‹ Sainte IrénéeChapitre 72 sur 174 · ABSURDITÉ DU DUALISME · texte numérisé non relu

ABSURDITÉ DU DUALISME

nération progressive de l'Etre, ou, suivant votre métaphore favorite, une tache sur la tunique de Dieu; mais ne voyez-vous pas que, dans cette confusion de l'infini avec le fini, c'est la nature divine elle-même qui déchoit, qui dégénère, qui est entachée de vice ou d'imperfection. Est-il possible d'altérer plus gravement la notion de Dieu ? Vous ne pouvez échapper à cette conséquence qu'en revenant au dogme chrétien de la création qui, tout mystérieux qu'il est, renferme la seule solution raisonnable, parce qu'il distingue parfaitement ce qui ne doit être ni séparé ni confondu ^ »

Reprenons dans le détail quelques-uns de ces raisonnements. A la discussion de l'hypothèse dualiste les quatre premiers chapitres du second livre sont consacrés*. Vous prétendez, dit notre auteur, que la création existe en dehors du Dieu suprême et indépendamment de lui ; mais comment peut-il y avoir en dehors de lui, au-dessus de lui, une Puissance, — telle que celle qui aurait créé le monde? Ne faut-il pas que le Dieu suprême, la Plénitude, le Plérôme, enveloppe tout dans son immensité et ne soit enveloppé par rien ? S'il existe quelque chose en dehors de lui, il n'est donc plus la Plénitude, il ne contient plus toutes choses : il lui manque ce qui est en dehors de lui ; il est limité,

I. Mgr Freppel : Saînt Irénée.... [Paris, Bray, 1861, in-8] p. 346-347.

a. II, 1-4 (709-721).

borné par ce qui est en dehors de lui. Voici donc la Plénitude suprême, le Père de toutes choses qui est fondé, compris dans une autre Puissance qui Tenveloppe, qui est donc plus grande que lui, et, si Ton ose ainsi dire, plus Seigneur et plus Dieu que lui* !

Mais il y a plus. Si la création est indépendante du Dieu suprême et en dehors de lui, il faut de toute nécessité que la création enveloppe le Dieu suprême, ou qu'un infini la sé'pare de lui. Dans la première hypothèse, le Dieu suprême n'est plus le Dieu suprême, la Plénitude; dans la seconde, on introduit un troisième terme qui contient et délimite les deux premiers, qui est donc plus grand qu'eux. Et, si ce troisième terme est limité, les choses qui le limitent sont limitées elles-mêmes; et ainsi à l'infini. Parce qu'elle a une fois posé une limite à Dieu, la pensée ne peut plus s'arrêter nulle part.

Le même raisonnement atteint les Marcionites. Les deux Dieux qu'ils opposent se limitent l'un l'autre : ils ne sont plus Dieu. Si les Marcionites admettent deux Dieux, pourquoi n'eu imaginent-ils pas davantage ? Ou bien il n'y aura qu'un Dieu, qui contiendra toute réalité, comme la cause contient l'efTet, ou bien il y aura une infinité de dieux limités les uns par les autres, c'est à dire dont aucun ne sem Dieu : à chacun il manquera tout ce que sont les autres.

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