I. Joinville, Histoire de saint Louis
tants eurent la vie sauve, grâce au dévouement d'Eustache de Saint-Pierre et de cinq autres bourgeois. Il est à remarquer que ni la délivrance de Calais, ni la guérison de Charles VI ne furent obtenues. De pareils insuccès suivront d'autres processions de la châsse de sainte Geneviève. La prière, en effet, n'est jamais infaillible dans son résultat désiré. Parfois elle manque de ferveur; d'autres fois. Dieu l'exauce d'une autre manière, mais sans accorder la faveur spéciale qu'on a sollicitée. Il a ses raisons pour agir ainsi ; sa justice laisse de temps en temps porter aux hommes les conséquences temporelles de leurs fautes prolongées.
En i4<^9 â la demande des habitants de Paris, le pape Jean XXII érigea une confrérie de sainte Geneviève, dans laquelle s'enrôlèrent les bourgeois de la ville et les magistrats municipaux. Cette même année, le 9 juillet, on fit une procession pour obtenir la cessation des guerres civiles. De fait, le 12 du même mois, les ducs de Bourgogne et de Berry se réconcilièrent à Bourges et tous les princes français purent s'unir pour faire face aux Anglais. Les discordes civiles entre Armagnacs et Bourguignons motivèrent une autre procession le 22 août i4i7«
Mais, à la faveur de la désunion qui régnait en France et de la faiblesse du gouvernement du malheureux Charles VI, les Anglais avaient étendu leurs conquêtes et menaçaient de faire de la France une
province de l'Angleterre. Le roi Charles VII n^était guère en mesure de leur résister. Le a juillet i4^7» alors que la misère était à son comble dans tout le royaume et que le roi d'Angleterre commandait à Paris, on fit une procession de sainte Geneviève pour implorer la fin de tant de maux.
Dieu eut alors pitié du royaume de France. Depuis deux ans déjà, il parlait à une jeune fille de Domrémy, bergère comme l'avait été Geneviève enfant. Le i3 mai 14^8, Jeanne d'Arc se rendit à Yaucouleurs, le 8 mai 14^9 ^He délivra Orléans, puis mena Charles VII à Reims pour y être sacré. Le 8 septembre suivant, elle partit du bourg de la Chapelle-Sainte-Geneviève pour donner l'assaut à Paris. Mais là sa mission fut définitivement entravée par la mauvaise volonté des hommes. Cependant, malgré le bûcher de Rouen, l'œuvre de Jeanne eut son glorieux couronnement. L'Anglais, le protestant du siècle suivant, que la Pucelle avait vaincu, fut chassé du royaume, comme autrefois avaient été tenus à distance par Geneviève le Hun sanguinaire et le Franc païen.
Il y a trop d'analogies entre la mission de Jeanne d'Arc et celle de sainte Geneviève pour qu'on puisse douter de l'intervention de cette dernière dans les événements qui ont accompagné la délivrance du pays. Du haut du ciel, la Patronne de Paris et de la France priait, pendant que sa jeune sœur combattait,
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et Dieu, comme au temps de Clovis, se servait d'une vierge, pour faire triompher sa volonté, malgré Timpuissance ou l'opposition des hommes.
Le XV* siècle vit onze processions de la châsse. En reconnaissance de la protection dont la sainte avait favorisé la France au milieu de tous ses mal*heurs, le Parlement ordonna, en liyy, que désormais la fête de sainte Geneviève, le 3 janvier, serait chômée comme les fêtes d'obligation.
