LA VICTOIRE DUX LABEUR ÈPISCOPAL JEAXXE D'ARC BIENHEUREUSE
En cette même année 1894, Monseigneur Touchet devenait évêque d'Orléans : ce fut lui qui concerta les suprêmes étapes. 11 dépensa dans cette besogne vingt-cinq ans de sa vie. « Vous rencontrerez des difficultés nombreuses, lui prédisait un jour le cardinal Parocchi ; mais ne vous découragez jamais : Jeanne, en casque et cuirasse, passera sous le porche de Saint-Pierre, et vous serez alors récompensé de tout. »
Le premier engagement que livra Monseigneur Touchet fut une rapide victoire. Il s'agissait d'établir qu'aucune intempérance de zélé, devançant le jugement de l'Église, n'avait, au cours des siècles, rendu à Jeanne un culte ecclésiastique et public. Sur le
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vu des enquêtes faites à Orléans, à Saint-Dié, Rome en 1896 admit avec Monseigneur Touchet que les dévots de Jeanne avaient toujours évité cette imprudence.
Preuve était faite, ainsi, de leur patiente réserve ; mais tout en même temps les lettres succédaient aux lettres, affirmant la foi du monde chrétien dans la sainteté de Jeanne. Léon XIII voyait s'accumuler les suppliques de six cent soixante-douze cardinaux, patriarches, archevêques, évêques, de huit abbés ayant juridiction, de soixante-trois chefs d'ordres, de huit recteurs d'universités ' : il concluait, de cette unanimité d'élan, que la réputation de sainteté de la Vénérable était définitivement établie. Pas besoin, dès lors, d'une nouvelle enquête. « Qui puis-je charger de veiller, ici, sur la cause de Jeanne ? » lui demandait Monseigneur Touchet. « Chargez-en le Pape, » répondait Léon XIII. Et confiant dans un tel veilleur, l'évêque d'Orléans rejoignait son Val de Loire, pour se remettre au labeur.
Le procès qu'alors il ouvrit fut consacré à l'étude détaillée des vertus de Jeanne et à l'examen des grâces ou miracles dont la piété populaire lui faisait honneur. On vit reparaître, à ce procès nouveau, le témoignage d'Henri Wallon. Puis d'autres historiens comparurent, M. Marius Sepet et M. Baguenault de Puchesse, M. l'abbé Debout et le P. Ayroles. Godefroid Kurth arriva de Liège; et de Londres accourut le P. Wyndham, his-
1. Mouchard. Les fêtes de la béatification de Jeanne d'Arc : Rome. Orléans, la France, p. 674-699. (Paris, 1910.) Nous devons beaucoup à ce précieux recueil de documents.
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torien anglais de Jeanne, et qui devait douzeans plus tard, dans
la chaire de Reims, célébrer sa béatification. En réponse à une question posée par Rome, Lcopold Delisle attesta, ainsi que M. Marins Sepet, que la publication des deux procès de Jeanne, faite par Quicherat, était dûment authentique et méritait créance.
D'autres séances se tenaient, d'un tout autre aspect. On y parlait de deux ulcères brusquement disparus, d'une ostéopériostite chronique tuberculeuse subitement guérie ; et des médecins discutaient.
Rome à son tour discuta. Avec le temps, la cause de Jeanne passait en d'autres mains. M. Captier, devenu supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice, avait obtenu que la besogne de postulateur fût confiée à la douce et fine ténacité d'un autre Sulpicien,M. Hertzog; le cardinal Parocchi, mort en janvier 1903, était remplacé, comme rapporteur, par le cardinal Ferrata ; et puis, au mois de juillet de cette même année, le vingtième siècle naissant, à qui Léon XIII avait révélé ce qu'était 1 Eglise, sentit le vide qu'il laissait.
Léon XIII était déjà malade à la date du 17 juillet 1903, où devait se tenir la « congrégation générale sur les vertus héroïques de Jeanne : » il regretta qu'il fallût l'ajourner. Il eût aimé, pour sa vie, ce coucher de soleil. Trois jours après, il mourait. La congrégation se tint en novembre : un décret de Pie X, le 6 janvier 1904, proclama que Jeanne avait « pratiqué à un degré héroïque les vertus théologales et cardinales. » La lecture du
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décret fut solennelle. Lia France, à celle date, était encore présente dans cette Rome papale dont notre vieux Montaigne avait dit : « Elle mérite qu'on l'aime, confédérée de si longtemps, et par tant de titres, à notre couronne. » M. Nisard, ambassadeur de la République Française auprès du Saint-Siège, était aux premiers rangs de l'assemblée, lorsque, le décret ayant été lu, l'évèque d'Orléans remercia le Pape pour le témoignage rendu à « la plus fameuse et la plus populaire des Vénérables, » et lorsque Pie X tira, de la vie même de Jeanne, certaines leçons pour la France.
