‹ Sainte-Marie d'AuchChapitre 55 sur 63 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

chapelles de la crypte.

nous a conserve les seuls détails que nous connaissions sur l’histoire de Mais, avant de les relater ici, nous dirons un mot du plan général d’après 3 fut construite.

ivons déjà fait observer que ses chapelles, au nombre de cinq, correspondent exactement à celles du rond-point2. Deux escaliers peuvent nous y conduire. Descendons les dix-huit marches de celui dont l’èntrée se trouve dans la chapelle de Sainte-Anne. L’ouverture qui nous éclaire, à l’est, à moitié rampe, fait partie de cette ancienne porte dont nous venons de parler, comme moyen de communication entre la Cathédrale et le palais de nos archevêques.

La planche 35 nous fixe sur la disposition relative des chapelles cryptales, et sur la forme donnée à chacune d’elles. Les cinq voûtes sont d’arêtes. L’appareil de revêtement est le même que dans l’ensemble de l’édifice; et, pour les détails de construction, il n’en est aucun qui soit antérieur à l’année' 1489.

Les fenêtres sont de petite dimension. Toutefois, l’obscurité, qui règne presque uniformément sur tous les points, fera bientôt place à une lumière assez abondante. Un projet d’isolement a été voté, au mois d’août 1856, par le Conseil général, sur la proposition de M. P. Féart, préfet du Gers. Tous les plans de modification sont arrêtés; et nous avons tout lieu de croire qu’ils ne tarderont pas à être mis à exécution.

La Crypte fut dévastée en 1793, les autels furent dépouillés de leurs ornements, les vitres furent défoncées, et les cinq chapelles se trouvent encore dans le déplorable état de cette complète nudité que le vandalisme moderne leur a faite. Espérons quelles pourront bientôt être rendues au culte. Une somme peu considérable suffirait pour réaliser ce projet, que l’Etat admet en principe, et qui a trouvé si bon accueil dans les rangs du clergé et des fidèles.

La première chapelle, à gauche, est à cinq pans coupés. La voûte, haute d’environ trois mètres, sous la clé, a six arêtes saillantes, dont les moulures sont prismatiques, comme dans les différentes arcades de l’église. Les quatre chapelles qui suivent ont toutes, à peu de chose près, la forme et les dimensions de la première.

Nos chapelles cryptales étaient sans doute destinées, comme celles des plus anciennes basiliques, à consacrer les pieux souvenirs des premiers siècles de l’Eglise. Elles devaient surtout nous rappeler ces temps d’épreuve oû la foi persécutée ne trouva, dans le principe, d’autre refuge que les ténébreuses profondeurs des latomies, des cavernes, des catacombes, ou même de ces hypogées antiques que les premiers chrétiens convertirent à leur usage.

Mais, de plus, en les comprenant dans le plan général de Sainte-Marie, on voulut préparer un asile convenable aux tombes de ceux de nos prélats que l’Eglise avait jugés dignes d’un culte public. Depuis plusieurs siècles, leurs saintes reliques reposaient dans le Prieuré de Saint-Orens. Trois furent choisies pour la nouvelle cathédrale; et le Chapitre en fit la translation avec la pompe et le cérémonial d’usage.

1 DeSto Leolliadio.fol. 276.

1 Voir, plus haut, page 50.

CH.VI’ELU; DE SU Vr-I,liOTII adi;

(Planciies 3C et 37.)

omme la première chapelle était déjà destinée à recevoir le corps de St Léolhadc, un modeste autel y fut dressé, à O"1 45e du pan coupé central; et le tombeau du Saint, à peine fixé sur l’arcte de sa table sacrée, fut établi, entre muret autel, sur l'espace étroit qui les sépare.

YC g|. Léothade était né de race mérovingienne, vers le milieu du vnc siècle. De bonne heure, il renonça au monde pour se vouer à la vie monastique dans l'Ordre de Saint-Benoît. Il était même abbé de Moissac 1 et, en cette qualité, successeur de St Ausbert, qui avait fondé ce monastère, lorsqu'il fut élevé au siège d’Auch, dans le courant de l’année 694.

