SAINT POTHIN
réglise de Vienne ; sur Maturus, simple néophyte, il est vrai, et néanmoins athlète très généreux du Christ; sur Attale, natif de Pergame; sur Blandine enfin, en qui le Christ fait voir que ce qui, aux yeux des hommes, est vil, informe et méprisable, est en grand honneur auprès de Dieu : on craignait, sa maîtresse surtout, que son petit corps, très chétif, ne pût confesser la foi jusqu'à la fin. C'est elle, au contraire, qui lasse ses bourreaux; ne connaissant plus rien dans leur métier qu'ils puissent lui faire soufirir, ils s'étonnent qu'elle vive encore : tout son corps n'est qu'une plaie. Elle, cependant, répète ces seuls mots : « Je suis chrétienne. Il ne se fait rien de mal parmi nous ». Sanctus n'est pas moins intrépide : il surmonte tous les supplices; lorsqu'on lui demande son nom 9 sa famille, sa patrie, il répond seulement qu'il est chrétien, et le proconsul, enflammé de rage, lui fait appliquer des lames ardentes sur les parties les plus sensibles du corps. Voici cependant qu'on traîne au tribunal le vieil évêque Pothin, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans ; sa santé était fort ébranlée, mais si sa débilité présente ne lui laissait que le souffle, son désir du martyre lui rendait une merveilleuse vigueur. Comme le légat lui demande quel est le Dieu des chrétiens, « tu le connaîtras, lui répond-il, si tu en es digne ». On l'emmène, on le roue de coups : jeté demi-mort dans un cachot, il expire deux jours après.
Plus tard, les martyrs sont répartis en plusieurs
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16 SAINT ATTAI^.
lots, suivant le supplice que chacun doit subir. Maturus, Sanctus, Biandine et Attale sont conduits dans Tamphithéâtre afin d'être mangés par les bêtes et d'amuser les païens par une exceptionnelle curée. Maturus et Sanctus subissent de nouveau toute la série des supplices : on les déchire à coups de fouet, les bêtes les happent et les traînent sur le sable; on les assied sur la chaise de fer rougi ; pour en finir, on leur coupe la gorge. Biandine, pendant tout ce temps, était suspendue à un poteau et exposée aux bêtes; mais aucune ne la toucha. On la détache donc du poteau, et on la ramène en prison pour une autre séance. Comme Attale est citoyen romain, le légat en réfère à l'empereur ; et les martyrs mettent à profit ce délai inespéré afin de ranimer la foi et le courage de ceux qui ont failli. Ils sont tous ressuscites et raffermis par la miséricorde de Dieu lorsqu'arrive la réponse de Marc-Aurèle : ordre de condamner à la peine capitale ceux qui s'avouent chrétiens et de renvoyer sains et saufs ceux qui renient la foi. Le jour de la grande foire attirait une foule innombrable : le légat choisit ce jour-là pour l'épreuve suprême.
L'attitude des apostats qui, de nouveau, se déclarent chrétiens, exaspère les soldats et les Lyonnais. Comme le médecin Alexandre le Phrygien encourage du geste les confesseurs, on l'arrête sur place, on l'interroge, on le condamne aux bêtes. Le lendemain, il est amené avec Attale, que le
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SAINTE BIANDINE. 17
iëgat n*ose refuser au peuple : tous deux passent par tous les tourments qu'on peut inventer ; ils sont décapités à la fin. Alexandre ne dit pas un mot, ne laisse pas échapper un cri : recueilli en lui-même, il converse avec Dieu. Quand on fait asseoir Attale sur la chaise de fer rougi et que son corps, brûlé de tous côtés, exhale une odeur abominable, il dit au peuple en latin : « Voilà bien ce qu'on peut appeler manger des hommes.. Nous, nous ne mangeons pas d'hommes, nous ne faisons rien de mal. » Le dernier jour de la fête, c'est le tour de Blandine, et d'un enfant de quinze ans, Ponticus : on les avait conduits chaque jour à l'amphithéâtre afin de briser leur courage par la vue des tourments qu'enduraient leurs frères. On n'en vient pas à bout : Blandine réconforte l'enfant; et, quand il a achevé la série entière des supplices, doucement il rend l'âme. Demeurée la dernière, Blandine se prépare à rejoindre, joyeuse, tous ses frères qui l'ont précédée en Dieu. Après avoir souffert les fouets, les bêtes, la chaise de feu, elle est enfermée dans un filet et on l'amène au taureau. Il la lance plusieurs fois en l'air avec ses cornes ; elle parait ne rien sentir, tout entière à son espoir, s'entretenant avec le Christ. Pour en finir, on l'égorgé, — a Vrai, disent les Lyonnais en rentrant chez eux; jamais dans nos pays on n'a vu tant souffrir une femme*. »
I. D'après Eusèbe, E. H. V. 1-4. — Cf. Leclercq : op, cit, p. 90, sq. et Allard : Histoire des persécutions, I, p. 897, sq.
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