11 n'y avait plus d'ambassade, à Rome, le 13 décembre 1908, quand un second décret pontifical fut lu, relatif aux « miracles obtenus par l'intercession de la Vénérable Jeanne d'Arc ; » mais la France, ce jour-là, eut une autre façon d'être présente. Sur trente-six Vénérables que Rome s'apprêtait à qualifier de bienheureux, trente-cinq étaient, soit des Français, soit des Chinois préparés au martyre par des missionnaires de France. Monseigneur Touchet commentait ce spectacle avec une admirable allégresse d'accent : il groupait autour de la gloire de Jeanne toutes ces autres gloires. Pie X répondait en proclamant la France « grande parmi les nations. »
Les faits se hâtaient : cardinaux et pape, en janvier 1909, déclaraient qu'on pouvait procéder en sécurité à la béatification de Jeanne, et le 18 avril 1909, dans Saint-Pierre de Rome, devant soixante-trois évêques de France, Jeanne fut proclamée bienheureuse, « dans des fêtes d'une splendeur toute romaine et d'un enthousiasme tout français. » Ainsi les caractérisait
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Monseigneur Touchet : après les avoir suscitées, il avait le droit de les définir.
Le soir même, dans une réception donnée par les postulateurs de la cause, deux évêques anglais se levaient, pour faireréparation au nom de l'Angleterre, et pour lire une lettre du futur cardinal Bournc sur la « revanche de Jeanne, « — sur cette revanche que les diocésains mêmes de Westminster se disposaient à souligner en faisant installer dans leur cathédrale une mosaïque représentant la Pucelle '.
Et le lendemain, au Vatican, lorsque l'éloquence de l'évéque d'Orléans eut présenté au Pape les pèlerins français, « papistes et romains, et vrais Français de France, » Pie X leur parla de la patrie,... «digne non seulement d'amour mais de prédilection. » Le geste suivit la parole : un drapeau français était là : le Pape se pencha vers ses plis, et y porta les lèvres. Quatre ans plus tôt, parmi les législateurs qui avaient séparé l'Eglise et l'Etat, un certain nombre avaient eu cette illusion, qu'il suffirait de leur propre vouloir pour décréter et pour obtenir que la société civile et la société religieuse s'ignorassent réciproquement : il semblait que, de nouveau, la mémoire de Jeanne les reliât entre elles ; et le chef de la société religieuse attestait, en ces journées consacrées à Jeanne, qu'il refusait, lui, d'ignorer la France. Il augurait
1. Au moment même où les solennités de béatification se déroulaient à Rome, larchevêque de Westminster faisait répandre dans son diocèse une plaquette sur la Pucelle, illustrée par les artistes catholiques de la Guilde de Bromsgrove. et dans laquelle on lisait que « ce qui fit l'apogée de sa grandeur, ce fut son martyre. » (Abbé Cristiani, La Croix, 24 juin 1920.)
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même, et bientôt, dans les fêtes qui pour Jeanne se célébraient à Reims, le cardinal Mercier augurait à son tour, que « l'avenir heureux de l'Église de France, garanti par Jeanne, n'était pas un beau rêve seulement, mais une réalité. » Les oraisons liturgiques que Rome faisait rédiger pour la fête de Jeanne, fixée au 30 mai dechaque année, imploraient de Dieu, et de Jeanne elle-même, cette réalité : l'Église, songeant soudainement à son grand péril, à la disette des vocations sacerdotales, suppliait Dieu, dans le troisième nocturne, de « visiter son peuple, pour qu'il ne fût jamais privé de l'Hostie et du Sacrifice ; » et puis, à la messe même, elle demandait à Dieu « victoire sur les embûches ennemies, paix inaltérable. »
Devant Notre-Dame de Reims, cathédrale du sacre, le grand sculpteur Paul Dubois avait, en 1896, fait chevaucher Jeanne; en 1909, c'est sous les voûtes mêmes de la basilique que soixante-dix châsses de saints, solennellement promenées, faisaient cortège à son étendard ; il semblait que les vieux saints de France, présents dans leurs reliquaires, voulussent l'introduire dans leur lignée, comme elle avait elle-même, sous ces mêmes voûtes, fait entrer Charles VII dans la lignée des rois1.
Cependant commençait de circuler, dans les archipels océaniens qu'évangélisaient les Maristes de France, une goélette qui
1. Voir, sur ces solennités, les éloquentes pages de Msr Landrieux, alors archiprêtre de Reims, dans la publication collective : Hommage de Vèpiscopat français à Jeanne d'Arc, concertée par M. Richardet.
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PAUL-DUBOIS. — Statue de Jeanne d'Arc inaugurée sur le parvis Notre-Dame, à Reims, le 15 juillet 1896.