A la procession de 1496, motivée par une inondation de la Seiue, se rattache la gucrison miracu* leuse du fameux savant Érasme, alors de séjour h Paris. Lui-même célébra en vers latins la faveur dont il avait été l'objet. « Atteint dernièrement de fièvre quarte, écrivit-il après le miracle, je suis maintenant guéri, non par les soins du médecin, bien que j'y aie recouru, mais par la seule action de la très célèbre vierge sainte Geneviève, dont les ossements, gardés par les chanoines réguliers, sont chaque jour illustrés et glorifiés par des miracles. Rien de plus digne, rien de plus salutaire pour moi que cette sainte. Je crains que la pluie n'ait inondé ailleurs les champs et les récoltes. Ici, il a plu sans discontinuer pendant près de trois mois : la Seine sortie de son lit se répandait à travers la ville. La châsse de sainte Geneviève a été conduite de sa place ordinaire à l'église de Notre- Dame, l'évêque venant au-devant d'elle avec toute l'Université; les chanoines réguliers, et l'abbé avec
eux, Tescortaient pieds nus et en grande pompe. A présent le temps est beau ; rien de plus serein que le ciel. » L'amélioration du temps, que constate ici Érasme, se produisait presque infailliblement quand on faisait une procession dans ce but, ainsi que le notent expressément les documents des différentes époques.
Dans le cours du xvi* siècle, si profondément troublé parla propagande protestante, Thistoire a enregistréjusqu^à quarante-quatre processions de la chasse. La moitié d'entre elles se rapportent aux intempéries, la plupart des autres sont motivées par les excès etTimpiété des huguenots. La procession de iSgo se fit pendant la Ligue, alors que le vainqueur d'Ivry, encore hérétique, assiégeait Paris. Comme autrefois Clovis arrêté par sainte Geneviève, Henri IV n'entra dans la capitale que quand il eut abjuré.
C'est vers le commencement de ce xvi® siècle, en 15^4, que les principaux membres de la confrérie de Sainte-Geneviève réclamèrent l'honneur de porter la châsse dans les processions solennelles. Les chanoines se prêtèrent à leur désir, et alors prît naissance la Compagnie des porteurs de la châsse, composée d'abord de trente membres, puis de quarante, au nombre desquels se faisaient gloire d'être choisis des échevins et des juges de la ville. Les porteurs, dont l'honneur et la religion devaient être à l'abri de tout reproche, se préparaient par la confession
et la communion à Texercice de leurs fonctions. Aux processions, ils allaient pieds nus, une couronne de fleurs blanches sur la tête, et revêtus d'une aube de lin avec une ceinture de fil à laquelle pendait un chapelet blanc. Ils fournissaient une guirlande de fleurs blanches pour orner la chasse et Tun d'eux portait devant elle un cierge allumé, en mémoire du cierge traditionnel de sainte Geneviève *.
Le XVII® siècle ne compte que sept processions^ L^une d'elles eut lieu en i6i5, à la demande du roi Louis XIII et à l'occasion de son mariage. Celle de i652 fut célébrée pour obtenir la cessation des troubles de la Fronde et le retour à Paris du jeune roi Louis XIV. Dans les cinq autres, on pria pour obtenir un temps plus favorable*.
Celle du 27 mai 1694 obtint du ciel des faveurs singulières. La sécheresse durait depuiu six mois ; les récoltes avaient déjà manqué l'année précédente, la disette se faisait sentir dans tout le royaume et, poui comble d'infortune, une partie de l'Europe était coalisée contre la France. La procession fut précédée d'un jeûne général dans tout Paris. Les habitants de
I. £d. Pinet, La Compctgnîe des porteurs de la châsse de sainte Geneviève y Parîs^ 1900.
a. A la procession du i" juin i6o3, le cortège rencontra au retour une troupe de galériens enchaînes. Un de ces malheureux éprouva au fond du cœur un vif désir de haiser la châsse de sainte Gec;0vièye. Ses chaînes se rompirent à la Tue de toute l'assistance qui demanda pour lui la liberté.
