LA DOCTRINE D'IRÉNÉE
du moins d*en discerner les principaux traits et d'indiquer, avec la méthode qu'il a suivie, l'idée centrale et les théories secondaires auxquelles il a ramené tout le Christianisme.
Quelle connaissance l'homme peut-il acquérir de la nature et de l'histoire ? C'est une question à laquelle saint Irénée n'a peut-être jamais réfléchi beaucoup ; nous ne saurions dire en tout cas comment il y répondait. Sans doute admetrait-il avec ses contemporains que ce ne sont pas domaines inaccessibles à l'humaine pensée; peut-être croyaitil en même temps que notre connaissance en ces matières est bornée, superficielle et fragmentaire*. — Nous pouvons assurer, en revanche, qu'il reconnaissait à la raison le pouvoir de découvrir la réalité de Dieu ^ ; mais il ne lui plaisait pas qu'elle dissertât de l'être divin. Bien qu'il prenne à la discussion dialectique un évident plaisir, — on a pu s'en rendre compte, — bien qu'il subisse le prestige de la science, il n'y a pas de doute que les méthodes strictement rationnelles lui inspirent une méfiance inquiète, où l'on démêle à la fois l'influence de 1» tradition pyrrhonienne et la crainte des excès de la Gnose. « Scientia inflat^ charitas autem aedificat » : il répète avec plaisir, il commente avec amour cette parole de l'Apôtre; il est plus sensible au» péril d'orgueil qui naît souvent de la science qu'à