‹ Sainte GenevièveChapitre 16 sur 36 · I. Sur r Institution de la vierge, xvii, I09>ii · texte numérisé non relu

I. Sur r Institution de la vierge, xvii, I09>ii

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a Quoi de plus noble que la Mère de Dieu ? C'était la vierge, non seulement de corps, mais aussi de cœur, dont le sincère amour ne fut altéré par rien qui sentit le partage. L'humilité était dans son cœur, la gravité dans ses paroles, la prudence dans son es* prit. Elle parlait peu et lisait avec soin. Elle ne comptait pas sur les richesses inconstantes, mais sur les prières des pauvres. Appliquée au travail, modeste en ses discours, c'est à Dieu, non à l'homme, qu'elle soumettait son esprit. Elle ne nuisait h personne, voulait du bien à tous, se levait devant les vieilbirds, ne portait point envie à ses compagnes, se gardait de la jactance, suivait la raison, aimait la vertu. Parlerai-je de sa tempérance et de sa générosité au service de tous, celle-ci dépassant tout ce qu'inspire la nature, celle-là restant en deçà de ce qu'elle réclame ? Quand elle avait à réparer ses forces, elle se contentait des premiers mets venus, propres à écarter la mort sans procurer aucun plaisir. Le sommeil n'excitait ses désirs que quand la nécessité commandait; et encore, lorsque son corps reposait, son cœur veillait.

« Elle ne savait sortir de chez elle que pour se rendre aux réunions religieuses, en compagnie de ses parents ou de ses proches. Toujours occupée dans le secret de son intérieur, elle ne paraissait au dehors qu'accompagnée. Sa meilleure garde cependant c'était elle-même. Elle commandait le respect par sa

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démarche et sa tenue, elle semblait moins poursuivre sa roule que gravir le sentier de la vertu. Voilà Tidéal de la virginité. Marie fut telle que sa vie à elle seule sert de modèle Ix tous*. »

En traçant ces lignes, le grand évêque visait une ûme qui lui était chère entre toutes. Sa sœur ainée, sainte Marceline, avait reçu le voile virginal à Rome des mains du pape Libère, le jour de Noël de Tan 352. Elle ne vivait pas en communauté, mais dans sa maison particulière, par conséquent, dans des condition» analogues à celles que les circonstances imposèrent à Geneviève. Cette dernière, on est fondé à le croire, lut et médita les enseignements que saint Ambroise ' adressait à sa sœur. Du moins est-il certain qu^elle réalisa de point en point, dans le cours de sa longue vie, le portrait de la vierge chrétienne, tel que Tavait tracé Tévcque de Milan.

D'ailleurs les leçons de saint Ambroise n'étaient pas isolées dans TÉglise occidentale, au commencement du V* siècle. On pouvait alors mettre aux mains des vierges récrit de Tertullien sur /e /^oiVe des f^iergeSy le traité de saint Cyprien sxxtX Imposition du s^oile aux Vierges^ les lettres de saint Jérôme aux vierges Eustochium et Démétriade, le traité de saint Augustin sur la Sainte Virginité et d'autres encore. L'aliment spirituel ne manquait donc pas à Geneviève

I« Traité sur Us Vierges^ II, ii, 7-l5

pourralderh tendre à la perfection de son état : nulle mieux qu'elle n*en fit son profit.

Elle n*eut pas à donner longtemps à ses compatriotes de Nanterre le spectacle de ses \ertus virginales. Peu de temps après sa consécration, elle perdit ses parents. Ce dut être une amère douleur pour une âme si tendre et si affectueuse. Mais Dieu ne la rendait orpheline que pour prendre lui-même plus immédiatement la conduite de sa vie. Un concile d'Hippone, de SpS, réglait qu'après la mort de leurs parents les vierges devaient être confiées a des femmes rccommandables par leur piété et leur sagesse. Une disposition analogue était sans doute en vigueur dans l'église des Gaules. Geneviève fut en conséquence * recueillie par sa marraine, qui résidait à Paris. La vie des champs finit ainsi pour elle, aux environs de sa quinzième année ; une vie nouvelle commençait, plus propice au recueillement, à la contemplation et aux exercices spirituels.