17i SAINTE GENEVIÈVE.
la ville et de ses plus lointains environs prirent part à la grande supplication. Ce ne fut pas en vain. Au retour de Notre-Dame, le ciel se couvrit de nuages ; la pluie commença bientôt à tomber dans certains quartiers de Paris, mais elle respecta le cortège jusqu'au moment où l'abbé de Sainte-Geneviève, vers sept heures du soir, rentra dans la basilique. Le temps se montra ensuite si propice aux biens de la terre que la récolte fut des plus abondantes. Ce même jour, le maréchal de Noailles remportait une brillante victoire sur les Espagnols, au passage du Ter*. Enfin une religieuse du monastère de la Présentation de Senlis, sœur de deux conseillers au Parlement d^ Paris, qui s'unissait de loin aux prières faites dans la capitale, fut subitement guérie d'une paralysie des quatre membres par le simple attouchement d'une relique du tombeau de la sainte. Le fait fut consigné dans les registres du Parlement*.
Louis XIV fit célébrer à Paris trois jours d'actions de grâces et, en témoignage permanent de la reconnaissance de la ville, le prévôt des marchands et les cchevins firent exécuter par le peinti^e Largillière et placer dans la basiUque un magnifique tableau qui les représentait agenouillés devant sainte Geneviève,
I. Saînt-Sîmon, Mémoires^ t. I, xii, p. lia, date cette victoire du a8 mai. Avec plus de raison, Dareste, Histoire de France y t. V, p. 619, la rapporte au 27.
a. Bibliothèque Sainte-Geneviève, Manuscrits^ vol. 681.
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apparaissant elle-même au seîn de la gloire céleste*.
Au XVIII® siècle, les processions de la chasse devinrent plus rares. On n'en compte que deux. La première eut lieu le i6 mai 1709,3 là suite d'un rude hiver qui amena la famine dans le pays déjà écrasé par les maux de la guerre. Dans celle du 5 juillet i y 25 y on demanda la cessation des pluies qui menaçaient les récoltes. Enfin le 16 décembre 1765, on avait descendu la chasse et on se disposait à la porter à Notre-Dame, pour obtenir la guérison du dauphin attaqué d'une maladie de poitrine, quand celui-ci mourut. La France ne savait plus prier, en ce siècle, comme elle le faisait aux âges précédents. A la place des rcHques de sainte Geneviève, la raison orgueilleuse se préparait à porter et à installer à Notre- Dame une déesse de son choix. Dieu n'exauçait plus une nation qui ne voulait écouter que des oracles humains et qui, par le chemin du plaisir, courait à , l'apostasie.
Les processions de la châsse de sainte Geneviève étaient de véritables démonstrations nationales de la confiance que Paris et la France professaient envers leur Patronne. Les historiens les mentionnent comme des événements de haute importance. Tous les corps
I. Ce chef-d'œuTre a ëtë donne en 181 1 par le cardinal Fesch à Tëglise Saint-Étienne-du-Mont, où il est encore conservé.
de rÉtat y prenaient part*, la ville entière était sur pied et Ton suivait scrupuleusement un cérémonial réglé jusque dans les moindres détails.
Tout d'abord, la procession ne pouvait avoir lieu que pour des causes majeures, comme des calamités publiques, de grandes guerres, la maladie du roi ou du dauphin . Le roi lui-même ou plus souvent les échevins de Paris prenaient l'initiative de la cérémonie et adressaient une requête en ce sens au Parlement. Quand celui-ci avait donné un avis favorable, les échevins transmettaient leur demande à Tarchevêque de Paris et à Tabbé de Sainte-Geneviève. Ces djBux prélats accordaient leur consentement et ensuite le Parlement portait un arrêt pour prescrire la descente de la chasse et la procession.