Dn concours de circonstances, qu’il serait trop long de rappeler ici 3, le conduisit en Bourgogne, dans Pbiver de 718. Et comme il s’y occupait d’affaires importantes, dont l'heureuse issue, dit le bréviaire d’Aucb, devait tourner au bien de l’Eglise3, il fut surpris par la mort; et le Ciel se plut à glorifier le lieu de sa sépulture par d éclatants miracles.

Or, en ces temps reculés, tout aussi bien que de nos jours, on était dans l’usage de réunir autour du siège cathédral des diverses Eglises la dépouille mortelle des évêques qui les avaient gouvernées de leur vivant. S’ils rendaient leur âme à Dieu loin de leurs diocèses, on avait soin de les transporter au sein des populations en deuil, qui les réclamaient comme un dépôt qu’on était jaloux de transmettre aux générations suivantes. Le corps de notre Saint fut donc rendu à la ville d’Aucb. Et le culte de filiale vénération dont on l’entoura d’àge en âge nous dit assez l’accueil qu'il dut recevoir dans nos murs lorsqu’on eut le bonheur d'y voir entrer cette précieuse relique. Elle fut déposée dans un tombeau de marbre blanc de Saint-Béat4 : c’est ce curieux monument qui l’a conservée jusqu'à nos jours, à travers les révolutions de plus de onze siècles.

Nous savons, en effet, qu’elle était parfaitement intacte au commencement de l’année 4610. Le 1>. Mongaillard, témoin oculaire de la visite épiscopale qui fut faite, à cette époque, de notre basilique par le bienheureux Léonard de.Trapes, nous a conservé une espèce de procès-verbal de l’ouverture du tombeau. Pour en reproduire les principaux détails avec plus d’intérêt, nous traduirons du latin le texte inédit de l’historien de la Gascogne.

« Les recherches, l’inspection et le témoignage d’hommes discrets, habiles dans la médecine et la chirurgie, établirent que tout se trouvait au complet dans l’intérieur du sarcophage, sauf une partie de l’un des deux bras, avec la main qui s’y rattache. C’était bien le cas de faire apporter et d’ouvrir les reliquaires d’argent qui se trouvaient au trésor du Chapitre. Or, sur l’indication des vénérables chanoines, on ouvrit celui où devait se conserver un bras de St Léothade. Il s’y trouva, en effet, une portion de bras, que l'on retira du reliquaire. Elle fut rapprochée de la partie correspondante, déjà examinée à l’intérieur du tombeau, et les deux se raccordaient si parfaitement aux lignes de contact que pas un des témoins qui se trouvaient là no put douter que le fragment n’appartînt à ce saint corps. Et même, pour enlever aux moins crédules le plus léger prétexte à conserver ombre de doute, on voulut examiner et mesurer scrupuleusement tous les rapports de proportion entre les deux bras, ainsi que de chaque bras avec les autres membres. Il resta démontré, par la parfaite symétrie des longueurs naturelles, par l’identité de la couleur et l’égalité des dimensions, que l epreuvc était plus clairement

1 Déparlement de Tarn-el-Garonne.

- Voir noire notice sur St Léothade et son tombeau; in-8°, pag. 7.

3 Quô, pro ulililate ccclesiasticâ, profeclus erat. 1 Département de la Haute-Garonne.

satisfaisante que la lumière du grand jour; et l’on conclut que dans la première chapelle, voisine de l’archevêché, se trouvait réellement le corps de St Léothade.»

Environ vingt-cinq ans plus tard, Dominique de Vie, successeur du bienheureux Léonard, voulut décorer cette chapelle selon les idées et le goût du temps. Il fit sculpter, à grands frais, tout un retable en bois de tilleul, au centre duquel fut exposée, en buste, l’image de St Léothade, représenté un livre «à la main, avec la chappe et la mitre», mais sans crosse ni anneau pastoral. Dans l’aire du cintre qui couronne le buste se reconnaît encore l’écusson de Monseigneur de Vie1. Il fut gratté, en 1793, comme tous ceux qui se trouvaient dans la cathédrale; mais les boiseries de l’autel ne furent alors que très faiblement endommagées.

