UN MOUVEMENT DE PRIÈRES POUR JEANNE PRISONNIÈRE
Devant Compiègne, le 23 mai 1430, Jeanne fut désarmée, faite prisonnière. Le service de France, celui du Christ, furent désormais privés, non de son cœur, mais de son bras. Le duc de Bourgogne, tout de suite, prévint Henri VI, l'enfant roi ' ; il écrivit, aussi, aux habitants de Saint-Quentin, pour leur remontrer « l'erreur et folle créance de tous ceux qui se sont rendus enclins et favorables aux faits de cette femme. » Le duc marquait ainsi l'esprit du procès qui devait bientôt se dérouler : on tourmentera Jeanne, on la brûlera, pour convaincre de « folle créance » ces Français qui pensaient, avec l'aide de Jeanne, avoir celle de Dieu.
A Embrun, Jacques Gelu vit très net : il supplia Charles, dans une lettre, de ne rien épargner pour le rachat de la Pucelle,
I. Le texte de la lettre a été retrouvé par le P. Herbert Thurston (Études, 20 avril 1909, p. 202-205).
et de taire ordonner partout des prières1. Pour qu'un tel malheur eût pu se produire, il fallait, d'après Gelu, que le roi ou le peuple eût commis envers Dieu quelque manquement. Des prières s'inaugurèrent ; à Tours, nu-pieds, chanoines et prêtres processionnèrent pour la délivrance de Jeanne ~. Toute une messe s'improvisa, dont la collecte, et l'offertoire, et la postcommunion, imploraient de Dieu la liberté de Jeanne. Un évangéliaire de la Bibliothèque de Grenoble nous a conservé ces suppliants oremits :
« O Dieu tout-puissant et étemel, qui par votre sainte et ineffable clémence et par votre merveilleuse vertu ave\ délégué la Pucelle pour la glorification et le salut du royaume de France et aussi pour que les ennemis de ce royaume fussent repoussés, confondus, détruits, et qui ave\ ensuite permis quen accomplissant la sainte mission dont vous Vavie\ chargée elle tombât dans les mains de ces mêmes ennemis. accorde\-nous, par l intercession de la bienheureuse Marie toujours vierge et de tous les saints, de la voir échapper saine et sauve à leur puissance, et continuer librement r exécution de vos ordres formels. »
C'est après le Gloria de la messe que cette prière prenait place : mais au cours du sacrifice, deux fois encore, le prêtre insistait, en rappelant à Dieu la besogne que Jeanne devait encore