‹ Sainte GenevièveChapitre 3 sur 13 · NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE

Son Tombeaa. — Ses Reliqaes.

Pèlerinages.

« Les saints ne nous quittent point lorsqu'iFs meurent. Entre le ciel où ils régnent et la terre où nous combattons, il y a, pour combler les distances et rapprocher les âmes, nos prières qui montent et les grâces qui descendent, doux échange dans lequel de nouveaux rapports s'établissent. »

A peine sainte Geneviève avait-elle rendu à Dieu sa belle âme que déjà le lieu où elle reposait devenait le sanctuaire le plus fréquenté de la capitale ; dans Télan de sa foi et de sa reconnaissance, le peuple de Paris s'y portait en foule. Il était heureux de prier après sa mort, celle qui, pendant toute sa vie lui avait donné tant de preuves de son affection et de son dévouement.

Paul, SOUS rinvocation desquels avait été placée l'église qui renfermait ses restes, jusqu'au xm** siècle où les noms des saints apôtres s'éiant détachés, il ne resta plus que celui de la vierge de Nanterre. Les chanoines de Sainte-Geneviève étaient chargés de la garde du tombeau. Ravagée plusieurs fois, livrée même à l'incendie, à l'heure des irruptions fréquentes des Normands sur Paris, elle était immédiatement restaurée dés que les ennemis s'étaient éloignés et que la paix était rendue au pays.

Un autre fait qui prouve d'une manière non moins incontestable la grande vénération de l'Église de France pour le tombeau de sainte Geneviève, ce sont les trois conciles de la période mérovingienne, tenus dans cette même église (573, 577 et 615).

La crypte dans laquelle la sainte avait été inhumée, devenue la paroisse de la montagne, doit être regardée comme le berceau de l'église de Saint-Étienne du Mont, et le curé de cette paroisse conserva jusqu'en 1221 la garde de ce même tombeau

Le corps de la sainte avait été déposé tout d'abord dans une sorte de coffre en

rues de la capitale, sema partout sur son passage toutes sortes de faveurs et de bénédictions. Les plus célèbres sont celles de 1303 à Toccasion de Tinondation*qui menaçait la ville; de 1427; à cette époque, la situation de la France était des plus tristes et des plus critiques : envahie par les Anglais depuis près d*un siècle, elle était déchirée à rintérieur par la guerre civile et à la veille d'être ruinée par la rivalité des factions ; de 1496, signalée par la guérison miraculeuse du célèbre Érasme, le savant littérateur de Rotterdam ; de 1534, pour implorer le secours de la sainte contre les iniquités et les fureurs des huguenots ; de 1563, procession expiatoire pour la réparation d*un sacrilège commis àTéglisemême de Sainte- Geneviève; de 1568, pour remercier le ciel de la guérison du roi et obtenir le succès de nos armes contre les huguenots; de 1603, pour obtenir la guérison du dauphin ; de 1652, pour célébrer le retour du roi surpris par les armées rebelles et protégé par Turenne; de 1675, décrite par madame de Sévigné dans une de ses lettres (6 avril) ; de 1694, pour obtenir le triomphe de la France

Paris et de la France. Quel sujet plus merveilleuîi; qu'une vie aussi sainte et aussi bien remplie, et la gloire qui l'a suivie?

Ce corps sacré qui avait échappé aux invasions normandes, il était réservé à l'impiété révolutionnaire d'y porter une main sacrilège. C'est l'heure delà Terreur. Retiré de sa châsse, il fut porté en place de Grève et brûlé sur un bûcher, aux acclamations de la foule, heureuse devoir enfin disparaître ce précieux souvenir. Le procès-verbal de cette époque, 1®' frimaire 1793, déclare que c'est au nom de la raison, et en expiation du crime d'avoir servi à propager l'erreur, qu'on livra au vent et au blasphème ces cendres sacrées. Cette marque d'impiété, disons-le à la louange de notre ville, ne fut que le fait d'une horde de furieux et d'insensés. Quant à la châsse qui renfermait cette précieuse dépouille, objet de la cupidité de nos révolutionnaires, elle fut mise en pièces. Il en est des orages rér volutionnaires comme de ceux qui bouleversent notre atmosphère, ils obscurcissent un instant le soleil ; mais celui-ci, quand ils ont passé, est aussi bienfaisant et non moins

Transportés dans la capitale par les soins du pieux archevêque M^' de Quélen, ils ont été reconnus avec toute la sévérité des formes prescrites. Une lettre au clergé de son diocèse, avec la date du 3 janvier 1822, lui annonce l'heureux résulat des démarches faites à cet égard.