Depuis plus de deux siècles, le tombeau de St Léothade n’était plus exposé aux regards des fidèles. Les boiseries empêchant toute communication avec la relique, ce précieux monument de l’art chrétien avait fini par n’avoir plus, même aux yeux du Clergé, qu’une existence problématique, lorsque, le 15 mai de cette année 1856, nous avons tenté quelques recherches. Etait-il encore intact? Ou bien avait-il subi quelque déplorable profanation, à une époque de douloureux souvenir pour notre belle cathédrale? C’est la question qu’il s’agissait de résoudre. Le retable mobile fut résolument attaqué; certains pans vermoulus, dont le temps avait presque fait justice, cédèrent aux premiers efforts du marteau, et bientôt se montra à découvert la face antérieure d’un magnifique monument de très ancienne date. Tout le retable est alors déposé; les formes sévères d’un sarcophage vraiment princier se dessinent librement; les sculptures qui le décorent, et qui, même par leur exécution, sont d’une incontestable valeur artistique, pour l’époque qu’elles accusent, sont dégagées d’une sorte d’épais gluten dont la poussière et l’humidité avaient recouvert presque tous les contours; et chacun peut interroger à loisir, mais non sans émotion, ce témoin muet des primitives traditions de notre Eglise.

Avant de l’étudier dans ses détails, nous ferons observer que notre sarcophage a un air de famille, tout particulier, avec celui que les amis de l’art chrétien et national visitent à Moissac, comme précieux souvenir des premiers temps de cette célèbre abbaye. C’est la même forme générale, la môme distribution d’ornements par compartiments distincts. Ce sont, à quelques variantes près, des motifs incontestablement puisés à la même source qui les décorent l’un et l’autre.

^depuis la base jusqu’à son ouverture2. Sa forme générale rappelle, à certains égards, celle d'un navire, suivant l’ingénieuse expression de nos anciennes lois, qui donnaient au cercueil des temps mérovingiens le nom symbolique de nef, «noffum vel noffo3.»

Ce tombeau est en marbre blanc des Pyrénées, de même que la table consacrée de son autel. Il est muni d’un couvercle prismatique à bouts rabattus, c’est-à-dire à pans incliné? sur les quatre faces. Sa longueur extérieure est de lm 73e, et sa largeur de 0m 55e. La hauteur totale est de 0m 73e, dont 0m 30e mesurent la saillie verticale du couvercle. Le côté opposé à l’observateur est légèrement engagé dans le mur. Toutefois celui des quatre pans qui correspond à ce côté est presque entièrement visible.

Les cinq arêtes qui unissent ces quatre pans sont formées d’une moulure composée de trois prismes triangulaires. Aux deux pans latéraux du couvercle, les moulures qui descendent vers les angles saillants se divisent pour faire retour, à angle aigu, sur la base inférieure des pans inclinés, partie à

3 Liberjegis Salicæ; tilul. xviu, nu 3.

1 Ancienne carrière de Saint-Béat, Haute-Garonne.

1 II est blasonné à la page %.

2 Voir la planche 36.

droite et partie à gauche. On les retrouve encore sur la saillie des pans latéraux, bien qu’on l’ait tronquée, afin de rendre plus facile l’application des boiseries qui couvraient le tombeau, ou pour tout autre motif semblable.

Mais, en face de l’observateur, les moulures primitives ont disparu de la saillie qui termine le pan antérieur. Elles ont cédé la place «à une gorge de 0'» 004 de refouillement, dans laquelle il est aisé de reconnaître le goût des dernières années du xvc siècle; car ces sortes de moulures se répètent sur toutes les nervures des voûtes de la crypte. Qu’il nous soit permis de flétrir ici, sans plus de ménagements, celte étrange dégradation. Elle est d’autant plus disgracieuse que la gorge coupe brusquement, à ses deux extrémités, les lignes primitives, sans le moindre essai de raccord. Elle date, selon toute apparence, du jour où se fit la translation du tombeau dans la chapelle où il se trouve.

