‹ Sainte GenevièveChapitre 32 sur 36 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le rapide coup d'œil que nous avons jeté sur l'histoire de la basilique et de Tabbaye de Sainte- Geneviève nous montre déjà que la mémoire de la la Patronne de Paris n'a pas été laissée en oubli par les générations qui nous ont précédés. Bien plus, si, dans la capitale, saint Denis, saint Martin, saint Marcel, saint Germain, saint Séverin et d'autres saints nationaux ont eu leur souvenir perpétué par la fondation d'abbayes ou d'églises, il est juste de dire que le culte de sainte Geneviève a éclipsé tous les autres, et qu'à part la Vierge Marie personne n'a tenu plus de place que la sainte Patronne dans le cœur des Parisiens.

Libre à quelques esprits chagrins de prétendre que cette popularité est venue fortuitement à Geneviève ; que la sainte doit sa gloire posthume au biographe dont l'écrit, par un heureux hasard, n'a pas péri dans le naufrage qui a englouti tant de docu-

ments des anciens âges ; que l'œuvre de ce biographe, souvent transcrite et augmentée avec le temps d'additions légendaires, a fini par constituer à la sainte une célébrité factice dont se contenta la foi naïve de nos pères. Pour naïfs qu'on se plaise a les supposer, nos pères ne nous étaient pas inférieurs en bons sens et ils entendaient aussi bien que nous leurs véritables intérêts. Pour les décider h honorer sainte Geneviève d'un culte si solennel et si persistant, il a fallu autre chose que des légendes sans fondement.

En fait, l'assistance efficace et souvent miraculeuse de Geneviève en faveur de son peuple a été constante. Les Parisiens de chaque génération croyaient aux faits miraculeux rapportés dans la vie de la sainte parce qu'ils en voyaient d'analogues se produire de leur temps ; ils attribuaient à leur Patronne un crédit extraordinaire auprès de Dieu parce qu'eux-mêmes en ressentaient les effets.

Les guérisons opérées au passage des reliques, à L'époque des invasions normandes, la protection assurée a Paris et h la France dans des circonstances critiques ont entretenu cette dévotion d'âge en âge. Il importe peu que, parmi tant de faits merveilleux, il puisse s'en trouver quelques-uns d'exagérés ou même de légendaires. La fausse monnaie n'ôte rîen de sa valeur à la bonne, et il reste assez de miracles incontestables pour servir de base rationnelle à la

confiance des peuples et d'encouragement au culte qulls rendent à leur glorieuse Patronne.

Sous Tévêque Incbada, qui siégea à Paris de 8io à 83 1, il arriva un fait dont Técho s'est conservé jusqu'à nos jours dans les hymnes composées en l'honneur de sainte Geneviève. La maison qu'elle habita si longtemps dans la cité, sur le bord même de la Seine dont le rempart seul la séparait, avait été transformée en église ; mais on y conservait précieusement le lit où elle prenait son repos. Or il arriva que le fleuve déborda avec tant de furie que toutes les maisons et les églises de la cité furent inondées. Comme on cherchait un endroit où .l'on pût célébrer les saints mystères, quelques hommes se rendirent en barque à la maison de Geneviève. Quel ne fut pas leur étonnement quand ils constatèrent que les eaux respectaient le lit de la sainte, bien que placé fort au-dessous de leur niveau, et qu'elle» s'en tenaient à distance ! L'évéque et tout le peuple purent à loisir contempler la merveille. Les fréquents débordements du fleuve firent plus tard abandonner cette église. Vers le x® siècle, on la remplaça par une autre qui fut bâtie en avant de la cathédrale et qu'on appela Sainte-Geneviève la Petite, pour la distinguer de la basilique du mont Lutèce. Au xvi® siècle, on changea ce vocable en celui de Sain te-Geneviève-des- Ardents. On la démolit en 1 747 pour construire l'établissement des

Enfants trouvés, qui occupait une partie de remplacement actuel de THôtel-Dieu et du parvis Notre-Dame.

Ce nom des Ardents fait allusion au prodige éclatant qui fut dû à Tintercession de sainte Geneviève en Tannée 1 1 3o. Un étrange fléau se déchaîna à cette époque sur Paris et sur la France. Le peuple a appelé cette épidémie « mal des ardents » ou a feu sacré». Les malheureux qu'elle atteignait se sentaient consumer par une inflammation que rien ne pouvait soulager. Il en périssait un grand nombre. Suivant la coutume du temps, on plaçait sous le portique de Notre-Dame, contiguë à la cathédrale de Saint- Étienne, les malades indigents qu'on ne pouvait recueillir ailleurs. On les étendait sur de la paille et ils demeuraient là, jour et nuit, jusqu'à ce qu'ils fussent guéris.

Comme l'art des médecins demeurait impuissant contre le mal des ardents, on recourut à la vierge Marie. On jeûna, on pria, et aux supplications qu'on lui adressait dans son temple se mêlaient les gémissements des pestiférés couchés sous le portique. Le fléau persistant, on se rappela que Dieu avait assigné à la cité une protectrice particulière en la personne de sainte Geneviève. On demanda donc que ses reliques fussent portées solennellement à Notre-Dame, dans l'espoir que leur passage produirait des effets aussi salutaires qu'autrefois dans les

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villages qu'elles traversaient pour échapper à la fureur des Normands.

