Textes complets dans Jehanne la Pucelle, III, p
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regard de Léon XIII, le « promoteur de la toi, » chargé de présenter les objections susceptibles de faire ajourner la cause, fouilla les procès Orléanais pour y trouver des points faibles, et sans miséricorde il les signalait ; mais cependant un mot de lui circulait, qui donnait espoir dans l'issue finale. « Dans cette noble cause, disait-il, je souhaite de vaincre, mais je désire plus encore être vaincu. » Et six ans durant, pour le vaincre, on vit se coaliser le cardinal rapporteur, et M. Captier, Sulpicien, postulateur de la cause, et les avocats.
Le cardinal Bilio, à qui certains en 1878 avaient songé pour la tiare, puis le cardinal Howard, — un Anglais — , enfin le cardinal Parocchi, furent tour à tour rapporteurs. Parocchi joignait la vaste et subtile culture d'un prélat de la Renaissance aux disciplines ascétiques d'un Charles Borromée : de notre littérature et de notre histoire française, rien ne lui était étranger. Il s'était épris de Jeanne, il devait un jour la présenter, dans une conférence de janvier 1895, comme ayant sauvé l'intégrité de la France et de l'Europe latine ; et jamais voix d'Eglise ne fut plus dure pour Cauchon, qu'il accusait de s'être « prêté complaisamment à jouer à la fois le rôle de Caïphe et celui de Judas \ » Pour élever Jeanne jusque sur les autels, les mains de ce cardinal étaient des mains expertes.
Vingt-deux archevêques, cent soixante-treize évêques, dix chapitres, sur tous les points de l'univers, se tournaient vers Rome,
1. Guillermin. Choix de panégyriques en Vhonnenr de Jeanne d\\rc< p. 293-309. (Paris, 1895.)
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mendiant pour Jeanne un peu de gloire. Deux de ces requérants s'appelaient Manning et Newman. Le vœu de Dlipanloup était exaucé; Freppej encore vivant pouvait se réjouir. L'Angleterre parlait, l'Angleterre insistait. Manning écrivait :
« Bien que descendant de ceux qui ont injustement condamné et cruellement fait mourir la Pucelle d* Orléans, je suis heureux. moi, indigne métropolitain d'Angleterre, de joindre mes instances à celles des évêques de France pour demander au Saint- Siège l'inscription de la servante de Dieu, Jeanne, au catalogue des saints. Je vois très clairement que Dieu a choisi cette pieuse fille et Va remplie de sagesse et de force pour délivrer la nation française de la domination des Anglais. »
Et Newman, de son côté, déclarait :
« Partout on admire le choix fait de cette humble fille par la divine Providence pour sauver la nation française. Je demande à Votre Sainteté de vouloir bien signer, pour le bien de la société, V intérêt de la religion, la consolation et la gloire de la France, l'introduction de cette cause1. »
Le 27 janvier 1894, sur l'ordre de Léon XIII, la congrégation des Rites tint une séance extraordinaire, sur laquelle, pour l'instant, le plus strict secret devait être gardé. Il y avait chez tous
1. Billecocq. Les Anglais et Jeanne d'Arc {Revue de V archiconfrèrie de Notre- Dame de Compassion, 1909'.
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les cardinaux, déclarait en sortant de la séance le cardinal Langénieux, « complète dilatation de l'âme. » Parocchi fit décider, d'acclamation, que le Pape serait prié d'introduire la cause; et ce jour-là même, de son nom de famille : Joachim Pecci, Léon XIII signait le décret. Jeanne était désormais vénérable. Trois mots du Pape témoignaient que ce n'était là qu'une station pour cette gloire en marche... « Jeanne est nôtre, disait-il, Johainui iiostra esf l. »
i. Cochard. La cause de Jeanne d'Arc. (Orléans, 1894.) — M^'Touchet. Du bûcher à l autel : lettre pastorale. (Orléans, T909.)