Ce ne sont donc pas les moulures qui, par leur délicatesse, peuvent donner du prix à ce monument. Toutefois, bien comprises, les plus anciennes sont encore très propres à établir l’époque précise à laquelle il est sorti des mains de l’artiste qui l’a fait.

Nous pouvons en dire autant de ces essais de pilastres rudentés, qui partagent la face antérieure en trois compartiments. Il est bien manifeste, par les détails dont ils se composent, qu’on les a exécutés sans la plus légère entente de ce que nous appelons «Ordres classiques.» Aussi, cet étrange caractère d’infériorité, on pourrait même dire d’impéritie en architecture, ne saurait permettre, ce semble, d’attribuer notre sarcophage à l’école chrétienne de ces artistes grecs qui laissèrent, même avant Charlemagne, des traces nombreuses de leur passage dans la Gaule méridionale.

Quant aux sculptures qui décorent ce tombeau, le dessin en est simple et naïf, mais assez correct pour ces temps barbares. Les contours sont fermes et harmonieux; et, dans leur ensemble, elles dénotent un sentiment si vrai des sujets emblématiques, une telle habileté de faire, qu’une longue pratique du ciseau ne suffirait pas seule à expliquer le mérite de 1 œuvre.

Il est à remarquer que l’artiste ne place pas un seul personnage à travers tant de reliefs. Et môme, il n’emprunte à la Faune murale qu’une triple imbrication, très soignée, d écaillés de poisson. A l’exception du Chrisme, qu’il répète sur le panneau central du tombeau et du couvercle, c’est le règne végétal qui lui a fourni tous les autres motifs de l’ornementation.

Dans le choix qu’il a dû faire, le sculpteur s’est inspiré de l’enseignement des «nomenclatures symboliques,» à peu près exclusivement.

D’après St Grégoire le Grand1 et la doctrine constante des Pères de l’Eglise, le symbole est un signe conventionnel, emprunté a la nature sensible pour rappeler une vérité de 1 ordre surnaturel. Ainsi entendu, le symbole suppose la révélation divine. Déjà, vers le milieu du second siècle, St Méliton, évêque de Sardes, avait renfermé dans sa «Clé des Ecritures» les plus anciennes explications des allégories bibliques2. Elles s’y présentent réduites en formules distinctes, qui toutes reproduisent, avec l’énoncé du symbole, ses diverses significations et le texte sacré qui est la source ou la justification de chacune d’elles. Rédigées sur ce plan, les formules mélitoniennes embrassent 1 universalité de la création, depuis les noms divins jusqu’aux appellations des lieux et des personnages bibliques. L auteur passe ainsi en revue ce qu’on appela longtemps le triple règne du ciel, des eaux et de la terre «machina mundi

triplex.»

a Cetle œuvre comprend environ huit cents formules, distribuées en douze chapitres récemment édités par Dom J. -B. Pilra. Après vingt-cinq ans de laborieuses recherches, ce savant Bénédictin est

Moral, xx, 21.

enfin parvenu à presque entière restitution du livre primitif.

On trouve la «Clé des Ecritures.» accompagnée des principaux commentaires qui en ont été faits, dans les tomes II et III, in-4°, du «Spicilegium Solesmense.»

Nous retrouvons, en outre, dans la littérature ecclésiastique des temps postérieurs à St Méliton, un certain nombre de nomenclatures symboliques, dont l'objet spécial était d'énumérer les noms du Christ qui réveillent plus sensiblement le souvenir de scs deux natures, divine et humaine. Deux de ces nomenclatures appartiennent à nos Eglises d’Aquitaine : la première est de St Phébade d’Agen, pour le iv siècle; et la seconde est l’œuvre de StOrens d’Auch, pour le v'. Evidemment, elles devaient être, l’une et l’autre, très populaires dans nos contrées, et d’un grand secours pour les fidèles, contre les attaques, alors si astucieuses, des Ariens du royaume de Toulouse.

