KT LES ÉCRIVAINS GRECS
verselle est analogue à Teau; que, pour Anaxi* mandre, c'est, au contraire, quelque chose d'indéterminé ; il accuse Ânaxagore d'irréligion et d'athéisme, il sait que, pour lui, le monde n^a pas en soi sa raison d'être. Les théories du vide et des atomes de Démocrite et d'Epicure lui sont aussi familières que le déterminisme des Stoïciens et les nombres de Pythagore. Il connaît Platon, sa doctrine du monde sensible, image et reflet du monde éternel, son hypothèse de la création et d'une matière préexistante. S'il ne parle pas d'Aristole, et si le seul mot qu'il dise du péripatélisme ne marque pas qu'il en ait compris l'importance et apprécié la grandeur, c'est qu'il obéit aux mêmes tendances que ses contemporains : l'éclipsé de l'Aristotélisme commencera seulement de cesser lorsque paraîtra, bientôt du reste, Alexandre d'Aphrodisias. Naturellement, Irénée a lu ces philosophes chrétiens qui s'appellent Justin le martyr* et Théophile d'Antioche, et peut-être Méliton de Sardes. Il connaît avec précision l'histoire de la pensée grecque dans la mesure où elle intéresse le mouvement de la pensée contemporaine.
C'est donc, à n'en pas douter, comme saint Justin lui-même, un chrétien de race grecque. S'il ne semble pas que la spéculation abstraite ait eu pour lui beaucoup d'attraits, on n'en peut rien conclure contre son « hellénisme » : au temps de la « révolution
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religieuse », qui prépare l'œuvre du Christ, THellënisme loi-même se détourne de la pensée discursive et renonce à chercher la vérité ^ Et ce ne sont pas les spéculations des Gnostiques — Valentin mis à part — qui peuvent rendre à la métaphysique son ancien crédit : Tatien, Théophile d'Antioche, la Satire des Philosophes profanes qu'Hermias écrit, peut-être', a ce moment, Clément d'Alexandrie lui-même attestent combien il est déchu. Sextus Empiricus est un contemporain d'Irénée.
L'hellénisme de saint Irénée se marque d'abord à son savoureux bon sens, à son amour du fait concret, du détail précis, à son horreur des songecreux. Tel passage, où il se moque des Gnostiques, rappelle les railleries qu'aux Sophistes lançait Socrate; ces familles d'Eons qui s'engendrent les uns les autres, tous ces accouchements et ces avortements divins ne peuvent être pris au sérieux par le clair esprit de cet enfant de la Grèce*; et les abstractions prétentieuses des émules de Valentin qui ne sont jamais si heureux que lorsqu'ils a nagent dans l'incompréhensible » *, et leur sym-
I. Cf. notre Avenir du Christianisme^ I, 58-87. Noter II, 14, a. ySo : légère raillerie à Tadresse de ceux qui dicuntur philosophi.
a. Quelques critiques, à vrai dire, contestent cette date.
3. II, 14, 8 (756) ; IV, 33, 3 (1074) ; II, a8, 6 (809); II, 30,4(817). -Cf. IV, 6, 1(987).
4. IV, 9. 3 (999) : « qui semper încomprehensibilitatis profundo uatabit. »
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bolisme effréné qui croit ne pouvoir jamais saisir aucune réalité et qui, par peur d'une mystification, verse dans le ridicule S tout cela n'en impose pas plus au Smyrniote que les raffinements dialectiques de Gorgias n'en imposaient à l'Athénien. Si l'autorité quasi-apostolique des piesbytres de Papias Ta trompé quelquefois*, on aurait mauvaise grâce, vraiment, à le faire passer pour un niais qui « gobe » avec impassibilité les absurdités les plus fortes. Il fait une place d'honneur, dans ses ouvrages, à Valentin et à Marcion, il cherche dans la philosophie grecque l'origine de la Gnose ; cela ne prouve pas qu'il ait manqué de perspicacité. Il expose les théories des Gnostiques d'après les livres des Gnos* tiques ' ; cela ne prouve pas qu'il ait manqué de € méthode » . Il refuse de « rien avancer légèrement touchant le nom de la Bète » dans l'Apocalypse^; il refuse de rien affirmer touchant certain trait de l'histoire de Simon qui lui paraît suspect*; il contrôle par les Ecritures l'enseignement de Polycarpe lui-même * ; cela ne prouve pas qu'il ait manqué de « critique ».
!♦ IV, 19, 3 (io3o). Cf. aussi I, 11, 4 (565); I, i5, 4 (6ai); III, i5, 2 (919).
3. Cf. supra p. 61, n. 3. Il accueille aussi avec facilité la légende des Septante et d'Ësdras, III, ai, a (9{7)*
3. 11 est ceruin qu'Irénëe a puisé aux textes originaux et authentiques : cf. infra p. 78 et I, préface, a (44 1)» les Oico^viQ^aTa Tôv OOaXevrlvou piaOïriTôv; et I, a5, 5 (684*685).