‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 107 sur 142 · BEVEGNATI, C. XI, P · texte numérisé non relu

BEVEGNATI, C. XI, P

ments, paroles et visions. Ces pages émues et sincères dessinent une grande figure, mélange de douceur et d’austérité, où se rencontrent et s'harmonisent tous les contrastes, l’ardeur de la vie active avec le calme de la vie contemplative, l’abnégation qui s’oublie avec la générosité qui se donne, les notes plaintives du repentir(et quel repentir !) avec les chants du pur amour. Loin de nous heurter, ces contrastes nous plaisent ; ils répondent à un sentiment intime de notre nature. Est-ce qu'après un violent orage le soleil ne nous paraît pas plus radieux ? Est-ce qu'après une rafale qui a soulevé les abîmes de l'Océan, les vagues se jouant mollement surles sables de la grève n'offrent pas à nos yeux un spectacle plus riant? Ainsi en est-il de la fille de Tancrède. Après les désordres de Montepulciano, si noblement réparés, son visage revêt un charme de plus. Sous les larmes qui voilent le feu de son regard, nous découvrons une beauté nouvelle, celle de l'innocence recouvrée. Cette beauté rend l'héroïne plus aimable à nos yeux, parce qu'elle la rend plus imitable, et par là même elle nous touche plus que celle de l’innocence conservée ; et dans cette femme enpleurs, vaincue par la grâce et victorieuse d'elle-même, nous saluons avec bonheur la plus suave image, après la pécheresse de l'Évangile, de l'amour pénitent.

Cet aperçu sur la vertuprédominante de Marguerite nous permet d’assigner sa place dans la phalange des saints. Parmi les myriades d'élus,

en effet, qui peuplent Le paradis, il n'yaau fond que deux sortes d'âmes : les âmes pures, les Marthe, les Agnès, les Cécile, colombes aux blanches ailes ou victimes empourprées dans leur sang, dont le souffle du mal n'a pas terni la virginale beauté ; et celles qui, ayant péché, se sont retremipées dans les larmes de læ pénitenceet y ontreconquis une justice etune beauté nouvelles. C'est à cette seconde elasse qu'appartientnotreBiermheureuse, mais avec certaines prérogatives qui kui sont personnelles. Quoique pénitente, elle est dela famille de ces âmes séraphiques qui, comme les sainte Marke-Madeline, les saint François d'Assise, les sainte Thérèse, sont couronnées de plus de gloire, parce qu'elles se tienment plus-près. de Dieu par l'amour. N'est-ce pas dans ce sens qu'il faut entendre le vision où, vers.la fin de sa vie, l’Époux immortel lui laisse entrevoir le trône étincelant de pierreries qu'elle doitocauper dans le chœur des Séraphins!{r) ? Quoïrqu'elle:sert du nombre: des. âmes pénitentes, il l'appelle le his des champs. (2) ; il lui annonce qu'elle siégera à côté de Marie-Madeleine et de sainte Cathe rine d'Alexandrie, et qu'elle jouira du privilège des vierges, de suivre l'Agneau partout où il va (3). Promesses et privilèges qui confondent

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