Ibid., c. v, pp. 2 et
se cache à son enfant, pour aiguillonner encore davantage l’activité de ses désirs.
Pour concevoir l'étendue de la douleur de Marguerite, il faudrait aimer comme elle, et comme elle avoir entrevu, non plus dans les obscurités de la foi, mais dans les irradiations de l’extase, cette Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle qui illumine le ciel de ses splendeurs. Ces mystères nous dépassent, ne cherchons point à les approfondir. Disons seulement que la pauvre recluse soutint avec courage ce martyre mystique, le plus douloureux de tous, et qu’elle en sortit, comme saint Jean était sorti de sa chandière d’huile bouillante, plus alerte et plus vigoureuse qu'auparavant.
Quelle fut la durée de ce martyre? Nous ne pouvons pas l'indiquer d'une manière précise ; mais la suite des événements nous incline à croire que l'épreuve se fit sentir toute une année, du 1° mai 1288 au mois d'avril 1289. Enfin, vint l'heure où Celui qui avait fait la blessure et seul pouvait la fermer, jugea à propos de répandre un peu de baume sur la plaie et de manifester sa présence. Au seul son de sa voix, Marguerite, tressaillant d’allégresse, hors d’ellemême, s'élança au-devant de lui avec l’impétuosité de la flamme retenue longtemps captive.
«Seigneur, lui dit-elle, en se plaignant amoureusement de son absence, pourquoi m'avez-vous si longtemps délaissée? — Je ne t'ai point délaissée, répondit-il; je me tiens toujours près de toi. Mais tu voudrais toujours te nourrir du lait
des consolations sensibles, et il faut qu'étant la fille de mon Cœur, tu sois abreuvée de fiel avec moi. Sache donc que ta constance dans la sécheresse et la désolation intérieure m'honore davantage et t'est plus profitable, parce qu'alors tu me sers, non selon ton goût, mais selon le mien. La terre est le lieu des combats, et je ne veux pas que tu y goûtes les délices du paradis. — Ah! Seigneur, où vous êtes, là est le paradis », répliqua-t-elle aussitôt (1).
Sublime réponse, tout illuminée des clartés de l'Evangile, et que rediront avec Marguerite toutes les âmes qui cherchent Dieu et l’aiment sincèrement! Accomplir sa sainte volonté fait tout leur bonheur, et qu'elles soient sur le Thabor ou sur le Calvaire, dans les jubilations de l'extase ou dans les angoisses du délaissement, elles se plaisent à répéter ce cri de la recluse de Cortone : « Où vous êtes, Seigneur, là est le paradis. »
Consolée, la Sainte se fit consolatrice à son tour. Elle écrivit à son ancien directeur, Giunta Bevegnati, toujours au nom et de la part de Dieu, trois lettres, que nous enchâssons avec bonheur dans notre récit.
Voici la première : « Paix et bénédiction.
Dieu vous recommande ses fils et spécialement les pécheurs, qu’il a rachetés à un si haut prix. Croissez chaque jour en grâce, et rendez au souverain Maître la gloire qui lui appartient. Il