Quand Geneviève arriva a Lutèce, la petite ville était comprise presque tout entière dans une île de la Seine, île d'ailleurs moins étendue qu'aujourd'hui, puisqu'on y a réuni depuis un îlot qui se trouvait en aval. Déjà protégée par les eaux du fleuve, Tile parisienne était entourée d'une ceinture de murailles, défense nécessaire contre les bandes de pillards qui ne cessaient de parcourir la Gaule. Deux ponts, munis de fortins, donnaient accès dans

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lA VIERGE DU CHRIST. 33

l'île : le Petit-Pont, par lequel s'établissait la communication avec la rive gauche, et de l'autre côté, un peu plus en amont, le pont qui conduisait aux terrains boisés et marécageux de la rive droite.

A l'extrémité orientale de Tîle s'élevait la cathédrale, dédiée à saint Etienne. On l'avait bâtie sur un emplacement jadis occupé par diverses effigies de divinités gauloises et par un autel de Jupiter. Â ce premier édifice était attenante une autre église consacrée à Notre-Dame. Un concile avait été tenu dans la cathédrale dès 36o. Sur le bord du fleuve, près du Petit-Pont, un bâtiment en forme de rotonde servait de baptistère. On le nommait Saint- Jean-le-Rond. Tout près de la se trouvait la maison où vécut sainte Geneviève. La situation de la petite cité était éminemment favorable au développement de la batellerie. Nous avons eu déjà h mentionner les « nautes » parisiens. Ils formaient une corporations de bateliers ayant sa flotte à Andresy, près du confluent de l'Oise, et son préfet à Paris même. Cette corporation se maintint sous les premiers rois mérovingiens : ce fut la corporation des » marchands par eau » de Paris.

Sur la rive droite, au nord de la cité, s'étendait un faubourg dont il est question dès l'époque de Julien. Une voie romaine le traversait, remontant jusqu'au bourg de Catheuil, plus tard Saint-Denis, pour y rejoindre la voie qui suivait de plus ou moins

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loin le cours de la Seine. Au sud de la cilé se dressait, par delà le fleuve, une hauteur couronnée de vignobles. C'était le mont LeiicotitiuSy qui semble avoir donné son nom à la Lutèce primitive. Du Petit-Pont partait une voie qui se dirigeait vers Orléans, et de laquelle ne tardait pas à se détacher celle qui menait à Chartres. Tout près de là s'élevait le palais bâti par Constance Chlore, habité temporairement par plusieurs empereurs romains et destiné à devenir par la suite la résidence des rois francs. Il en reste aujourd'hui des ruines connues sous le nom de « palais des Thermes ».

Le palais et ses jardins occupaient les premières pentes du mont Lcucotitius. Â quelque distance au sud était assis le camp romain, à remplacement actuel des jardins du Luxembourg, dans la partie la plus voisine du palais. Plus à Test, entre la Seine et le mont, subsistaient les restes des arènes dans lequelles les anciens habitants avaient contemplé les spectacles sanglants si chers aux Romains. Le sommet du Leucotitius servait depuis longtemps de champ de sépulture. Là reposait, entre autres, Tévêque Prudence, prédécesseur immédiat de saint Marcel. Â quelques pas vers Touest, des potiers avaient leurs ateliers et leurs fours. Enfin, après un quart d^heure de marche sur le plateau, en suivant la voie d'Orléans, on rencontrait un modeste sanctuaire marquant l'endroit où, croyait-on, le premier

évâque de Paris, saint Denis, avait célébré les divins mystères.

Telle était la cité déjà active, remuante, commerçante, impatiente de ses étroites murailles, au sein de laquelle sainte Geneviève allait passer plus de soixante-dix ans.

On n'y fit guère attention à la jeune vierge quand elle arriva de Nanterre, encore sous le coup du double deuil qui avait meurtri son cœur. Mais Dieu avait les yeux sur la douce orpheline ; il s*apprétait même à la soumettre dès le début à une épreuve personnelle qui devait avoir pour e£fet de Taflermir à jamais dans sa vocation. Peu de temps après son arrivée chez sa marraine, Geneviève tomba malade. Tout son corps devint inerte, ses membres sans force pour se mouvoir et ses articulations comme disjointes. En même temps elle souffrait cruellement. Le mal alla en s'aggravaut et la terrassa si complètement que, durant trois jours, elle demeura privée de sentiment et incapable du moindre mouvement. On l'aurait crue morte sans la rougeur qui colorait encore ses joues.

