Ibid., C. IV, P
puissance de l'éducation première ! Les croyances qu'elle avait reçues des lèvres de sa mère et qu'avaient complétées les lèvres infaillibles de l'Eglise, n'avaient pu être étouffées sous la cendre des passions. Jamais elle ne connut cette suprême dégradation d'unegénération sans Dieu qui professe le mépris de la vertu et le cynisme dans la débauche. Tout au contraire, elle avait conscience de sa chute. Elle regrettait les jours où, près de ses parents, elle était malheureuse, mais pure, et puisant largement dans son aumônière, elle versait l'or dans la main des indigents pour racheter le scandale d’une situation irrégulière et coupable. Parfois, lorsqu'elle était saluée par les nobles ou par les manants, elle déclarait en rougissant qu'une pécheresse comme elle ne méritait pas ces marques de respect. Se trouvait-elle seule dans quelque lieu solitaire, elle en profitait pour donner un libre cours à ses larmes, en même temps qu'à ses désirs de conversion. « Oh! s’écriait-elle, qu'il ferait bon prier ici! Qu'on y chanterait bien les louanges du Créateur ! Qu'on y ferait bien pénitence ! (1). » |
Chose étrange ! elle allait jusqu’à prédire son retour à Dieu. « Prenez patience,répondait-elle à des amies qui la plaisantaient sur l'élégance de sa mise et son goût pour la parure. Il viendra un temps où vous m'appellerez une sainteet où vous viendrez, le bourdon à la main, visiter
1 BEVEGNATI, C. 1, p. 2.
mon tombeau (1).» Elle parlait ainsi sous le soufle d’une inspiration prophétique dont elle ne comprenait pas toute la portée.
Mais ni le désenchantement, ni le remords, ni même les illuminations d'en haut ne suffisent à réformer les habitudes de l'homme. Il faut autre chose: il faut l’acquiescement spontané, total, de la volonté aux douces et pressantes sollicitations de la grâce, et cette adhésion faisait défaut en Marguerite. Tout en aspirant à sortir de la fange, elle y restait plongée. Peutêtre aurait-elle persévéré longtemps encore dans cet état de désordre, si Dieu, qui voulait faire éclater dans une créature abusée plutôt que vicieuse les richesses de son infinie miséricorde, n'eût pris soin de rompre par un coup terrible la chaîne de fer qui la rivait au meurtrier de son âme.