Sous la plume de St Orens, la nomenclature auscitaine résuma cette partie essentielle de Tensei"nement chrétien en cinq distiques, d’une facture sévère et toute monumentale, où pourtant un éditeur moderne, M. F.-Z. Collombet, n’a su reconnaître «ni grand mérite ni grand savoir1.» C’est l’austère énumération de ce que notre saint évêque appelle en titre « les épithètes de notre Sauveur.» On y compte cinquante- deux mots, qui tous rappellent des noms symboliques, par lesquels le texte sacré désigne l’Homme-Dieu : «ce sont les grands noms du Seigneur,» dit le dernier vers de sa nomenclature; « mais Dieu lui-même est bien plus grand encore.»

DE EPITHETIS SALVATOltlS NOSTRl.

Janua, Virgo, Léo, Lumen, Sapienlia, VERBUM,

Rex, Baculus, Princeps, Dux, Petra, Pastor, Homo,

Relia, Sol, Sponsus, Semen, Mons, Stella, Magister,

Margarita, Dies, Agnns, Ovis, Vilnius,

Thésaurus, Fous, VITA, Manus, Capul, Ignis, Aratrum,

Flos, Lapis angularis, Dextra, Columba, Puer,

VITIS, Adam, Digilus, Spéculum, Via, BOTRYO, Panis,

Ilostia, Lex, Ratio, Virga, PISCIS, Aquila,

Justus, Progenies regis, regisque Saeerdos :

Nomina magna Dei, major al ipse Deus.

Un deuxième fragment explique ce formulaire; et un troisième ajoute douze autres noms du Sauveur dont St Orens donne successivement le commentaire. M..F.-Z. Collombet aurait-il bien voulu appliquer à cette sorte de litanie toute la sévérité des lois métriques? Ou plutôt, faut-il s’en prendre au pieux symboligraphe du ve siècle, si le littérateur moderne ne trouve dans ses distiques, dont l’allure austère était obligée, «que des jeux de mots et des obscurités indéchiffrables?2»

Quoiqu’il en soit des observations de notre docte critique, l’Eglise d’Àuch n’oublia pas, dans la suite des âges, la nomenclature de St Orens. Et c’est principalement à ces formules mesurées, ou bien à leurs commentaires, qu’après trois siècles au moins, le sculpteur gascon empruntait encore les motifs symboliques dont il devait orner le tombeau de St Léothadc.

1° Le Chrisme. — Au milieu de la face antérieure, et dans un nimbe formé de trois cercles concentriques, il place les signes traditionnels qui se rapportent au «Verbe» fait chair, et rappellent le mystère de la Rédemption. Or, voici l’interprétation que les Auscitains tenaient de leur saint évêque. « Pourquoi,» dit StOrens, dans son commentaire intitulé de triait ate, «pourquoi cette forme particulière de croix X figurant quatre parties disposées selon les quatre directions du ciel? C’est afin de rappeler les quatre plaies des membres du Sauveur, et dans le bat d’imiter la posture de celui qui prie, les bras en croix3.

1 Commonit. elFragm. de St Orientius, évêque d’Aueh. Traduction nouvelle, texte en regard, page I l(i, in-8°.

2 Ibid., page 1 16 .

3 C’est l’altitude des personnages figurés sous le nom de «Oranles»

dans les monuments peints ou sculptés des premiers siècles de l’Eglise.

Pendant la messe, on retrouve encore la même altitude dans le prêtre, quaud il prie, les bras étendus, aux oraisons et pendant le Canon.

Et comprenez bien la justesse de cette féconde signification : le P grec rappelle le chef du Crucifié; le I, la suspension de son corps en croix. C'est un supplice que figure cette lettre, mais le supplice qui nous procure le salut. Un peu plus bas, tout à coté, l’Alpha et l’Oméga nous disent que le Christ est le principe et la fin1 *.»

Le Chrisme est également reproduit sur le pan antérieur du couvercle; et cette répétition s’observe, de la même manière, sur un sarcophage roman du musée de Bordeaux; tandis qu’à celui de Moissac il ne se trouve qu’à la tàce antérieure. Mais dans le tombeau qui nous occupe, les trois autres pans du couvercle ont, pour tout ornement, l’imbrication en écailles de poisson dont nous avons déjà parlé.