Or, pendant que le corps défaillait ainsi, le Maître divin travaillait sur Tâme pour la marquer d'une de ces empreintes surnaturelles que rien au monde, ni luttes, ni épreuves, ni persécutions, ni tourments, ne peut effacer. Revenue à elle, Geneviève raconta qu*un ange l'avait transportée au séjour des bien-

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heureux. Là, il lui avait été donné de contempler quelque chose de ce bonheur que Dieu prépare à ceux qu'il aime.

Pour armer certains saints contre les difficultés de la tâche qu'il leur impose, Dieu prend soin de leur communiquer une vue extraordinaire et comme expérimentale des réalités de Tautre monde. Ainsi saint Paul, dans un de ses ravissements, entrevoit ce dont les élus jouissent dans le ciel, mais que le langage humain ne peut exprimer. Pendant huit jours, à Manrèse, saint Ignace demeure en léthargie, comme Geneviève, et reçoit de telles lumières qu'elles suffisent a lui démontrer les vérités de la foi pour lesquelles il se déclare prêt à mourir, même si rÉvangile n'existait pas. Sainte Thérèse a la vision de l'enfer. Ces révélations produisent en Tâme des convictions si profondes qu'aucune tentation ne saurait les ébranler. L'âme devient alors comme une mer dont la tempête agitera la surface, mais dont les profondeurs conserveront une inaltérable tranquillité.

Geneviève est destinée à passer par toutes les extrémités des choses humaines; elle connaîtra les douceurs de la paix et les amertumes de la persécution, les luttes et les triomphes, les abandons et les honneurs. Mais un jour elle a entrevu le ciel ; dès lors la terre est impuissante contre elle, et ce qui constituerait un obstacle pour une âme ordinaii^e

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deviendra pour elle un moyen de glorifier Dieu et de remplir sa mission.

Cette vision ne fut pas le seul bienfait que le Seigneur départit à sa servante. Plusieurs saints personnages, entre autres saint Philippe de Néri, sainte Rose de Lima, le vénérable curé d'Ars, ont reçu le privilège de lire dans les consciences, non certes pour la satisfaction d'une vaine curiosité, mais pour Futilité de pauvres âmes auxquelles une funeste illusion cache le mal dont elles souffrent. C'est donc là un don tout de miséricorde. Sainte Geneviève en fut pourvue à la suite de sa maladie. Le biographe en cite un exemple emprunté à une période plus avancée de sa vie.

Un jour, arriva à Paris une femme encore jeune qui venait de Bourges. Elle rendit visite à Geneviève. Celle-ci, la voyant aller seule, lui demanda si elle était religieuse ou seulement veuve, le costume de Vuae ressemblant à celui de Tautre. La visiteuse répondit aussitôt qu'elle avait reçu la consécration des vierges, qu'elle était demeurée fidèle à son engagement et qu elle servait le Christ aussi bien qu'elle le devait. Or la malheureuse avait manqué gravement à la fidéUté dont elle se vantait. Geneviève attristée se mit alors à lui révéler par le détail les circonstances dans lesquelles la tentation l'avait vaincue : la coupable ne méritait plus le nom d'épouse du Christ. A ce récit, elle rentra en elle-même, se jeta aux pieds

de Geneviève, avoua sa faute et se prépara à en obtenir le pardon par la pénitence.

Les dons surnaturels sont surtout attribués à une âme pour le bien des autres ; ils ne constituent nullement par eux-mêmes la vraie vie chrétienne. Geneviève ne l'ignorait pas. Pour elle, le service du Christ consistait essentiellement dans la pratique des vertus évangéliques. Son biographe, s' inspirant d'une allé- {i;orie empruntée à un livre chrétien du ii* siècle, le Pasteur d'Hermas, dit qu'elle avait douze compagnes spirituelles qui ne la quittaient jamais : la foi, l'abstinence, la patience, la magnanimité, la simplicité, l'innocence, la concorde, la charité, l'obéissance, la chasteté, la vérité et la prudence. C'était là sa société de tous les instants.

