Ayroles. La vraie Jeanne d'Arc, I, p
2. Léopold Delisle. Nouveau témoignage relatif à la mission de Jeanne d'Arc Bibliothèque de V École des Chartes, XLVI, 1885, p. 649-668).
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ajoutait un post-scriptum sur « un événement grave et considérable, et inouï, qui n'avait pas eu son pareil depuis l'origine du monde : » la délivrance d'Orléans par une Pucelle, qui égalait
ou même dépassait Debora, Judith et Penthésilée, et qui accomplissait « des actes plus divins qu'humains. » Silence aux jaloux qui parlaient ici de superstitions, de sortilèges ! Notre clerc savait la différence entre les « miracles opérés par les bons » et les « prodiges dus au Malin. » Cette Jeanne était vertueuse, pieuse ; et puis « elle combat, continuait-il, pour une cause utile et juste, puisque c'est pour pacifier le royaume de France, ce qui entraînera le relèvement de la foi, qui, à en juger par l'expérience des siècles passés, n'aurait pas tant souffert si la France n'avait pas été entraînée dans un tourbillon de guerres désastreuses. »
Cette âme de prêtre émigré, qui sur les bords du Tibre avait tremblé pour la France, se blottissait dans une double certitude : il savait que Dieu, pour régner dans le monde, avait besoin de la France, et que la France, pour cesser d'être esclave, avait besoin de Dieu : Jeanne lui apparaissait, au loin, comme la servante providentielle de ces deux nécessités. 11 s'engageait dans un curieux récit, où l'on voyait Jeanne demander à Charles VII son royaume, se le faire attribuer, solennellement, devant quatre notaires, et puis, ces mêmes notaires étant présents, donner le royaume à Dieu, et finalement, agissant au nom de Dieu, en réinvestir Charles VII. Ce clerc écrivait, semble-t-il, avant le sacre de Reims ; mais il savait, évidemment, les propos qu'à
ao SAINTE JEANNE D'ARC
Chinon la Pucelle avait tenus au roi. Il semblait qu'à la faveur de cet apologue il mit en relief, sous une forme dramatique, la portée que Jeanne attachait au sacre et la réinvestiture que Dieu lui-même, en conclusion des victoires de Jeanne, allait consentir à la dynastie capétienne1. A l'arrière des notaires qui tour à tour enregistraient ces étranges translations de propriété du royaume de France, son imagination, soyons-en sûrs, entrevoyait d'autres témoins, un Hincmar, un saint Rémi, artisans de la gloire de Reims — gloire unique, où s'étaient peu à peu mêlés, comme au principe la conséquence se mêle, le souvenir du baptême de la France et le souvenir des sacres royaux, renouveau périodique du vœu baptismal.
i. Voir Marius Sepet. Jeanne d'Arc, p. 292-293 (Tours, 1896).