‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 18 sur 142 · À un mille environ de Pozzualo · texte numérisé non relu

À un mille environ de Pozzualo

taches de sang qui le souillent, le visage du gentilhomme poignardé. Le spectacle qu'elle a sous les yeux, cette bouche livide, cette face meurtrie, ce corps lacéré et tombant en pourriture, cet horrible spectacle la bouleverse et l'éclaire à la fois. Elle maudit la cruauté des meurtriers, mais elle pense surtout à l’âme de son complice, à la rigueur du châtiment dont elle est peut-être la cause, au néant de la vie, aux justes jugements de Dieu. Toute la foi de son enfance se réveille en ce moment; et devant ce cadavre, sous le poids d’une douleur centuplée par le remords, elle prend la résolution d'expier ses désordres. Elle remonte pour un instant à Montepulciano, abandonne ses atours et ses trésors aux parents du défunt, et, vêtue d'habits de deuil simples et grossiers, le visage défait, le cœur brisé, elle se dirige en hâte vers le pays natal (1).

Marguerite avait alors vingt-six ans; elle en avait passé neuf hors de Laviano. Elle y rentrait pauvre comme elle en était partie, mais avec une de ces flétrissures qui changent de fond en combleune existence. Tout ce qui séduit une jeune fille, les souvenirs d'enfance, tout ce qui enivre une femme, la maternité et l'amour, n’était pour elle qu’un sujet de remords et de confusion. Comment affronter le regard de ses anciennes compagnes, de ses amis, de ses parents ?.… Elle savait que le monde ne pardonne

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