Son abstinence, en particulier, allait jusqu'aux dernières limites. De quinze à cinquante ans, la sainte ne prit d'aliments que le dimanche et le jeudi, et encore quels aliments ! Du pain d'orge et des fèves cuites à l'huile depuis deux ou trois semaines. De toute sa vie, elle ne but ni vin ni boisson fermentée« C'étaient bien là ces premiers mets venus dont parle saint Ambroise, a propres à écarter la mort sans procurer aucun plaisir ». De l'Epiphanie au jeudi saint, elle se tenait enfermée dans sa cellule afin d'y servir Dieu plus librement par la prière et le silence. Sa vie si humble et si pure ne connaissait alors d'autre compagnie que celle des anges.

Une si rude mortification nous déconcerte ; elle est même, pour certains esprits, le prélude assuré d'un a£faiblissement de Tintelligence. Il faut pourtant y reconnaître un nouvel effet de la grâce divine. Chez d'autres saints, s'observent des mortifications analogues. Saint Pierre d'Alcautara, par exemple, ne prend de nourriture que tous les trois jours et sainte Catherine de Sienne n'a d'autre aliment que la sainte Eucharistie pendant tout le carême et le temps pascal. L'Église a des régies précises pour discerner ce qui vient de l'assistance de Dieu dans ces phénomènes surprenants. Les grands pénitents font œuvre divine quand leur abstinence extraordinaire n'est ni l'effet ni la cause d'une infir" mité corporelle, quand elle ne nuit en rien à l'accomplissement de leurs devoirs d'état, quand surtout elle est associée à la pratique sérieuse des autres vertus, particulièrement de l'humilité et de l'obéissance. Il n'était point difficile de constater qu'aucune de ces conditions ne manquait à la mortification de Geneviève ; en elle les privations volontaires ne compromirent jamais le moindre bien.

La vraie vertu se cache ; aussi arrive-t-il parfois en ce monde que Ton coudoie les saints sans s'en douter, ou bien ce que l'on remarque en eux de préférence, ce sont les défauts qu'ils ont ou ceux qu'on leur prête. Geneviève ne put échapper longtemps aux malins propos au sein de la cité pari-

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sienne. Son arrivée y avait été h peu près inaperçue. Mais bientôt, dans la petite ville aux malsons pressées les unes contre les autres, on remarqua la jeune religieuse. On s'ehquit de son passé et du détail de sa vie présente. De bonnes âmes, sympathiques à Geneviève, faisaient volontiers son éloge et s'attendaient à des merveilles de sa part. Ces appréciations favorables appelaient naturellement la contradiction. La légèreté et Findiscrétion des uns, la jalousie et la méchanceté des autres s*y employèrent activement, et, tandis que Thumble vierge poursuivait sans aucune prétention sa vie de prière et de silencci des langues intempérantes entamèrent sa réputation. Geneviève laissa dire, assurée que Dieu saurait bien prendre sa défense au moment opportun. C'est ce qui ne tarda pas à arriver, grâce à l'intervention inattendue de Tévêque d'Auxerre.

A leur départ de Nanterre, en 429, saint Germain et saint Loup s'étaient dirigés vers Boulogne pour traverser le détroit. Assaillis par une furieuse tempête, dont Germain atténua les effets en versant de l'huile sur la mer, ils abordèrent en Grande^ Bretagne et prêchèrent énergiquement contre l'hérésie. L'année suivante, vers les fêtes de Pâques^ les Pietés et les Saxons s'unirent pour attaquer les Bretons. Ceux-ci implorèrent l'assistance des deux évêques gaulois. Germain se souvint alors de ses

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anciennes fonctions militaires. Il disposa si habilement Tarmée bretonne qu'elle mit les assaillants en fuite aux cris répétés de V Alléluia, Les deux évêques revinrent ensuite en Gaule sans repasser par Paris, sans doute parce qu'il eût été long et incommode de remonter le cours de la Seine.

