Sainte Jeanne d'Arc
Comme on voit quelquefois entre un faisceau d espines. Une rose rougir en ses feuilles crespines... A la veiie de tous on a veu parmy l'air Une blanche colombe hors du feu s'envoler ; Et battant doulcement ses aisles esmaillées S'envoler de droict fil aux voultes estoilées.
(P. FRONTON DU Duc. Histoire tragique de la Puce lie de Domremy.)
A mon Ami VICTOR GIRAUD
in 2010 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/saintejeannedarcOOgoya
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Jeanne la l'ucelle sera désum la sainte de France
Shakespeare, //,«;; Y/.
i " ]>artie.
Une fille de france, qui jadis, au nom d'une prédestination religieuse, réalisa comme une mission religieuse le salut de sa patrie, est désormais qualifiée de sainte par l'autorité romaine. Un saint Canut en î)anemark, un saint €tienne en Jfongrie, en Casti/le un saint Ferdinand, furent des héros nationaux qui tout en même temps dévouèrent leur vie aux intérêts de r€glise ; les honneurs qu'ensuite elle leur décerna mirent en lumière, non pas les services qu'ils rendaient à leur peuple, mais les services qu' elle-même leur devait. (Lout autre est la « charité » de Jeanne d'jtfrc, pour reprendre ici le mot de Charles péguy. Sa grande obligée de cette « charité », la puissance que servit cette jeune fille en vue de servir j)ieu, ce fut la france ; et de ses déclarations l'€glise a conclu que son devoir même d'état, imposé par ses « voix », l'amenait à se comporter en héroïne nationale.
Se verdict du pape }$enoit JCV achève et couronne un
travail de près de cinq siècles, presque aussitôt interrompu par une abominable tragédie, et souvent retardé par de longues périodes de lenteur, mais qui ne fut jamais complètement déserté, et qui s opéra, simultanément, dans l'opinion des hommes d'€glise et dans la conscience du peuple chrétien, j/îssister aux divers épisodes de ce travail, écouter parler l'€glise, écouter prier le peuple, surprendre les manifestations de piété qui préparaient les décisions ecclésiastiques, et suivre ainsi la genèse d'une gloire religieuse à laquelle ni dans la vie des saints ni dans l'histoire des peuples, aucune autre ne peut être comparée : tel est l'objet de cette étude. Une première rédaction, naguère, en fut publiée par la Revue des Deux Mondes : des recherches nouvelles, d'obligeantes communications, nous ont permis de la compléter; et lorsqu'on verra chacun de nos chapitres s'encadrer entre deux dessins de j\î. Joseph Çirard, on remerciera l'art d'être venu au secours de l'histoire, pour ramasser en de symboliques visions la lumière diffuse des documents.