2» Le Poisson. Dans la pensée de notre sculpteur, ce deuxième motif se rapporte également au

Sauveur des hommes. L écaillé, en effet, rappelle le poisson, dont le nom latin «piscis» est au nombre de ceux que comprend le formulaire symbolique de la Novempopulanie. «Le poisson, né dans l’eau,» dit St Orens, «c’est le Sauveur lui-même, auteur du baptême de l’eau3.» Tertullien avait employé le même symbole, longtemps avant notre Saint : « Nous sommes de petits poissons, en Jésus-Christ notre grand Poisson,» dit ce Père; «car nous naissons dans l’eau et nous no pouvons être sauvés qu’en y restant3.» Aussi, la métaphore trouva-t-elle sa place, à toutes les époques, dans l’ornementation des baptistères. «Et c’est du même poisson, dont la vertu passe aux ondes baptismales, qu’on a nommé piscine les fonts qui nous purifient et nous sauvent1.»

Ce privilège, si étrange au premier abord, de faire partie de la nomenclature symbolique des noms divins, venait au poisson, dans les premiers siècles de l’Eglise, de ce que le mot seul, ICTI1US, qui le désigne en grec, renferme les initiales des principales dénominations qui conviennent au Messie :

Iesous

Jésus

Jésus

CllRISTOS

Christus

Christ

THeou

Dei

de Dieu

Uios

Fiiius

Fils

SoTEIt

Salvator

Sauveur.

Aussi est-il facile de comprendre comment, sous forme d’amulette, le poisson fut, pour les fidèles de ces temps d’épreuve, un signe de ralliement, et son nom grec une formule de mot d’ordre».

3» La Souche. Un pied de vigne, en plein sol, étale ses pampres vigoureux, avec feuilles et raisins,

sur la face latérale qui est du côté do l’Evangile. Et le mot «vitis» figure en tête du septième vers de la nomenclature auscitaine. «Je suis la véritable vigne» avait dit le Sauveur du monde. «Mais pourquoi,» ajoute St Orens? « parce qu’il sc multiplie dans des héritiers d’adoption ".

Ces héritiers adoptifs, Jésus-Christ les désigne lui-même, dans la personne des Apôtres et de tous ses fidèles disciples, quand il leur dit : «Je suis la vigne, et vous êtes les pampres’.»

4- Les Pampres. - Ce dernier mot, «Palmites,» n’est pas dans la nomenclature auscitaine; et pourtant des pampres vigoureux, chargés de fruits et pleins de vie, bien que détachés du cep, sont reproduits

1 Fragm. Vers. 74 . 80.

a S. Orient. Fragm. Piscis, natus aquis, auctor Baptismatis ipse est.

3 Tertull. De Baptism., u” 1, A.

» s. Optât. Conlrà Parmen, Lib. m, D. — De la cuvette baptismale, la métaphore est passée à celle de l’eau bénite, comme divers exemples en font preuve, même dans nos départements méridionaux. Ainsi, un bénitier roman de Saint-Aventin, près de Ludion, et un autre du xvi” siècle, dans l’église de Luruns, près des Eaux-Bonnes, présentent des poissons qui se jouent dans l’eau bénite.

6 Après avoir parcouru les douze chapitres de la «Clé des Ecritures,» Dom J. B. Pilra revient sur l’une des huit cenls formules mélitoniennes: c’est celle du Poisson, «Piscis, Christus. » Et pour l’étudier d’une manière complète, il lui consacre quatre-vingt-quatre pages de très curieuses recherches, qu’il divise en deux chapitres: le premier, des allégories dans le paganisme; le second, des symboles chrétiens.

6 S. Orient. Fragm. Vitis? Adoplivo quôd se hærede propaget?.

7 Joann-, cap. xv, v. 1 et 5. Ego sum vitis vera. — Ego sum vitis, vos palmites.

deux fois sur la face antérieure du tombeau. Mais nous avons fait observer que d’autres symboligraphes avaient donné leurs nomenclatures bien avant le saint évêque d’Auch. Or, le plus célèbre de tous, St Méliton de Sardes, dans sa «Clé des Ecritures1,» indique le symbole qui fixe actuellement notre attention. Et ses commentateurs2 nous apprennent que tous les pampres chargés de fruits appartiennent à la vigne de Jésus-Christ ou de l’Eglise; tandis que ceux qui sont des sarments stériles sont du démon ou de l’enfer. Evidemment, sous le ciseau de l’artiste gascon, St Léothade est un pampre de la première espèce.