Cependant Thérésie chercha à relever la tête en Grande-Bretagne. Saint Germain dut entreprendre un nouveau voyage en 447> accompagné cette fois par Tévêque de Trêves, saint Sévère. Il repassa par Paris, comme il avait fait dix-huit ans auparavant. Les habitants se portèrent en foule à sa rencontre. Chemin faisant, il s'enquit de Geneviève. Peut-être soupçonnait-il déjà la malveillance à laquelle elle était en butte. Les réponses lui arrivèrent de tous côtés, respectueuses, mais doucement narquoises : a (Geneviève ? Elle n'est pas telle que le pense le seigneur évêque. Il s'en faut qu'elle ait justifié les espérances qu'on avait pu concevoir I »

Le vénérable pontife ne se laissa pas émouvoir par ces perfides insinuations. Il entra dans la ville et alla droit à la demeure de la vierge. La multitude l'y suivit. Là, Germain salua Geneviève avec tant de déférence que tous en furent dans la stupéfaction. Il se mit ensuite en prière, comme dans un sanctuaire, puis s'adressa aux assistants. Il attira leur attention sur un émouvant spectacle : la place oîi priait l'humble religieuse, dans le secret de sa

cellule, était toute détrempée des larmes qu'ell versait dans ses longs entretiens avec Dieu. Profondément touché lui-même à cette vue, il recommanda au& Parisiens de témoigner plus d'égards envers celle qui menait au milieu d'eux une vie si agréable au Seigneur. Il partit, laissant Geneviève consolée par sa visite, encouragée dans ses résolutions et mieux comprise de la population qui l'entourait.

De même que les visions surnaturelles et la connaissance des consciences, le don des larmes est un des phénomènes réguliers de la vie mystique. Ces larmes viennent de Dieu : larmes de douleur, à la pensée des péchés qui outragent le souverain Maître ; larmes de désir, qui jaillissent d'un cœur impatient de posséder le bien suprême, et surtout larmes de compassion et d'amour envers le divin Crucifié qui lui-même a pleuré. Ces larmes saintes ont coulé des yeux de Marie-Madeleine ; elles ont inondé le visage d'un François d'Assise et d'une Elisabeth de Hongrie. « Ah! sire Dieu », s'écriait notre bon roi saint Louis, « je n'ose demander fontaine de larmes, mais quelques petites gouttes me suffiraient pour arroser la sécheresse de mon cœurl » Sainte Geneviève ai versé ces larmes qui prennent leur source, non dans un tempérament facile aux attendrissements, mais dans une grâce divine toute de douceur et de force. Chaque fois qu'elle contemplait le ciel, dit son biographe, elle ne pouvait s'empêcher de pleurer.

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Ces phénomènes mystiques, que nous constatons en sainte Geneviève et que nous retrouvons en beaucoup d'autres saints, obéissent à des lois de Tordre surnaturel et ne se produisent nullement au grèdu caprice ou de l'arbitraire. Sans doute, ils ont leurs contrefaçons diaboliques ou leurs analogies humaines. C'est pourquoi certains savants, pour qui l'ordre surnaturel est non avenu, ont tenté de tout expliquer par les lois de la nature. Leur explication ne saurait pourtant s'imposer, car ils n'ont guère pu poursuivre leurs expériences que sur des êtres morbides et affaiblis, qui ne ressemblaient en rien à nos saints. En tous cas, quelque incontestable que soit le caractère surnaturel des phénomènes mystiques, ces phénomènes peuvent accompagner la sainteté, ils ne la constituent pas. La marque indiscutable de la sainteté, celle qui ne redoute aucune contrefaçon, c'est la pratique des vertus chrétiennes, et très particulièrement des vertus les plus antipathiques à Torgueil humain, F humilité et l'obéissance. La pureté des anges peut s'allier parfois à l'orgueil des démons; le zèle des apôtres peut s'exercer pour le compte de l'ambition et de la satisfîiction personnelle. Dans l'âme humble et obéissante, les plus magnifiques et les plus délicats des dons de Dieu sont en sûreté.

Ainsi vécut Geneviève, la vierge du Christ. Avant de l'employer à l'exécution de ses gi^ands desseins,

Dieu la formait à l'école de robscurilé, de la patience, de l'obéissance et de l'humilité. Pour la préparer à devenir la mère et la patronne d'un peuple, Dieu se plaisait à la rapprocher de son néant, pour que l'œuvre de sa grâce apparût complètement dégagée des entraves de la nature. Et Geneviève éprouvait grande joie à se laisser ainsi travailler par la main de son Seigneur.

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