UN AGENT POLITIQUE DEVENU JUGE D'ÉGLISE : CAUCHON
Mais pour ce Luxembourg, Jeanne était un butin de guerre. La livrer gracieusement, comme gibier d'inquisition, n'avait rien qui le tentait. L'Angleterre allait intervenir, non point avec des sommations canoniques, mais avec des promesses de deniers : Jeanne lui fut livrée. L'ayant achetée, elle la détenait, et se proposait expressément, quelle que fût l'issue du procès projeté, de ne la plus relâcher. Elle allait la faire juger à Rouen, sous ses veux. Le terrain semblait propice. Pas d'archevêque : le nouveau titulaire du siège ne devait prendre possession qu'en
4o MAINTE JEANNE D'ARC
1432. Pas de doyen du Chapitre : le personnage qui portait ce titre n'avait jamais résidé à Rouen. Sur trente chanoines que comprenait l'ancien chapitre de Rouen, treize avaient expié par la perte de leurs prébendes le crime d'être trop Français; neuf autres devaient se tenir à l'écart du procès de Jeanne. On allait, aussi, éloigner des fonctions d'assesseurs tous les curés rouennais l. Pour composer un tribunal et préparer un jugement, l'Angleterre disposait d'un metteur en œuvre fort expert, Cauchon, évêque de Beauvais2.
En 1420, durant le siège de Meaux par les Anglais, trois religieux qui défendaient la place étaient tombés entre leurs mains : on les avait envoyés, tout de suite, à Cauchon. Et Ju vénal des Ursins nous raconte :
« Il faisait diligence de les faire mourir et de les mettre, en attendant, en bien fortes et dures prisons, sans considérer quils n avaient en rien failli, car la défense leur était permise, de droit naturel, civil et canonique. Mais cet évêque disait qu'ils étaient criminels de lèse-majesté et qu'on les devait dégrader. »
Un magistrat d'Eglise qui met son astuce et sa juridiction au service de l'Angleterre, et qui poursuit avec un appareil canonique tout ce qui lèse la majesté anglaise : voilà Cauchon Ml
1. Beaurepaire. Recherches sur la condamnation de Jeanne d'Arc (Rouen, 1869). — Julien Loth. Semaine religieuse du diocèse de Rouen, 15, 22 et 29 mai
2. Voir Sarrazin. Pierre Cauchon, juge de Jeanne d'Arc (Paris, 1902).
3. Quant à la thèse de Siméon Luce d'après laquelle, dès le concile de Cons-
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fut, vingt-cinq ans durant, le grand agent politique de l'Angleterre. Lorsqu'un [425 et [433 l'Angleterre a besoin d'une influence pour amener le Parlement de Paris à enregistrer certaines ébauches de concordat entre elle et la papauté, elle emploie Cauchon. qui tait capituler le Parlement et qui gagne, a ce suc. les félicitations du pape Martin V . là lorsqu'en 1 (.28 elle recrute des commissaires pour lever en Champagne des subsides, l'un d'eux s'appelle Cauchon". Elle l'emploie comme diplomate, comme percepteur, comme juge; elle l'excuse, en 1432, de son absence au concile de Bâle. en informant le concile, officiellement, qu'il est retenu par ses fonctions de conseiller du roi .
En cette année 1430 où Jeanne allait devenir sa justiciable, les gens de Beauvais s'étaient, à l'approche de Jeanne, soulevés pour la France ; et Cauchon, fugitif de sa ville épiscopale, dévorait l'affront. « L'évéque est ennemi. » disait-on dans Beauvais ; et l'on détruisait ses jardins, on enlevait le plomb de ses gouttières, on saccageait ses vignes'. Cauchon, faisant la besogne du roi d'Angleterre avec l'espoir de quelque bel évéché, cherchera peut-être une revanche, aussi, pour ses mésaventures de Beauvais.
tance. Cauchon aurait scellé avec 1 ordre des Frères Prêcheur- une alliance qui devait aboutir à la condamnation de Jeanne, elle n"a pas résisté aux objections du P. Chapotin : La Guerre de Cent ans. Jeanne d' Arc et les Domin
i. Noël Valois. Histoire de la Pragmatiqu i lion de Bourges, p. x\ xxx. lui, et 58 (Paris, IQ07).