CARACTERISTIQUE ET PATRONAGES
Vénérée dès la plus haute antiquité, sainte Lucie a été l'inspiratrice féconde d'un grand nombre d'artistes. Les scènes notables de sa vie, ainsi que son martyre, ont été maintes fois représentées. Lorsque la sainte est figurée seule, le peintre ou le sculpteur nous la montre parfois tenant la palme, symbole de sa mort pour la foi chrétienne, ou portant au cou la marque de larme qui lui enleva la vie. Mais, le plus souvent, nous la verrons tenant un plateau sur lequel deux yeux sont posés, plus rarement dans sa main se dresse une brochette où sont enfilés les yeux. Pourquoi cette étrange caractéristique ? C'est que notre sainte est la grande guérisseuse des ophtalmies de tout genre. On a cru qu il pouvait s être produit une confusion avec une autre sainte Lucie, d'Alexandrie ou de Bologne, qui, ayant fait vœu de chasteté, s'arracha les yeux et les jeta aux pieds d'un jeune homme que la beauté et la douceur de son regard avaient séduit. D'autres ont pensé que le nom même de la sainte lui avait attiré ce privilège. Lucie, c'est Lux. la Lumière, et, par assimilation, celle qui rend la lumière à ceux qui en sont privés. Celte raison est sans doute la véritable. Nul n'ignore, en effet, le rôle qu'a joué chez nos ancêtres le nom même du saint pour le choix d'un patron Si saint Vincent est aujourd'hui encore l'objet d'un culte particulier chez les vignerons, c'est que la première syllabe de son nom évoque l'image de la liqueur que les grappes, à l'automne, répandront sous le pressoir.
Quoi qu il en soit, sainte Lucie est la patronne incontestée de tous ceux qui souffrent des yeux. En Allemagne, nous -la trouverons protectrice des tisserands parce que, pense- t-on, elle aurait supplanté la vieille déesse germanique Berchta. la brillante et la filandière. En France, ce sont les laboureurs qui 1 invoquent. On croj^ait jadis que ce patronage lui était échu en raison de la date de sa fête, le 13 décembre. C'est l'un des jours les plus courts de Tannée sans doute, mais c'est aussi le moment où les jours, dans la soirée, vont commencer à croître, première lueur d'espoir, vision bien lointaine encore des longues journées ensoleillées et des moissons et des vendanges.
« A la saincte Luce Le jour croist du sault d'une puce, » dit un vieux proverbe du xv9 siècle.
Il est vraisemblable que la cause de ce patronage est tout autre. Assez fréquemment, des peintres ont représenté sainte Lucie tirée par des bœufs attelés deux à deux comme pour le labourage. Cela a suffit sans doule pour attirer les prières des agriculteurs vers la glorieuse vierge de Syracuse. H. M.