‹ Sainte Jeanne d'ArcChapitre 36 sur 53 · DU THÉOLOGIEN RICHE R · texte numérisé non relu

DU THÉOLOGIEN RICHE R

Deux dossiers pouvaient donner accès dans l'âme de Jeanne : le procès de condamnation, le procès de réhabilitation. Ils demeuraient manuscrits; la France les ignorait. Il y eut au début du seizième siècle un prêtre humaniste pour y jeter les yeux. Valerand de la Varenne, docteur en théologie de la Faculté de Paris, était réputé surtout pour fêter en beaux dithyrambes latins les victoires de Louis XII ou ses bonnes fortunes matrimoniales. Un jour, en quête d'un sujet, il s'en fut à l'abbaye parisienne de Saint-Victor, qui possédait depuis 1472 une copie des deux procès; il la feuilleta, et de ses lectures sortait, en 15 16, un long poème latin sur « les gestes de Jeanne, la vierge française, guerrière illustre. » Était-ce un acte de foi ? était-ce recette d'épopée?

Toutes les puissances du ciel, et spécialement la sainte Vierge et saint Charlemagne, s'intéressaient dans ce poème à la mission de la jeune fille. Elle avait les mains trop tachées de sang: ainsi l'exigeait, peut-être, la fougue des descriptions. Mais Valerand pensait probablement atténuer ces taches, en mettant sur les lèvres de Jeanne, au moment où déjà les flammes l'entouraient, une adjuration à l'Eternel, dans laquelle elle le prenait à témoin de son dégoût pour les boucheries '.

Les deux procès, à la fin du seizième siècle, trouvaient un autre lecteur, le magistrat Estienne Pasquier. « Grande pitié, s'écriaitil en 1596 dans ses Recherches de la France. Jamais personne ne secourut la France si à propos et plus heureusement que cette Pucelle, et jamais mémoire de femme ne fut plus déchirée. » Les historiographes qui, « pires que l'Anglais, étaient à Jeanne Thonneur, » recevaient de Pasquier la plus verte leçon : « Par un même moyen, déclarait-il, ils ôtent l'honneur à la France, quand nous appuyons le rétablissement de notre Etat sur une fille déshonorée. » Il affirmait, en face d'eux, que, « toute la vie et histoire de Jeanne fut un vrai mystère de Dieu \ »

Est-ce sous l'impression de ces chapitres dEstienne Pasquier, que Jacques Joli, régent au collège de Navarre, cherchant en 1608 un grand sujet pour faire pérorer les élèves, choisissait le procès

1. Valerandi Varanii. De gestis Joannae virginis Francae egregiae bellatricis, édit. Prarond. (Paris. 1889.)

2. Tout le chapitre de Pasquier {Recherches, livre VI, chapitres 4 et 5), a été reproduit au tome III de la revue Jehanne la Pucelle, 1912.

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de Jeanne d'Arc? Huit jeunes rhétoriciens nièrent, discu-

tant sur ses habits, et sur ses visions, et sur ses sortilège . et pour

rester fidèle à l'histoire, le président de cette séant 'aire con-

damna Jeanne au bûcher. Jacques Joli projetait une nde

joute, qui mettrait en reliet l'innocence de Jeanne: il ne semble pas qu'elle ait jamais eu lieu1.

A l'écart de ces jeux scolaires, un célèbre théologien gallican de l'époque, Edmond Richer, se courbait longuement sur les précieux manuscrits où Pasquier s'était éclaire. Que n'imprimaiton " cent ou cent vingt exemplaires de ce procès! « J'offrirais volontiers ma peine et mon travail, proposait Richer, pour revoir et conférer les copies et impressions sur les originaux. En attendant, il allait, d'après ces pièces, écrire la vie de Jeanne. Ouvrant la biographie latine que publiait en 1612 le chanoine Hordal, Richer n'y rencontrait qu'un bien maigre récit, avec une collection d'intéressantes citations, empruntées à toi;:, sortes d'auteurs : la Pucelle méritait mieux. Pour faire connaître à ma patrie, expliquait Richer, combien après Dieu elle est obligée à cette fille qui ne parlait que très bon français, j'ai mieux aime l'écrire en notre langue, afin que ceux qui n'entendent pas le latin, et même les femmes et le- filles, y puissent profiter et reconnaître les merveilles de Dieu envers le royaume de France. » Il voulait, aussi, que les < nations étrangères - profitassent, et comme elles ne pouvaient voir, sur le pont d'Or-

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