Pendant les cinq ou six jours qui précédaient la cérémonie, les paroisses et les communautés religieuses de la ville se rendaient tour à tour à Sainte- Geneviève pour y faire des prières publiques. L'archevêque y venait aussi lui-même, accompagné du clergé de sa cathédrale et des quatre églises qui en dépendaient et s*appelaient pour cette raison les « filles de Notre-Dame » ,Saint-Benoît,Saint-Étienne-des Grès, Saint-Merry et Saint-Sépulcre. Après ToASce, l'archevêque allait au chapitre de l'abbaye et infor-
I. Pour la seule procession de ijsS, la bibliothèque Sainte-GeneTièye conserve jusqu'à vingt-six pièces officielles se rapportant aux convocations.
maît officiellement Tabbé qu'il était nécessaire d'appeler la protection de sainte Geneviève en faisant une procession solennelle de sa châsse. L'abbé répondait en énumérant les difficultés de Fentreprise et lés charges qui en résultaient pour ses religieux. Il accédait néanmoins à la demande de Tarclievêque.
Les chanoines de l'abbaye se préparaient à la cérémonie par des prières et un jeûne de trois jours. Dans Paris, on jeûnait la veille de la procession. Ce jour-là, l'office de sainte Geneviève était célébré solennellement dans la basilique. De onze heures à minuit, la , cloche sonnait pendant que les chanoines chantaient matines. Ensuite, on descendait la châsse de la place qu'elle occupait sur les quatre colonnes dressées derrière le maître-autel ; une sonnerie de trompettes retentissait du haut du clocher pour avertir le peuple de cette descente. La messe de la sainte était alors célébrée et tous y communiaient. Les chanoines demeuraient pieds nus et à jeun depuis les matines de la nuit jusqu'à la fin de la procession.
Dès la pointe du jour, les officiers de la ville se présentaient à la basilique et prêtaient serment de veiller sur la châsse et de la ramener à sa place*. Dès
1. Mme de Sëvigné ajoute même : o On laisse en otage à Sainte-Geneviève le prévôt des marchands et quatre conseillers, jusqu'à ce que le précieux trésor y soit revenu. » Lettre à Mme de Grignan^ 19 juillet 1675. Les documents de
cet instant, ils ne la quittaient plus. De leur côté, les porteurs de la chasse avaient assiste à une messe à riutërieur de Tabbaye et y avaient communié. Sur les sept ou huit heures, quelquefois plus tard, à cause de l'encombrement des rues, arrivaient à la basilique le Parlement, les Cours souveraines, les officiers de la ville, les différents clergés des paroisses et les membres des ordres religieux. Les chanoines de Notre- Dame amenaient avec eux la châsse de saint Marcel, transférée à la cathédrale depuis l'époque de Philippe Auguste. Il était de principe absolu que sainte Geneviève ne sortait pas si saint Marcel ne venait la quérir. Les chanoines avaient cédé à la corporation des orfèvres le privilège de porter cette châsse. En outre, les pères de l'Oratoire apportaient leur châsse de saint Magloire,lesreHgieux de Saint-Martin-des- Oiamps celle de saint Paxent, les pères Barnabites celle de sainte Aure, et le clergé des paroisses celles de saint I^andry, de saint Clément, de saint Merry, de saint Lucain et de sainte Opportune.
La procession se mettait en marche vers Notre- Dame par les rues Saint-Étienne-des-Grès, Saint- Jacques, du Petit-Pont et la rue Neuve-Notre-Dame. Sur tout le parcours, les maisons étaient ornées de tentures et le sol jonché de verdure. On jetait des
Tépoque ne font pas mention de cet usage. Toujours est-il que toutes les précautions étaient prises pour la sûreté de )a châsse.
fleurs de toutes les fenêtres*. En tête du cortèsre marcliaient les religieux des ordres mendiants, suivis des prêtres des églises paroissiales et collégiales. Après eux venaient, du côté gauche, les a quatre filles de Notre-Dame », les chanoines de la cathédrale et Tarchevêque de Paris qui donnait sa bénédiction ; du côté droit, les paroisses génovéfaines de Saint-Médard et de Saint-Étienne-du-Mont, les chanoines de Sainte- Geneviève et enfin Tabbé, qui s'avançait au même rang que Tarclievêque et donnait comme lui sa bénédiction \
Entre les chanoines de Notre-Dame et ceux de Sainte-Geneviève étaientportées côte à côte, sauf dans les rues trop étroites, les deux châsses de saint Marcel et de sainte Geneviève. Enfin, derrière Tabbé venaient le Parlement et la Cour des aides, et derrière Tarchevêque la Cour des comptes et le Corps de ville. Tous étaient en costume d'apparat.