Au jour marqué, Févêque de Paris, Etienne de Senlis, et toute la population valide escortèrent la châsse de la sainte de sa basilique à l'église de Notre-Dame. Quand elle y arriva, tous les malades qui la touchèrent furent guéris à l'instant. On en compta cent qui bénéficièrent de cette faveur. Trois autres gardèrent leur mal, parce que la confiance en Dieu leur avait fait défaut. Transporté d'enthousiasme à la vue du miracle, le peuple voulait que la châsse ne sortit plus de la cité ; les chanoines de Sainte-Geneviève eurent grand'peine à la remporter dans la basilique. A partir de ce jour, le fléau commença à décroître dans la ville et dans le reste de la France*.

L'année suivante, le pape Innocent II vint à Paris pour solliciter l'assistance du roi Louis VI contre un antipape qui lui disputait le souverain pontificat. Il logea à l'abbaye de Sainte-Geneviève. Informé de ce qui s'était passé, il ordonna qu'une fête perpétuât le souvenir du miracle et il en fixa la célébration au 26 novembre. Cette fête n'a pas cessé depuis lors d'être solennisée à Paris.

La cessation du fléau, sollicitée en vain de la

I. Un fait analogue se produisit quatre siècles plus tard, quand le corps de saint François Xavier fut transporté à Malacca. La peste qui ravageait la ville depuis plusieurs

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Vierge Marie, avait été obtenue par Imtercession de sainte Geneviève. Il n y a rien là qui ne soit conforme a la conduite ordinaire de la Providence, qui choisit ses instruments comme il lui plaît et qui tient à accréditer plus particulièrement certains saints comme protecteurs d'une ville ou d'une nation. Dans ces conditions, la puissance d'^intercession de sainte Geneviève ne porta pas plus de préjudice à celle de la sainte Vierge que celle de la Mère de Dieu n'amoindrit l'honneur dû à son divin Fils.

A dater du miracle des Ardents, les manifestations du culte national se multiplièrent envers la sainte Patronne et prirent une importance croissante. On veillait avec un soin jaloux sur les précieuses reliques. En I i6o, peu après la réforme opérée par Suger, le bruit courut que la tète de la sainte avait été distraite de la chasse. Il y eut grande inquiétude dans la ville. Le roi Louis VII prescrivit l'ouverture du reliquaire et le précieux dépôt fut reconnu intact. Une fête se célébrait annuellement le i o janvier à l'abbaye en mémoire de cette reconnaissance.

Le concours des fidèles était toujours fort grand à la basilique pour prier soit devant les reliques de sainte Geneviève, soit auprès du tombeau de la crypte. Il ne passait point de personnage de marque à Paris qui ne s'empressât d'y aller faire ses dévo-

semaines cessa tout d'uu coup dès Teutrée des reliques du saint missionnaire.

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lions. Mais rien ne donne mieux l'idée de la place occupée par sainte Geneviève dans le cœur des Parisiens, que les solennelles processions instituées en son honneur.

Le miracle des Ardents suggéra tout naturellela pensée de recourir à ce moyen pour obtenir du ciel, par l'entremise de la sainte, des faveurs extraordinaires. En décembre 1 206, des pluies persistantes firent déborder la Seine dans Paris. Plusieurs maisons s'écroulèrent et de grands désastres parurent imminents. Le peuple réclama une procession des reliques. On alfa donc prendre la châsse à la basilique pour la porter à Notre-Dame. Le Petit-Pont, miné par les eaux, menaçait ruine ; la multitude n*hésita pourtant pas à le traverser à la suite de sa protectrice. Pendant l'office de Notre-Dame, le temps se rasséréna. Au retour, on repassa par le pont dangereux, et ce fut seulement le soir, à la nuit tombante, alors que personne ne le traversait plus, qu'il fut entraîné par les eaux sans causer d'autre accident. La protection de la sainte était manifeste. L'inondation de i233 fut l'occasion d'une nouvelle procession. Tous y observèrent une colombe qui accompagna la châsse à l'aller et au retour, et qui pendant l'office resta perchée sur la tète d'un saint Michel, placé au portail de Notre-Dame. Trois autres lois, dans ce xin*^ siècle, la châsse fut promenée solennellement, deux fois pour demander la

cessation des pluies, et en 1 289 pour obtenir la guérisoa de Robert, comte d'Artois et frère de saint Louis. Cette grâce fut accordée. Lorsque quarante ans plus tard saint Louis mourut sur le rivage de Tunis, ce fut en invoquant saint Jacques, saint Denis de France et en dernier lieu < madame sainte Geneviève* ».

Au XIII* siècle, et probablement en reconnaissance de la guérison du comte d'Artois, l'on remplaça la châsse primitive, simple coffre de bois richement décoré, par un autre reliquaire plus magnifique. Un orfèvre parisien, nommé Bonnard, l'exécuta en 1 242. La nouvelle châsse représentait une église d'or et d'argent ornée de statuettes. Ce travail fut regarde comme l'un des chefs-d'œuvre d'orfèvrerie de l'ancienne France. En 161 4» Pierre Nicole la restaura. A cette occasion, on l'enrichit de pierres précieuses de toute nature et Marie de M édicis y ajouta un bouquet de diamants et d'autres bijoux de prix.

Au XIV® siècle, la châsse fut portée cinq fois à Notre- Dame. On demandait la cessation des pluies C* la guérison du roi Charles VI. La procession de 1847 eûtpour but d'obtenir la délivrance de Calais, assiégé par les Anglais. Le roi Philippe de Valois, battu à Crécy, fut malheureusement impuissant à secourir la ville. Celle-ci dut se rendre, mais du moins les habi-

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