I. Homélie xxix sur V Évangile, a
A l'époque de sainte Geneviève, Itois siècles et demi seulement s'étaient écoulés depuis que lu semence évangélique avait commencé à tomber sur le vieux sol gantois. Cette semence avait levé glorieusement, malgré les violences du paganisme agonisant et les préjugés vivaces entretenus par les hérésies naissantes. Mais, malgré le zèle des premiers apôtres, malgré les efforts de saint Martin et des grands évêques du iv* siècle et du suivant, la foi catholique, tributaire du temps par la volonté de Dieu, n'avait pas encore poussé ces profondes et solides racines qui devaient la rendre inébranlable pour de longues générations. D'autre part, les barbares sillonnaient en maîtres les provinces de la Gaule. Les Vandales, les Wisigoths, les Burgondes et d'autres avaient, il est vrai, embrassé le christianisme, mais un christianisme odieusement tronqué par l'hérésie arienne, qui niait le dogme fondamental de la divinité de Jésus-Christ. Les autres barbares, les Francs en particulier, demeuraient inféodés à l'antique paganisme germain. Seules, les populations gallo-romaines établies entre la Loire et la Somme vivaient alors sans contact permanent avec l'erreur et professaient le christianisme intégral.
Si nous portons un regard respectueux sur la conduite de la Providence à cette lointaine époque, nous pouvons au moins, sans trop de témérité, conclure des effets aux causes. Or, cette Gaule du
V* siècle, dont tant de peuples divers se disputent le sol, mais dont la vaillante et généreuse population garde la foi de ses martyrs comme son plus noble trésor, va bientôt devenir la grande nation catholique et saura imposer sa croyance à ses vainqueurs. Dieu a donc dû préparer à l'avance l'exécution de son plan et, tout en respectant le libre essor des volontés humaines, il a dû imprimer aux événements la direction générale qui lui convenait. Au nombre des moyens dont il lui a plu de se servir entre manifestement l'action de sainte Geneviève. Par ses miracles éclatants, la sainte a consolidé la foi dans le pays évangélisé par saint Denis et appelé à devenir le noyau central de la France catholique. Par ses incomparables vertus, elle a montré à ses concitoyens et aux futurs conquérants du pays quels trésors de douceur et de force, quelles réserves de dévouement et d'abnégation, quels éléments de prospérité la grâce peut apporter à la nature.
A-t-elle eu la claire intuition de l'avenir auquel elle travaillait ainsi ? Il n'importe, du moment qu'elle t lait un instrument docile entre les mains de la Provldecce. Toutefois, avec cette clairvoyance que Dieu accorde souvent, même en ce qui concerne les grands intérêts de ce monde, aux âmes qui lui sont intimement unies, elle pouvait bien prévoir qu'un jour ou r autre Tétat politique de son pays natal subirait de prg fondes modifications. La puissance romaine s*en
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désintéressait de plus en plus et finalement allait être obligée de s'en dessaisir. Un peuple barbare y établirait sa domination et bien des circonstances permettaient déjà de conjecturer que ce peuple barbare, ce seraient les Francs.
Par sa prière, ses vertus et ses miracles, sainte Geneviève enracinait dans la terre gauloise les convictions chrétiennes dont la puissante frondaison devait recouvrir, durant tant de siècles, les ruines causées par les conquêtes, les discordes et les révolutions.
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