L UNIVERSITE DE PARIS
Mais c'est précisément en raison de cet acte de foi, sans cesse renouvelé par la conscience française, que les ennemis de Jeanne allaient machiner contre elle un procès d'ordre religieux. Déjà, quarante-huit heures à peine après son arrestation, les universitaires parisiens y songeaient.
On était très anglais dans le Paris d'alors. Le traité de Troyes faisait des Parisiens les sujets d'Outre-Manche ; il semble qu'un certain nombre ne pardonnaient pas à « une créature qui était en forme de femme, » — ainsi était désignée Jeanne dans le Journal dit d'un bourgeois de Paris — , de les troubler dans leur complaisante obéissance. Ils apprirent un jour qu'un Franciscain dont ils avaient acclamé les sermons de carême, le Frère Richard, s'était
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manifesté, à Troyes, comme un partisan de Jeanne : de ce jour les dames regrettèrent les beaux atours qu'à la voix de ce prédicateur elles avaient brûlés ; les hommes revinrent aux jeux de dés qu'il leur avait ordonné de quitter ; et Ton jeta loin de soi les médailles du nom de Jésus, dont il avait fait distribution. 11 s'était fait le complice de Jeanne, une idolâtre : adieu ses cadeaux, adieu ses conseils! '
La cité universitaire, petite ville dans la grande, était particulièrement attachée à la domination anglaise; et jusqu'en 1628, un corps de logis, donnant sur la rue de Sorbonne, devait en garder une marque flagrante : ce fut seulement au temps de Richelieu que disparurent de cette façade, sur laquelle elles s'étalaient en bosse, les armes d'Angleterre, « savoir trois grandes roses qui avaient chacune en diamètre un pied et demi2. »
Le greffier du Parlement, à la fin de mai 1429, après avoir noté au registre du Conseil les échos d'Orléans et puis dessiné, en marge, la silhouette de la Pucelle avec son étendard3, ajoutait en latin : « Quelle sera l'issue ? c'est ce que sait le Dieu des armées, chef et prince tout-puissant dans les batailles. »
En septembre 1429, Jeanne, le jour de la nativité de la Vierge, avait essayé de pénétrer dans Paris, et, blessée, elle avait dû se retirer : les universitaires en induisaient que « le Dieu des armées,
1. Siméon Luce. Jeanne d'Arc à Domrèmy, p. 260-283 (Paris, 1887).
2. Edmond Richer. Histoire de la Pucelle d'Orléans, édition Dunand, I, p. 213 (Paris, 1911).