‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 15 sur 142 · Act. canoniz. — Cf. BEVEGNATI, C. 1, p · texte numérisé non relu

Act. canoniz. — Cf. BEVEGNATI, C. 1, p

Sainte, tenta le passage sur une barque qu'il voulut conduire lui-même, et faillit payer de sa vie son imprudence. La frêle embarcation heurta contre un écueil; les deux fugitifs furent précipités dans ces eaux marécageuses, et ils y auraient infailliblement péri sans une assistance spéciale du Très-Haut ; ils échappèrent au naufrage, passèrent le reste de la nuit sous le toit hospitalier d’un paysan et atteignirent sains et saufs, le lendemain, les remparts de Montepulciano (1). »

Cette ville, une des principales du val de la Chiana, après s'être érigée en République au commencement du xtr1° siècle, comme toutes les cités de l'Italie, avait perdu son indépendance à la suite du combat de Monteaperto (1260), etles Gibelins de Sienne, victorieux, lui avaient imposé un podestat de leur choix. Mais à quel parti appartenait le gentilhomme dont nous venons de parler ? Etait-il Guelfe ou Gibelin ? Quel était son nom? Comment et à quel titre sa famille accepta-t-elle l’étrangère qu'il amenait au château seigneurial? Les parents de Marguerite essayèrent-ils d’arracher leur fille au déshonneur et à la débauche ? Autant de questions palpitantes d'intérêt, auxquelles, malheureusement, nous ne pouvons répondre que par des

1. Vie de sainte Marguerite, par Nicolas BARBIERI, Pérouse, 1671. — Ce récit de Barbieri n’a rien d’invraisemblable ; il explique une parole de Notre-Seigneur à Marguerite convertie: « Recordare transitus quem fecisti de nocte per aquam, ubi te hostis antiquus... suffo- Casset, » (BEVEGNATI, C. 1, p. 2.)

conjectures plus ou moins probables. Les ancrens chroniqueursont volontarement, croyonsous, jeté un voile impénétrable sur la pécheresse de Montepulciano, non par dédain pour le nom du ravisseur ni par mépris pour la vérité historique, mais de peur de diffamer une famille qu devait avoir des parents et des alliés dans Paristocratie cortonaise. Ils ont obéi au même sentiment de délicatesse qui poussera notre héroïne à faire retomber sur elle-même tout le poids de la culpabilité et à défendre qu'on prononce devant elle le nom du séducteur.

Les traditions locales n’ont qu'insuffisamment suppléé à leur silence. Elles assignent, il est vrai, au gentHhomme qui entraîna Marguerite dans le désordre, le nom d’Arsène Contucci, et l’on ne manque pas de montrer aux étrangers, sur la place du Dôme, en face de l'hôtel de ville, le palais qu'il habitait. Maïs ces traditions ne paraissent pas remonter au delà du xv* siècle, époque où fut bâti ce palais, et peutêtre ont-elles leur origine dans la prise de possession de cette demeure princière par la famille Contucci. Nous avons, en effet, sous les yeux, des documents qui tendent à démontrer qu'au commencement du xin‘siècle, la terre de Valiano et les Palazzi appartenaient à Guillaume del Pecora, chevalier de Rhodes et Guelfe ardent, et que son fils fut le ravisseur de Marguerite (1).

‘ 1. Consulter Mgr Liverani, qui, dans ses Dissertations sur sainte Marguerite, s'appuie sur les archives de Sienne. — Cf. Ripetti, qui écrit dans son Dictionnaire

Nous nous rattachons à cette opinion, sans vouloir trancher une question qui restera peutêtre longtemps «encore indécise.

Ce qui est hors de doute, c'est que le chevaler faillit à:ses engagements et que Marguerite, victime des embûches journellement tendues sous ses pas, céda plus de force que degré à ses imstantes et criminelles sollicitations. Elle vécut neuf ans de la sorte (1264-1273), partagée entre la conscience et la passion au milieu de désordres qu’on ne saurait trop réprouver (1).

Ce fut un jour néfaste que celui où cette pauvre fille des champs, ne sachant pas se mettre en garde contre les mensonges de la passion, préféra le plaisir au devoir, la beauté périssable à l'éternelle beauté. A l'instant où, se repliant sur elle-même, elle fut obligée de s’avouer qu'elle

historique et géographique de la Toscane, à l'article Valiano : « Guillaume del Pecora, seigneur de Montepulciano, qui vivait au commencement du xu11° siècle, avait de vastes possessions dans le comté de Valiano. »

I. BEVEGNATI, c. 1, p. 2: « Novem annis, te nolente, tuæ puritati et honestati paravit insidias incessanter. » — Relevons, à ce propos, deux graves allégations tombées de la plume de Wadding (Annales Fr. M., t. V, p. 20): « Hæc prius... vagis thoris.assueta, etsi proprium habuerit virum (alii amicum volunt) multorum post se corda trahebat. » Le savant annaliste s'est donné le tort, ici, de suivre des auteurs de seconde main, au lieu de remonter aux sources. Autrement, il se serait aperçu que l’imputation et le doute qu’il émet sont en contradiction manifeste avec le texte de Bevegnati. Celui-ci affirme, en effet : 1° que Marguerite, loin d’être une cour-

. tisane éhontée, céda à la violence d’'embüûüches journelle- . ment tendues sous 8es pas ; et 2° que le mariage n'eut pas lieu. |

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était un cœur déchu, le bonheur s'évanouit pour elle. En vain les salles du château crénelé lui offraient-elles, au lieu de la pauvreté de sa chaumière, le luxe de l’opulence, les soins de serviteurs empressés et les enivrantes séductions des sens. En vain murmurait-on sur son passage les éloges les plus flatteurs, lorsque montée sur son palefroi, admirable de grâce sous le costume alors à la mode parmi les dames italiennes, chevelure flottante, collier de perles, robe de soie aux longs plis avec l’aumônière attachée à la ceinture, elle chevauchait à travers les rues de Montepulciano (1). En vain, dansles fêtes et les tournois, les seigneurs lui prodiguaient-ils leurs adulations, de ces adulations qui pervertissent quelquefois les meilleurs esprits. Au milieu de ces jouissances de l'esprit et des yeux, elle n’était pas heureuse : partout ke cri de sa conscience rendait témoignage contre elle. La vue d'un lis lui rappelait les taches de son âme; le sourire des passants lui semblait un reproche ; le souvenir de sa mère éveillait dans son esprit de cruels remords. Son âme poussait alors des plaintes lamentables comme celles de l'Océan, et son cœur avait des déchirements de feu comme ceux de l'éclair dans la nue. Aussi dira-t-elle après sa conversion :

« À Montepulciano, j'ai perdu l'honneur, la dignité, la paix; j'ai tout perdu, sauf la foi (2).»

Tout, excepté la foi! Grand exemple de la

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