LA PIETÉ POPULAIRE DEVANT LA LIBÉRATRICE D'ORLÉANS
Le 5 mai 1430, le chanoine angevin Jean Boucher, guéri par sainte Catherine d'une maladie importune, allait la remercier dans son église de Fierbois, où Jeanne naguère avait envoyé chercher une épée ; et Jean Boucher notait, dans les archives mêmes du sanctuaire : « Dans la présente chapelle, j'ai célébré la messe à haute voix, priant pour le roi, pour la Pucelle digne de Dieu (Puella Dco dignti)' . » Les foules chrétiennes, en France, pensaient comme ce chanoine : derrière la Pucelle, elles voyaient Dieu.
A son sujet, des légendes se formaient : on les sent éclore, dès le 21 juin 1429, dans une lettre écrite au duc de Milan, Philippe- Marie Yisconti, par le sénéchal de Berri, Perceval de Boulain-
1. Les Miracles de Madame Sainte-Katherine de Fierboys en Touraine, édit. Bourassé, p. 52-53 (Tours, 1858). — Abbé Fourault. Sainte Catherine de Fierbois ^Tours, i88;\
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villiers. Ces légendes disaient que dans la nuit d'Epiphanie où Jeanne était née, tous les habitants de Domrémy s'étaient sentis transportés d'une joie inconcevable, et que, deux heures durant, les coqs avaient chanté1.
« Pucelle ordonnée de Dieu en qui le Saint-Esprit versa sa grâce : » ainsi parlait Christine de Pisan, la grande féministe du moyen âge, toute joyeuse de célébrer l'honneur fait à son sexe par Jeanne d'Arc ; et s'adressant aux Anglais, Christine leur disait : « Gent aveugle, voulez-vous combattre contre Dieu ? » La Pucelle « ne semble pas venir de la terre, mais être descendue du ciel, » reprenait Alain Chartier, secrétaire du roi. Une ballade populaire retrouvée à Valence signifiait aux Anglais que leur bannière était renversée
Par le vouloir du roy Jésus Et Jeanne la douce pucelle, De quoi vous êtes confondus, Dont c est pour vous dure novelle1.
Et les populations toulousaines invectivaient contre ces messieurs du Capitole, coupables de n'avoir pas envoyé vers le roi « pour savoir les miracles et les faveurs nouvelles qui se
i. Marius Sepet, Bibliothèque de V Ecole des Chartes, LXXVII, 1916, p. 439- 447. Sur le souci que montre Perceval de donner, d'après les récits évangéliques eux-mêmes, une interprétation mystique de la naissance et de la vocation de Jeanne, voir les très pénétrantes réflexions du P. Petitot, Revue pratique d'apologétique, 15 mai 1920, p. 153-160.