Après avoir établi leur authenticité, le pontife les a fait porter en triomphe, marchant à leur suite, suivi lui-môme de la famille royale, et entouré d'une grande multitude louant Dieu et implorant, dans leur joie, la protection de la sainte. Placées avec honneur dans l'insigne basilique de Sainte-Geneviève rendue à sa première destination, elles étaient offertes à la piété des fidèles. De ce jour Geneviève était rentrée dans sa possession, et Tédifice qu'elle honorait de sa présence redevint ce qu'il était, une des plus magnifiques églises de la chrétienté. La révolution de 1830 allait encore une fois faire tomber la croix, effacer le nom du vrai Dieu et bannir de son sanctuaire l'humble vierge et la patronne auguste. Un décret présidentiel, paru peu de temps après ce nouveau sacrilège, les rendit

viève illuminée par les cierges et les lampes que les fidèles allumaient devant le tombeau de la sainte. Après avoir vénéré ses reliques déposées dans la basilique audessus et en arrière du maître-autel, ils descendaient dans la crypte prier encore devant la pierre qui pendant tanfcr d'années les avait portées.

Lorsque le cardinal de la Rochefoucauld fit dans la basilique de grandes réparations (1628), il n'oublia pas la crypte. Il la fit revêtir de marbres et de jaspe. M. Lenoir, dans sa statistique de Paris, nous en donne le plan exact. Au milieu de la crypte se trouvait le saint tombeau, entre quatre colonnes, et dominant le sol de deux marches. L'ancien cercueil était renfermé dans un cénotaphe de marbre peu élevé et de forme allongée, orné de moulures en haut et en bas. Une grille de fer Tentouraii Les tombes de saint Prudence et de saint Géran l'accompagnaient à droite et à gauche; elles étaient également revêtues de marbres précieux. Deux escaliers parallèles mettaient en communication la basilique et la crypte.

à Saint-Étienne du Mont ou dans les environs, accueillirent avec empressement le désir qu'avait M. de Voisins de transporter à Saint-Étienne la pierre sainte du tombeau de sainte Geneviève. M. de Voisins en informa Tarchevêché : M. Tabbé de Malaret, vicaire général du cardinal de Belloy, archevêque de Paris, vint en compagnie du curé de Saint-Étienne et de plusieurs autres témoins constater Texistence et l'authenticité de la pierre tombale (8 novembre 1803).

Six semaines après, M. Tabbé Rousselet, en confirmant le précédent procès-verbal, signait, avec six des vieux Génovéfains, un certificat assurant que cette même pierre du tombeau de sainte Geneviève était bien celle qui était jadis vénérée dans la crypte et cela dès l'origine (15 décembre 1803) ; enfin une ordonnance de M^ de Belloy, datée du 20 décembre, visant ces deux pièces, autorisait la translation du tombeau dans l'église de Saint-Étienne, et aussi dans cette église, la célébration des fêtes et du culte de sainte Geneviève, suivant les rites et céré m onies en usage dan s l'ancienne abbaye . Ainsi fut sauvé ce saint tombeau. Il était

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bien temps. Ija basiliqae s'écroulMl P»

parties: en 1807 on la démolissait entièrement et on ouvrait à la place U me QoTis.

Sans le zi>le de M. de Voiâns le tombeau de sainte Geneviève eût été enlevé comme tout le reste, et ses pierres aoraient serri- avec les ruines de l'édifice, à la construction des bâtiments d'aient«>ar.

De ce jour-là. le tombeau de sainte Geneviève est sarde comme le trésor de Saiul- Etienne du Vont. Depuis plus de quatre- \iDzts ans il y est l'objet de la vénération du derçé et des ddèles. Chaque jour les pèlerins de tous pays y viennent pri^M"- On y brûle des cteraws^. on y apporte des ex-voto de tout !2enre. on y tût toucher du linge pour les malades, des chapelets* des médailles, toute sorte d'objets reCigieux. Les ^icesi^ue >OLiate Geneviève obtienÉ à ceux qui VÎDtTOi^ttent e titre tiennent dans le peuple de Ftxm la foi en sa puissante intercession.

>i3Littte viH>ae\iève est «iemeurée la patronne de V^AtùS' et de lak Ftance.

