Ayroles. La vraie Jeanne d'Arc. IV, p
2. Chronique Morositti, édit. Lefèvre-Pontalis et Dorez, III, p. 50-52 (Paris, 1898-1902). — C'est au P. Ayroles que revient l'honneur d'avoir, dans les Etudes, à la fin de 1895, publié le premier les textes de la Chronique Morosini relatifs à la Pucelle.
3. Noël Valois. Un nouveau témoignage sur Jeanne d 'Arc (Annuaire-Bulletin de la Société de V Histoire de France, 1906, 2e partie, p. 161-179). — Georges Dubosc. Autour de la Vie de Jeanne d'Arc: études documentaires (Rouen, 1920).
pronostiquant qu'à cause de la vertu d'un lui acte ils ne pouvaient être que bons. » Ainsi se dessinait dès 1429 la prochaine tactique des ennemis de Jeanne : témoins d'une certaine ferveur populaire, ils induisaient qu'elle en était complice. Induction venimeuse, induction mensongère, comme le prouve l'attitude de Jeanne quand au cours de ses chevauchées nous la voyons en contact avec certaines intempérances d'enthousiasme ou certaines craintes superstitieuses. A Troyes, les habitants n'osaient pas approcher d'elle ; à Bourges, ils la pressaient de bénir des chapelets. Elle disait à ceux-ci : « Touchez-les vous-mêmes, mes braves gens ; ils en vaudront tout autant ; » et à ceux-là : « Approchez, approchez hardiment, je ne m'envolerai point ! » Elle avait des saillies de bon sens, à demi malicieuses, pour faire s'éteindre dans un sourire ces dévotes ferveurs dont elle se sentait, malgré elle, devenir l'objet, et dont elle eût voulu restituer tout l'honneur à « Dieu premier servi. » Pierre Vaillant, bourgeois d'Orléans, la voyait faire effort pour se soustraire aux ovations populaires, afin que Dieu seul eût la gloire.
Mais les juges de Rouen, bientôt, exploiteront contre Jeanne ces effervescences de la foule : ils l'en rendront responsable, et dans l'article 52 de l'acte d'accusation ils oseront affirmer :
« Item, la dite Jeanne par ses inventions a séduit le peuple catholique ; beaucoup en sa présence Vont adorée comme sainte et l adorent encore en son absence, commandant par révérence pour elle messes et collectes dans les églises ; bien plus, ils la
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déclarent la plus grande parmi les saintes après la Sainte Vierge^
ils élevait des images et des représentations de sa personne dans les basiliques des saints, et ils portent sur eux son effigie en plomb ou en tout autre métal, ainsi qu'il est accoutumé défaire pour les saints canonisés par F Eglise, et ils prêchent publiquement que c'est renvoyée de Dieu, qu'elle est moins une femme qu'un ange. »
Les juges de Rouen seront portés, par leur acharnement même, à ramasser les pièces à conviction, et parmi celles que dans cet article ils allèguent, quelques-unes encore existent pour nous. Ils parleront d'images de Jeanne; à vrai dire, il ne nous en reste point1 ; et tout au plus savons-nous, par un compte de dépenses de la ville de Ratisbonne, que dès 1430, on y montrait une peinture « représentant comment la Pucelle a combattu en France, »
1. On a longtemps fait état d'une certaine peinture sur bois du quinzième siècle représentant la Vierge et l'enfant, puis, à droite, saint Michel pesant une âme, et, à gauche, la silhouette nimbée d'un personnage tenant d'une main un étendard, et de l'autre un écu armorié. Dans ce personnage, on croyait reconnaître Jeanne d'Arc; et le tableau, trouvé à Orléans par M. Antoine Auvray, entra glorieusement dans les galeries du Musée de Versailles, comme une effigie de notre héroïne (Nolhac et Pératé. Le Musée de Versailles, p. 45, Paris, 1896). Mais les recherches de M. Samaran, archiviste aux Archives Nationales, ont définitivement terni cette gloire usurpée. Complétant une communication qu'il avait faite en 1914 à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. M. Samaran a établi [Bibliothèque de l Ecole des Chartes, 1920, p. 61-75), que l'inscription mutilée, encore visible sur le socle du trône de la Vierge, et où tous les paléographes s'étaient accordés à lire, entre autres mots, les mots : « Jehanne d'Arc », contient une simple invocation, rédigée en provençal ou en catalan, à la miséricorde et à la pitié de la Vierge Marie, invoquée sous le vocable de Notre-Dame d'Humilité ; que ni la bannière, ni l'écu du personnage de gauche n'offrent aucunes particularités qui rappellent les représentations de Jeanne d'Arc; et que cette silhouette nimbée est sans doute celle de saint Georges. C'est ainsi que ce prétendu portrait de Jeanne, ce portrait contemporain de la Pucelle, dont Wallon donnait jadis une reproduction lumineuse, trop lumineuse, est relégué, désormais, dans les combles du Musée.
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et puis, par la Pucelle elle-même, qu'elle avait vu dans Arras, entre les mains d'un Ecossais, son propre portrait, la représentant armée, agenouillée devant le Roi. Mais les juges parleront aussi de médailles : et de fait, le musée de Cluny et une collection privée possèdent deux médailles de l'an 1430 : lune porte sur une de ses deux faces les armes de Jeanne; et l'autre, avec ses armes, exhibe aussi son buste. Les juges, enfin, feront un grief à Jeanne des liturgies qui pour elle se célébraient dans les églises; et de ces liturgies, quelques textes depuis lors nous ont été révélés. Une antienne où l'on priait le Seigneur de briser la puissance des Anglais et de les faire trembler jusqu'au fond de leur être précédait une oraison dans laquelle le prêtre disait à Dieu : « Vous qui avez délivré votre peuple par la main d'une femme, faites que Charles notre roi lève par vous un bras victorieux l. »
Pour fêter les victoires de Jeanne, on fit des processions à Bourges, à Carcassonne, et jusqu'à Brignoles ; dans ces deux premières villes, elles se renouvelèrent, chaque année, durant tout l'ancien régime \ Le ponctuel comptable Guillaume Lambert, dans les registres municipaux de Périgueux, notait, le 13 décembre 1429, la dépense de deux cierges et de deux sols d'honoraires, faite par la ville pour une messe chantée, parce qu'un Frère Prêcheur, messire Hélie Bodant, « était venu dans cette ville et prêchait à tout le peuple les grands miracles accom-
1. Lanery d'Arc. Le culte de Jeanne d'Arc au quinzième siècle (Orléans. 1887). Lecoy de la Marche. A la gloire de Jeanne d'Arc, p. 172-180 (Paris, 1895). Voir aussi Vercoutre, Une effigie inédite de Jeanne d'Arc (Paris, 1910).