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s'appelait goélette Jeanne d'Arc : c'était un archevêque anglais, le cardinal Moran, de Sidney, qui la bénissait. Après avoir, dès 1871, écrit en anglais une des premières vies populaires de Jeanne, il lui dédiait une église, dans son diocèse d'Australie. Jusqu'aux antipodes, l'Angleterre rendait hommage a Jeanne; la diffusion même du nom anglais profitait au nom de la Pucelle. Les panégyriques Orléanais de 1855 et 1869 aboutissaient à ces triomphes, les clairvoyants desseins de Dupanloup s'accomplissaient.
LA VICTOIRE D'UNE SOUFFRANCE ÉPISCOPALE JEANNE D'ARC, « SAINTE DE LA PATRIE »
Monseigneur Touchet désirait les mener à leur terme, et que, de bienheureuse, Jeanne devînt sainte. « Quand j'ai ouvert laprocédure, avait-il dit un jour à Léon XIII, je savais avec tout le monde que Jeanne avait été le plus beau des chevaliers, mais en était-elle le plus saint ? Je le sais maintenant. Que de fois les juges et moi, tandis que nous recueillions les dépositions, nous nous sommes regardés, disant : Se peut-il que Dieu ait créé une âme pareille ? Aussi quand Votre Sainteté béatifiera Jeanne, dès le lendemain, avec sa permission, je poursuivrai la canonisation. » Benê, avait répondu le Pape. L'évêque d'Orléans consi-
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dérait que ce simple mot traçait à jamais sa route. Il constatait d'ailleurs, à la fin de 1910, qu'il y avait déjà vingt mille statues de Jeanne dans les églises : la voix du peuple fidèle le pressait, elle le poussait.
Désormais, cependant, les initiatives humaines n'étaient plus de mise. Pour que la canonisation pût survenir, il fallait que des faits se produisissent qui pussent être considérés comme des « grâces merveilleuses obtenues par l'intercession de Jeanne. » Monseigneur Touchet, maintenant, ne disait plus à ses collègues de l'épiscopat : Parlez au Pape de la cause de Jeanne. Invoquant d'autres influences, il visait, au delà des grilles conventuelles, les foyers où la prière collective s'allume, et il recommandait la cause de Jeanne pour que, d'urgence, on en parlât à Dieu. Cela fait, il n'avait plus qu'à chômer, en attendant, en guettant.
Son chômage fut assez bref. On lui présenta, bientôt, un certain nombre de cas, pour lesquels on croyait pouvoir risquer la qualification de miracles. Il obtint de Rome, en février 19 10, la permission de les faire examiner. Il était homme prudent, d'ailleurs, — prudent comme la Pucelle, qui souriait, on s'en souvient, lorsqu'autour d'elle la ferveur populaire construisait avec trop de pétulance de trop merveilleuses histoires. Parmi les faits présentés, deux seulement furent retenus par le tribunal ecclésiastique d'Orléans : « la guérison instantanée et parfaite d'un mal plantaire perforant, la guérison instantanée et parfaite, » obtenue à Lourdes par l'invocation de Jeanne d'Arc, « d'une tuberculose péritonéale et pulmonaire et d'une lésion organique
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de l'orifice initial. »> Rome, en novembre 191 1, tut officiellement saisie de ces deux phénomènes.
Dans la poursuite des œuvres de longue haleine auxquelles un ouvrier s'attelle avec toute son âme, une période parfois survient où il les sert par sa souffrance : certaines pages de Monseigneur Touchet nous laissent pressentir qu'il traversa cette période-là \ Que les médecins convoqués par Rome épiloguassent longuement sur le diagnostic du mal plantaire, c'était leur droit et leur devoir. Mais l'autre fait, celui qui s'était déroulé à Lourdes, donnait lieu à des oppositions d'un autre ordre. L'esprit de suspicion, lorsqu'il dépasse certaines bornes, devient la caricature de l'esprit de vigilance : à l'égard de Monseigneur Touchet, ces bornes furent un instant dépassées. Des bruits circulèrent, d'après lesquels l'évêque d'Orléans, profitant d'un pèlerinage de Lourdes, aurait là-bas, par une sorte de machination, fait tourner à l'honneur de Jeanne la retentissante guérison de la malade tuberculeuse. En son âme loyale, ces attaques retentissaient comme une douloureuse offense.
Dans la Congrégation des Rites, la majorité des consulteurs les négligea : les conclusions de l'évêque d'Orléans furent acceptées. La parole était à Pie X. A quelques semaines de distance, durant lesquelles, pour Monseigneur Touchet, l'angoisse suprême précéda l'espérance sereine, on apprit que le Pape suspendait la cause et jugeait inutile d'écouter à nouveau l'évêque d'Orléans,
i. M.8r Touchet. La sainte de la Patrie, II, p. 548 552.
