‹ Sainte Marguerite de Cortone. Quatrième éditionChapitre 6 sur 142 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les saints ne sont pas seulement la fleur de l’humanité régénérée, guérie, déifiée par l'application des mérites du Verbe incarné; ils forment aussi la plus éloquente apologie de la religion qui les enfante. Chacun d'eux a sa physionomie particulière ; mais chez tous, l'âme, qui se laisse entrevoir à travers les œuvres, revêt une beauté idéale à laquelle l’homme, avec ses seules forces, ne saurait atteindre. Chez tous on découvre des actions héroîques qui publient la gloire du Dieu rédempteur, dont ils sont le chef-d'œuvre, comme les étoiles du firmament publient celles du Dieu créateur, devant qui elles luisent incessamment. Écrire la vie du saint, c’est donc affirmer l'existence du surnaturel; c'est chanter un hymne au Christ triomphateur de la mort et de l'enfer. Telle est la pensée première qui a inspiré nos travaux sur saint François d'Assise, et peut-être est-ce à elle que nous devons un succès qui avait la valeur d’une protestation dans un siècle où, chaque jour, la divinité du Christ est l’objet des plus horribles blasphèmes. C’est encore la même pensée qui a présidé à nos recherches sur une autre existence plus modeste, plus cachée, mais où éclate la miséricorde du Très-Haut.

Parmi tant d’astres lumineux, en effet, qui brillent au firmament de l'Eglise, un des plus resplen-

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dissants, des moins connus, des plus dignes de l'être, c'est la grande pénitente de la Toscane, sainte Marguerite de Cortone. Tout nous attirait vers elle : notre reconnaissance pour des grâces signalées, dues à son intercession, notre désir de propager son culle en France, où, en dehors des cloîtres franciscains, son nom est à peine prononcé; enfin l'espérance de ramener aux pieds du Christ et par là même à la tumière, à la vie, une société qui se meurt pour s’en étre éloignée. Société plus coupable encore qu'elle n'est malheureuse, et qu'il faut, pour œinai dire, sauver malgré elle, en lui faisant aimer la vertu. Comment, dès lors, résiater à la tentation de lui présenter un exemple .s1 touchant de pénitence et de conversion ?

Toutefois, dès Le début de notre entreprise, deux sortes de difficultés se dressaient devant nows. La première provenaîit du fond même du sujet et des matières délicates qui s'imposaient à notre plume. Nous avons tout redit, sans atténuation, sans déguisement, les égarements de La nécheresse ausm bien que des priviläges de l’extatique. Qu'on ne nous le reproche pas ; car ce n'est qu'à ceite condition, selon nous, ou plutôt selon les desseins de Dieu (1),que laconversion de Marguerite peut devenir une leçon féconde, une lumière, une force, pour les ‘mes qui, comme elle, ont eu le malheur de céder aux entraînements du monde.

Nous rencontrions «ensuite run autre obstacle dans la méthode suivie par le P. Bevegnati, premier biograghe de la Sainte. Et en effet, son livre,

1. « Filia, ego te feci lucem in tenebris per exemplum, te lapsorum manum, desperatorum fiduciam, deviantium viam et vitam morientium. » (BEVEGNATI, C. X1, T1.)

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