Le sarcophage de Bordeaux a, comme celui d’Auch, la face antérieure divisée, par des pilastres cannelés, en trois parties distinctes. Mais, sur le premier, le Chrisme est entouré de rinceaux de pampres, qui sortent de deux vases où ils semblent puiser leur vie; tandis que les deux autres compartiments n’ont que des cannelures en zig zag, ou plutôt des strigiles.

A Moissac, deux petits rideaux soulevés, au centre de la face antérieure, laissent voir le Chrisme entre deux pilastres cannelés. Et au-dessous est un seul vase où deux colombes boivent simultanément3. Six autres pilastres, de meme caractère, partagent en six panneaux le reste de cette surface.

5° La Grappe. — Il est à remarquer que, dans les sarcophages d’Auch et de Bordeaux, les pampres sont unis entre eux, coupés, mais non desséchés. C’est pourquoi ils portent des fruits de vie, tout aussi bien que ceux qui se rattachent immédiatement à la souche qui orne la face latérale du sarcophage d’Auch, et la face antérieure de celui de Moissac. Et ce fruit, dit St Méliton, cette grappe de raisin, c’est encore le Christ*. Or, St Orens l’enseignait aussi, dans le septième vers de sa nomenclature, ajoutant que «la divine grappe arrose le monde des sucs qu’elle a puisés dans les cieux3 * *.»

6° L'Arbre. — Un arbre, aux rameaux opposés, s’élève plein de vie à côté des pampres séparés du tronc. Il occupe, à droite et à gauche, un panneau spécial que limite, d’un côté, le pilastre extérieur, et de l’autre, une moulure dont la forme est encore ici celle d’un prisme triangulaire. Les formules auscitaines ne désignent pas «l’arbre» au nombre des appellations divines; et pourtant il n’était pas oublié par d’autres symboligraphes. Dans son chapitre «deligniset floribus,» StMéliton dit formellement que «l’Arbre, c’est le Christ0.» Et c’est la pensée qu’adopte aussi l’artiste gascon, avec St Euclier, St Grégoire le Grand et les autres commentateurs de la formule mélitonienne. Mais nous ne savons pas trop pour quelle espèce d’arbre il se prononce. Il se copie, néanmoins, très exactement lui-même, et avec une intention marquée, en reproduisant, par deux autres fois, ses arbres symboliques, sur la face latérale qui est du côté de l’épître7.

Il consacre le pan antérieur du couvercle aux symboles de l’immortalité.

7° La Vie éternelle. — La vie est comprise dans la cinquième formule auscitaine8; et cette vie, ajoute St Orens, en se commentant lui-même, n’est pas autre que le Sauveur : «car c’est lui qui fait vivre pour l’éternité tous ceux qu’il vivifie9.»

1 Cap. VII. De lignis et floribus, art. ci, u° 1. — Palmites, Sancti.

2 P. Capdan., pares., Ad. litt. xx, art. 63.

■’ Les doux colombes qui boivent, sous le Chrisme, symbolisent le bonheur des âmes justes, qui s’abreuvent à longs traits à ce torrent

des divines voluptés que Jésus-Christ nous prépare dans le Ciel :

« Inebriabunlur ab ubertate Doinûs tuæ; torrente voluptalis tuæpota-

bis eos.» Psalm. xxv, v. 9.

Ce motif est emprunté de Tère des persécutions. A. Bosio et P.

Arenghi le reproduisent, au premier tome de «la Rome souterraine,» in-folio, page 337, et au second, page 269.

On le voit aussi sur le marbre lumulaire du tombeau de St Félicis-

sime. La relique de ce glorieux martyr fut découverte, le 21 janvier 1864, aux Catacombes de Saint-Prétexlat, à gauche de la voie Appicnne. Elle a été déposée, le 10 septembre 1866, dans l’église des FF. de l'Instruction chrétienne, à Ploërmel, département du Morbihan.

