SES DERNIERS INSTANTS ET SA MORT
Vers la fin de l’année 1206, le P. Bevegnati, que le Chapitre provincial de 1290 avait envoyé à Sienne, revint à Cortone, ainsi que Marguerite le lui avait prédit. Dieu ménageait cette joie à lun et à l’autre: — au Franciscain, afin qu'il pt soutenir dans la lutte suprême celle dont ilavait protégé les premiers pas dans la voie du retour, se convaincre par ses propres yeux qu'il ne s'était pas trompé dans la direction qu'il lui avait imprimée, et laisser à l'histoire un témoignage d’une valeur irrécusable ; — à la Sainte, afin qu'elle reçût les encouragements et les consolations dont a besoin toute âme à l’heure décisive d’où dépend une éternité.
Percluse de rhumatismes, atteinte de cruelles névralgies, consumée par la fièvre, la pauvre recluse était visiblement sur son déclin ; mais, à l'inverse de l’astre du jour, qui embrase l’horizon de ses feux mourants et semble ne quitter - qu’à regret notre hémisphère, elle avait hâte d'achever sa carrière : elle désirait mourir. Non par appréhension des souffrances, elle qui répétait sans relâche : « Je suis prête, Seigneur, à souffrir les tribulations les plus cruelles pour l'honneur de votre nom. La douceur de votre
amour me rend tout facile à supporter. » Non, elle obéissait à des sentiments meilleurs : la crainte de perdre son Dieu par le péché, et pardessus tout une- sainte impatience de jouir de sa présence et de ses promesses. Ces sentiments se retrouvent chez tous les saints. L'Époux céleste les appelle en les blessant, et 1l leur fait, en:lès appelant; une dé ces inguérissables .blèssures qui laisse au :cœur l'âmour non satisfait: Seukément, chez la voyante de Cortone; la paie était plus profonde, parce qu'élle aimaat davantage. Aussi quels.irrésistibles élans vers Dieu I Quels: soupirs:-enflammés vers cette Jérusalem céleste dont elle avait'entrevu:les:splendeurs! Debout surilà grève, l'exilé cherche du regard, pardelk l’immensité dès mers,lé patrieabsente: H'interroge le mâtiqur:se diesse à l'horizon, lé nuage qui passe, la vague gémissante qui viermt expirer à ses -pieds:; et'se sentant toujours seul, toujours:loim des rivages où il a laissé tout ce qu'il adore, il se consume dé cette tristesse dévorante qui-s'appelle lé maldu pays. La Bienheureuse soufffait de ce mal: elle avaït.la nostalgie du ciel: Que dé: fôis:-ne dut-elle pas; pour tromper l8 longueur de l'attente, emprunter aux Juifs emmenés: en captivité à. Bäb'yione ces accents imimitables qui égalent:la plainte à la douleurt « Nous nous sommes assis-aux bords du fleuve dé Babylone, nous avons: suspendu nos-harpes aux saulés;et nous avons pleuré, au seul souvenir dé: Sion; et'lorsque: nos: vaine queurs nous ontinvités à chanter lés cantiques