I. La police prenait d'importantes mesures à Toccasion de ces processions. Une ordonnance de police, relative à la procession du a8 juin I7a5, ordonne de tendre les maisons sur le passage du cortège, défend de laisser circuler les Toitures et d'ouvrir les boutiques, tant dans la ville que dans les faubourgs, de dresser des échafaudages devant les maisons, de tirer des boîtes ou armes à feu, de stationner dans les rues et carrefours avant et pendant la procession, etc. Bibliothèque Sévlgné^ 54' 8* a* 5383.
3. Des discussions de préséance s'élevèrent plusieurs fois au moment de partir. Le Parlement décidait séance tenante, sauf recours ultérieur, pour ne point retarder le départ.
A Notre-Dame, rarclievéque chantait la grand' messe. On reprenait ensuite le chemin de Tabbaye. Lâchasse de saint Marcel reconduisait celle de sainte Geneviève jusqu'au Petit-Pont, puis s'en retournait à la cathédrale avec les chanoines. Les religieux et les prêtres des paroisses quittaient le cortège aux endroits les plus voisins de leurs églises, et enfin la châsse rentrait à la basilique.
Les chanoines de Sainte-Geneviève et les porteurs de la châsse, tous encore à jeun, sauf ceux dont la santé n'eût pu supporter cette fatigue, prenaient alors leur réfection avec les officiers de la ville. Il était souvent assez tard, car la procession ne rentrait guère avant la fin de la journée. Mme de Sévigné dit au sujet de la procession du 19 juillet 1675 : « J'ai été voir passer la procession de sainte Geneviève. Nous en sommes revenus de très bonne heure ; il n'était que deux heures. Bien des gens n'en reviendront que ce soir. » Tout le long du trajet, en effet, il fallait arrêter la châsse pour satisfaire la dévotion du peuple qui tenait à y faire toucher toutes sortes d'objets. On attachait grand prix à cette pratique. Aussi des surveillants, porteurs de bâtons violets décorés de fleurs de lis d'or, avaient-ils la mission de protéger le précieux reliquaire contre les indiscrétions de la foule.
Témoin de cet empressement, à la procession de 1 534» un écrivain protestant, Jean Sleidanus, dit dans
un de ses livres* : « A Paris, la vierge Geneviève est honorée presque au-dessus de tous les saints. Le peuple est persuadé qu'on n'implore jamais en vain son assistance. Sa châsse est portée, d'après un aatique usage, par des hommes qui se disposent à celte fonction, plusieurs jours à l'avance, au moyen de prières et de jeûnes. Les officiers de police sont sur pied ce jour-là et ont grand' peine à frayer le chemin. Car on s'empresse autour de la châsse avec une extrême dévotion, pendant qu'elle est portée en procession, et l'on croit que cela porte bonheur de la toucher soit avec le doigt, soit avec un chapeau ou un linge. »
D'ordinaire, la grâce spécialement sollicitée était obtenue, comme l'indiquent à plusieurs reprises les registres <iu Parlement dans le procès-verbal de la cérémonie. Mais il était rare et pour ainsi dire inouï qu'il ne se produisît pas de guérisons miraculeuses toutes les fois que la châsse sortait dans la ville. Ainsi, par exemple, à la procession du 5 juillet 1725, une paralytique fut guérie subitement dans la basilique et quatre autres miracles furent signalés *.
