COMMENTAIRES D'ÉGLISE SUR LA DÉLIVRANCE D ORLÉANS
Jeanne donna, devant Orléans, le signe qu'elle avait promis : le 8 mai 1429, la ville fut délivrée. Gelu, dans son archevêché des Alpes, conclut tout de suite que cette « chétive bergère » était l'instrument de la sagesse divine, et que le dauphin devait l'écouter. Des interpellateurs surgissaient, demandant à Dieu pourquoi il se servait d'une femme, et non point d'un ange, et pourquoi, au lieu d'agir tout d'un coup, il agissait progressivement. Gelu remettait ces curieux à leur place, dans un traité latin qu'il dédiait à Charles VII. A ses yeux plus de doute possible : la justice de la cause du roi, la foi de ses prédécesseurs, toujours libérée de toute hérésie, les sanglots des opprimés, l'iniquité de la cause anglaise, la cruauté de la nation anglaise, expliquaient le geste de Dieu, qui, pour sauver la France, dépê-
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chait Jeanne. La carrière de cette Pucelle, observait Gelu, « est celle d'une guerrière, et cependant rien de cruel ; elle est miséricordieuse envers tous ceux qui ont recours au roi, envers les ennemis qui veulent rentrer dans leur pays. » Et l'archevêque d'Embrun, reprenant la vieille théorie canonique de la juste guerre, montrait comment les actes de Jeanne s'y conformaient. Donc Charles devait la suivre, ce qui ne voulait pas dire que pour le détail des opérations il ne dût pas consulter la prudence humaine ; mais « c'est le conseil de la Pucelle qui devait être demandé et cherché principalement1. »
De Lyon, une voix faisait écho, qui trente années durant avait enfiévré la chrétienté : c'était la voix de Gerson. Il mettait alors un intervalle entre ses joutes conciliaires et la mort, en étudiant le Cantique des Cantiques : dans ces versets d'amour il aimait à aimer Dieu, et rêvait d'être un jour interrompu, dans sa lecture, par une convocation du Maître, qui l'appellerait à venir achever là-haut la phrase ici-bas ébauchée. Mais lorsqu'il apprit à Lyon, six jours après l'événement, la prise d'Orléans, ce mystique qui déjà vivait entre ciel et terre redescendit sur terre ; et n'ayant plus que deux mois à vivre, il prit congé du Cantique qui parlait d'éternité, pour écrire sur la personnalité du jour, sur la Pucelle. Des sphères célestes où déjà planait sa pensée, ce vieillard, tout d'un coup, retombait dans l'actualité. Mais c'était
i. Le traité de Gelu est publié au t. III de la précieuse collection de Jules Quicherat. Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc. D'une façon générale, tous les textes ou détails pour lesquels nous jugeons inutiles des références, sont empruntés à ce recueil.
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pour conclure : « Cela a été fait par le Seigneur : il est piei
salutaire, dans Tordre de la toi et de la bonne dévotion, de se déclarer pour cette Pucelle. » Il la justifiait contre ceux que vêtements d'homme taisaient grimacer, et il redisait : a Voilà l'éclatante, la prodigieuse inauguration d'une aide divine. - jusqu'où irait cette aide ? Gerson détaillait les avertissement i d'ordre religieux et politique apportes a la France par la Pucelle : il fallait que la France les suivît, de peur que « l'ingratitude, les blasphèmes ou quelque autre cause n'arrêtassent le cours des bienfaits divins. » L'approbation théologique dont Gerson sanctionnait la mission de Jeanne se complétait ainsi par une sorte de leçon morale adressée au roi et à son peuple : il les engageait l'un et l'autre à écouter cette messagère de Dieu1.
Hors de France, aussi, les hauts faits de Jeanne occupèrent tout de suite la science d'Église. Était-ce une envoyée divine ? ou bien une fausse prophétesse ? Un jeune universitaire de Cologne, qui devait plus tard se faire un nom, Henri de Gorkum, entendait soutenir les deux thèses ; il alignait, de part et d'autre, les arguments qu'elles alléguaient. Modeste encore, il prétendait ne rien décider et voulait uniquement « provoquer de plus doctes à une intelligence plus approfondie de la matière. » On sentait cependant qu'il inclinait à penser que Dieu était là \
Les populations rhénanes, très excitées, obsédaient les prêtres, pour savoir ce qu'était cette Jeanne, qui prédisait l'avenir.
1. Dom J.-B. Monnoyeur. Traité de Jean Gerson sur îj Pucelle Paris. 1910).