa ruine... Si Jeanne d'Arc a été le bras qui a tout fait, Geneviève a été sinon la voix, du moins l'inspiration et le génie. Et n'était-ce point assez que Jeanne fût vierge comme elle, bergère