Faut-il s'étonner de ces faveurs extraordinaires quand on considère quels sacrifices nos pères savaient s'imposer en ces occasions ? Ces religieux et ces por-
1. De la situation de la religion et de VÉtaty Strasbourg, i555, Lix,f. i38.
2. Bibliothèque Sainte-Geneviève^ manuscrits, cart. 679, »• 188.
SAINTE GENEVIÈYB. 11
leurs de la châsse allant à jeun et pieds dus toute une journée, en quelque saison que ce fût, ces grands corps de rÉtat prenant officiellement part à la solennelle supplication, tout ce peuple préparé à la cérémonie par le jeûne de la veille et interrompant ses travaux quotidiens pour se presser sur le passage des reliques de sa sainte Patronne, tant de prières et de pénitences, tant de foi et de dévotion ne pouvaient manquer de faire violence au ciel. Habitués à ne plus voir dans les rues de la capitale que des manifestations profanes, quelquefois vulgaires et révoltantes, nous sommes devenus comme étrangers à tout acte public de piété nationale et nous ne comprenons plus rien à ces démonstrations religieuses d'autrefois. Aurionsnous même encore le coui^ge de joindre à nos supplications ces pénitences auxquelles on s'astreignait jadis si volontiers pour le salut de la cité et de la patrie? Si aujourd'hui sainte Geneviève paraît moins libérale envers Paris et envers la France, c'est hélas 1 que Paris et la France ont perdu le secret de la prière nationale qui finit toujours par toucher le cœur de Dieu.
Quand la châsse était rentrée dans la basilique, on la remontait au sommet de son piédestal et on la recouvrait d'un voile de satin vert broché d'or. Fallaitil exciter la dévotion des Parisiens et solliciter une grâce dont l'importance n'allait pas jusqu'à motiver une procession, on descendait lâchasse pour l'expo-
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ser de plus près à la vénération des fidèles, ou bien Ton se contentait de la découvrir soit entièrement, soit seulement par devant. Encore ces descentes et ces découvertes ne pouvaient-elles avoir lieu d'ordinaire qu'en vertu d'un arrêt du Parlement. Ainsi, dans le cours du dix-huitième siècle où Ton ne (itque deux processions, la châsse fut descendue deux fois et découverte vingt-quatre fois entièrement et quatorze fois par devant. On peut donc l'affirmer en toute vérité, jusqu'à l'époque de la Révolution, la châsse qui contenait les reliques de sainte Geneviève a été considérée comme le palladium de la capitale et le gage de la protection divine pour toute la France.
Los lettres et les arts n'ont pas manqué de célébrer une sainte si révérée dans une ville où les écrivains, les poètes et les artistes ont toujours jeté tant d'éclat. Les proses et les hymnes composées en son honneur depuis les plus anciens temps ne se comptent pas. Qu'il nous soit permis seulement de reproduire la petite pièce suivante, qui date de i63i et dans laquelle le poète prie sainte Geneviève en s'inspirant du plus pur esprit catholique.
Vierge douce, rierge hënigae, Vierge sainte, vierge très digne, Vierge franche de France née, Vierge de grâce enluminée, Sainte Geneviève Madame, Par pitié mon corps et mon âme
Veuille de tous péchez dëfendre Et en ta saîncte garde prendre.
Jésus, ton espoux débonnaire Me doint * par ta bonne prière Humble cœur en prospérité, Patience en adversité, De mes péchez rémission Et en biens confirmation ; Que jamais je ne puisse faire Chose qui luy puisse déplaire, Et à mes parens et amis Doint bonne vie et paradis.
Les mauvais veuille convertir Et les bons en paix maintenii '.
La sculpture et la peinture la représentèrent ordinairement avec le costume simple qui convient à la religieuse et le voile sur la tête. Parfois Fartiste cherchait à reproduire différents épisodes de sa vie : Geneviève recevant la bénédiction de saint Germain d'Auxerre, rendant la vue à sa mère, priant pour éloigner Attila, obtenant la délivrance des prisonniers ou distribuant le pain pendant le siège deParis',