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et puis qu'impressionné par les propos d'un avocat, il ordonnait
de la reprendre... La mort surprit Pie X dans ce dernier élan. qui dans Orléans ramena la joie.
D'une main sûre, Benoît XV ouvrit tout le dossier. Silence aux bruits du dehors ! Le Pape, personnellement, allait entrer en contact avec les plus menus détails de la cause. « Qui sait ? disait-il dès décembre 191 4 à Monseigneur Touchet, Dieu me réserve peut-être de canoniser votre bienheureuse Jeanne d'Arc. » Il pacifia les palabres médicales en convoquant un nouvel avis ; il dissipa, par un examen personnelles bourrasques théologiques. Le 18 mars 191 9, dans une séance solennelle que Benoit XV lui-même présidait, il tut décidé que les deux « grâces » imputées à Jeanne par la curie épiscopale d'Orléans méritaient d'être retenues. Quinze jours plus tard, un décret du Pape confirmait cette décision : le 6 avril, en présence du pèlerinage français des veuves de la guerre, Benoît XV fit savoir que Rome pensait, des deux guérisons, ce qu'en pensait Orléans l. Monseigneur Touchet acclamait le Pape, et le Pape acclamait la France, en regrettant de n'être Français que par le cœur. Et le 6 juillet suivant Benoît XV prononçait, définitivement, qu'il pouvait être procédé en sécurité à la canonisation de Jeanne d'Arc. Dans tous les sanctuaires où Rome règne, dans les églises, dans les âmes,
1. Qu'un miracle demandé à Jeanne d'Arc se fût produit à Lourdes, expliquait en substance le Pape dans le discours du 6 avril, ce n'était nullement l'indice que Jeanne d'Arc y fût étrangère, mais simplement une preuve nouvelle que tous les miracles, même dus à l'intercession des saints, se produisent par l'intervention de Marie, médiatrice universelle de tous les bienfaits et de toutes les grâces. -Voir Glorieux. Etudes ecclésiastiques, mai 1919.)
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la libératrice d'Orléans allait désormais être honorée comme une sainte.
La sainte de la Patrie l : tel est le titre des deux volumes dans lesquels Monseigneur Touchet nous apporte la biographie psychologique de l'héroïne, et qui doivent à la personnalité de leur auteur une valeur unique. Ce narrateur des gestes de Jeanne commença par en être le juge, juge qui n'avait pas le droit d'être partial, et qui devait, dans le miroir de cette âme, épier les défauts; et chacun de ses jugements expirait en un acte d'hommage. Le juge de Jeanne, alors, devint le chevalier de Jeanne, devant toute l'opinion chrétienne, devant les consulteurs romains, devant trois Papes successifs. Pour la défendre mieux, il se familiarisait de plus en plus avec elle : c'est par elle-même qu'il se faisait aider, pour l'aider à son tour. Personne n'a, plus que lui, fouillé les incomparables volumes de Quicherat. Mais ce n'est pas seulement en érudit qu'il les connaît. Ayant longuement, comme juge d'Eglise, observé Jeanne, épié ses attitudes, scruté ses réponses, et pénétré, derrière la limpidité de sa conscience, les mystères augustes de sa vie intérieure, il affina dans cette besogne son expérience religieuse de Pâme de Jeanne, expérience d'un théologien habitué à regarder sub specie aeternitatis les efforts humains vers la sainteté. De là, l'originalité de cette œuvre, qui reconstitue sous nos yeux vingt-cinq ans d'intimité spirituelle, et qui nous fait discerner, avec plus d'autorité qu'aucune autre,
i. Paris. Lethielleux, 1920.
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comment L'Eglise regarde Jeanne et comment elle la voit, comment l'Eglise écoute Jeanne et comment elle l'interprète. La gloire religieuse de Jeanne, en même temps qu'elle trouvait dans Benoît XV son définiteur, a trouvé dans Monseigneur Touchet son exégéte. 11 convenait qu'Orléans, au terme d'un labeur plus de cinq fois séculaire, revendiquât comme un dernier honneur la tâche d'expliquer cette gloire : son évêque s'en est chargé, et l'a lumineusement remplie.
Rome, jusqu'aux jours d'hier, interrogeait Orléans pour mieux connaître Jeanne : à présent, dans la chaire de Sainte-Croix, des échos de Saint-Pierre de Rome se répercutent. « Rome parle, et ses sentences sont aussi de l'histoire, » écrivait en 191 1 M. Gabriel Hanotaux l. Les voilà désormais incorporées à l'histoire de Jeanne, telle que la retrace Monseigneur Touchet, comme un suprême élément d'appréciation, et comme la formule définitive de l'opinion publique chrétienne.