CTest ^^urtoat pendant la neuvaine qui tsojtitU tS^te de :^ute Oeneviéve 'du ^janvier, v^gÀ ^^^^. V v>^vci:i.ux\\ îus*iu an il^ le jour di

la clôture), que les foules affluent dans notre église. On peut évaluer au moins à cent mille le nombre des personnes qui veulent passer en ces jours-là près du saint cénotaphe. Les habitants de la banlieue, les paroisses de Paris y viennent successivement aux offices de 9 heures et 11 heures du matin et le soir à TofQce de 3 heures. De Touverture à la fermeture de Féglise, une ligne de pèlerins toujours pressés, toujours renouvelés, s'étend depuis le perron du portail jusqu'à la chapelle vénérée.

L'église Saint-Étienne-du-Mont a peine à recueillir les flots de cette foule empressée : tout ce qu'il y a de vrais chrétiens h Paris tient à venir prier en ce pieux sanctuaire, rempli du souvenir des vertus de sainte Geneviève. Les places et rues adjacentes sont alors encombrées de marchands forains ; c'est fête, c'est joie populaire en ces jours bénis : la dévotion à la vierge de Nanterre est demeurée toujours aussi vivante au cœur de la population parisienne.

M. de Voisins n'avait pas pu donner à la chapelle de Sainte-Geneviève tout le lustre

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l'encens de la prière. La statue de sainte Geneviève, au fond du retable, a été copiée sur celle qu*on voit encore dans la sacristie du collège Henri lY, et qui était celle-là même qui était au portail de la vieille basilique. A ses pieds est une châsse d*un très fin travail où sont renfermés trois reliquaires qui contiennent des reliques de la sainte. Le pavé du sanctuaire, la grille qui le sépare du reste de la chapelle, tout révèle le grand artiste, sa science du moyen âge,

Fachevé de son dessin, sa foi, son amour pour sainte Geneviève. Les vitraux racontent la vie delà sainte. Grâce à de généreux donateurs la série en est achevée. La

verrière du sanctuaire a été off'erte par madame Demy-Doineau. Dans la boiserie latérale , on voit un ange qui soutient Técusson des dames de Tlnstitut de Sainte-Geneviève, et plus loin, dans deux vitrines, quelques-uns des ex-voto plus précieux, avec l'indication des actes principaux de la translation du tombeau. En face de Tautel; un monument est élevé à la mémoire de M^ Sibour : son cœur y est renfermé.

Outre la neuvaine de Sainte-Geneviève,

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deux fêtes de la sainte se célèbrent enco à Saint-Étienne : celle de la translation ( tombeau, le quatrième dimanche apr Pâques ; celle de sainte Geneviève des A dents, qui tombe toujours le dernier ( manche de novembre, celui qui précède premier de rAvent(i).

Nanterre, berceau et patrie de sainte G neviève, est aussi de la part des fidèl Tobjet d'une grande et constante dévotio Chaque année de nombreux pèlerins vie nent déposer leurs hommages et leu vœux dans ce lieu béni et sanctifié. L*oi gine de ce pèlerinage remonte aux tem les plus reculés : les pieux fidèles qui de cendaient de la montagne sainte GenevièM où ils avaient prié auprès de son tombei et de ses reliques, se croyaient obligé pour satisfaire leur dévotion, d'aller s'ag nouiller au berceau de la sainte.

Près de l'église et attenant au presbytèr

I (1) Guide du visiteur et du pèlerin à l'église

•j Saint-Étienne du Mont,« par Tabbé J* Perdra

1 curé de la paroisse.

est un modeste enclos, recouvert d'un gazon sans vigueur; aucun parterre, aucune allée, mais la nudité et la tristesse. Un sentier qu'ont seuls frayé les pas des pèlerins, conduit près du cellier où la sainte avait coutume de se retirer à Theure delà prière.

Un autel placé au fond du souterrain, où conduit un escalier étroit et obscur, rappelle l'endroit môme où Geneviève invoquait son Dieu. C'est là où s'agenouillaient les pieux pèlerins. En sortant du cellier et en face se trouve le puits, que le double témoignage de l'histoire et de la tradition assure être celui où Geneviève vint puiser l'eau qui rendit la vue à sa mère. Nous croirions manquer ici au double devoir de la justice et de la reconnaissance en ne citant pas les noms des deux curés de Nanterre auxquels on doit la conservation du berceau de sainte Geneviève, M. l'abbé Court, décédé, qui en fit l'acquisition et M. l'abbé Caron, aujourd'hui vicaire général, qui empêcha ce lieu vénérable de devenir la propriété d'un industriel. Quant au pâturage du mont Valérien, si fréquenté par notre sainte, qui y conduisit paître son troupeau, il n'existe

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