LES GNOSTIQUES DES GAULES
Le Valeatinianisme qui ravageait la vallée du lUiône avait été prêché, et quelque peu modifié, par les élèves de deux disciples du maître, Ptoléniée et Marcus. Le premier était un philosophe à Tesprit clair, pénétrant et précis*; le second se donnait pour un prophète, ramenait les mystères du Plérôme à une arithmétique sacrée, recourait volontiers aux opérations magiques, — afin de convertir en un sang véritable, par exemple, le vîn eucharistique*; — et les Lyonnais résistaient mal au prestige de cette magie. Évêque de Lyon, Irénée s'attarde donc à combattre les idées des disciples de Ptolémée et de Marcus : mais c'est à la réfutation des principes communs à Valentin, à ses él èves et même à tous les Gnostiques qu'il consacre tous les efforts de sa dialectique. Philosophe, il se place naturellement sur le terrain rationnel : il suit ses ennemis h travers leurs hypothèses, découvre avec souplesse leur côté faible ou ridicule, ne s'arrête pas tant qu'il reste un argument à détruire; il tend toujours à les enfermer dans UEi dilemme sans issue, et, lorsqu'il les a conduits
I. Cf. notre saint Irénée (Bloud), livre I, § i et appendice au livre 1,
a. Cf. notre saint Irénée (Bloud), livre I, § 3.
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l'argumentation D'IRÉNÉE. 83
où il veut, c'est merveille de le voir discuter l'un après l'autre les deux termes de l'alternative qu'il offre, en relever les invraisemblances, en signaler les contradictions. L'aisance avec laquelle il opère contre les fantômes du monde ineffable atteste son habileté ; parfois même l'argumentation se joue de l'obstacle plutôt qu'elle ne l'enfonce : Irénée rappelle parfois les sophistes. Une chose, du reste, l'encourage dans l'emploi qu'il fait de la méthode rationnelle : les erreurs des Gnostiques dérivent directement des erreurs des anciens philosophes^, Tbatès et Anaximaudre, Epicure et Démocrite, Platon et Pythagore; ils ramassent et combinent leurs doctrines, et présentent ces vieilleries comme des nouveautés. Contre des philosophes, c'est donc à l'argumentation philosophique qu'il faut recourir.
Veut-on connaître le dessin général de celle qu'il a développée ? En voici un résumé succinct. Comme les Gnostiques rejettent la création du monde, au sens propre du mot, ils sont nécessairement rejetés ou vers l'hypothèse grecque d'une matière préexistante, ou vers la théorie orientale de l'émanation : dualisme ou panthéisme, ils n'ont pas d'autre recours. « Saint irénée les poursuit dans ces deux retranchements. Ou vous séparez Dieu du monde, leur dit l'évêque de Lyon, ou vous confondez Dieu avec le monde, et dans l'un et l'autre cas vous dé-