4 Cap. VII. De lignis et floribus, art. cm, n°l. Botrus, Christus.

5 Fragm. Bothyo, quôd succis cœleslibus irriget orbem.

" Cap. VII, art. m, n°2. Arbor, Christus.

7 Ce même arbre se répète sur quatre panneaux symétriques, à la face antérieure du sarcophage de Moissac.

8 S. OitiEKT. Voir, plus haut, page 143.

9 Fragm. — Vita, quôd ælernum dat vivere vivificatis.

La méthode symbolique fournit à notre sculpteur trois moyens de rendre ici une pensée mystique qui, directement, devait échapper à toutes les ressources de son art. Et pour la traduire avec plus de netteté, il divise la surface, sur laquelle son ciseau va s’exercer, en quatre panneaux distincts, mais inégaux entre eux. C’est toujours la moulure à prisme triangulaire qui limite les sujets.

Et d'abord «l’herbe,» dit le xtvm* article «de lignis et floribus,» l’herbe signifie l’éternelle verdeur du Paradis : «Sur les montagnes d'Israël, je veux les paitre, et ils reposeront sur l’herbe verdoyan te 1 * . » Dnc sorte de bouquet composé d’éléments herbacés, liés entre eux et ajustés avec beaucoup de symétrie, semble à l’artiste un moyen tout naturel de rendre ici la pensée du prophète.

Il appelle, de plus, à son secours un motif allégorique tout à fait étranger aux nomenclatures du symbolisme chrétien : nous voulons dire le lierbe grimpant, dont le paganisme lui fournissait un grand nombre d’exemples, spécialement dans les peintures qui décorent les vases Etrusques *. Cet arbrisseau sarmenteux a ses feuilles alternes et pétiolées. Celles dont les rameaux ne sont pas stériles, mais doivent donner des baies, sont entières, c’est-à-dire sans lobes distincts, de forme à peu près ovale ou ovalolancéolée. Enfin, ses vrilles d’attache sont d’une vigueur très prononcée.

Or, il est aisé de reconnaître que ces divers caractères conviennent généralement aux six rinceaux de lierre, sculptés sur le pan antérieur et autour du Chrisme de la face qui lui correspond. On sait, de plus, que les feuilles du lierre grimpant sont d’un vert foncé et persistantes; ce qui, dans le langage allégorique, est un double symbole d’immortalité.

Au reste, nous ferons observer que les sarcophages do Moissac et de Bordeaux présentent également des rinceaux de lierre sur les deux compartiments extrêmes du pan antérieur. Evidemment, de l’identité d’expression, il est permis de conclure celle de la pensée. Le lierre, il est vrai, n’a pas trouvé place dans les cent quatorze symboles que St Mélilon a recueillis du règne végétal3. Et, à son exemple, tous les symboligraphes chrétiens l’ont exclu de leurs nomenclatures. C’est donc grâce à nos sculpteurs qu'il est admis, à titre d’emblème, dans les formules lapidaires pour exprimer l’immortalité.

Enfin, notre artiste gascon nous semble encore traduire cette même pensée par la modification, fort insolite, qu’il introduit dans le Chrisme, tant à la face antérieure du tombeau que sur le pan incliné qui

lui correspond.

En effet, l’usage invariable est d’employer les sigles de ce monogramme à titre d'invocation de Jésus-Christ, ou bien comme simple consécration chrétienne. Et, dans ce cas, l’Alpha et 1 Oméga se placent comme nous faisons une lecture, en Occident, c’est-à-dire de gauche à droite. La version de St Orens l’indique de la même manière, dans le fragment cité plus haut4; et c est aussi ce que 1 on voit à Moissac, et dans le sarcophage de Bordeaux sur les deux points où le Chrisme se répète exactement comme dans celui d’Àuch5.

Et pourtant, sur ce dernier tombeau, l’ordre est changé pour ces deuxlettres : 1 Oméga précède 1 Alpha. Evidemment, cette inversion, deux fois reproduite, et avec des dimensions différentes pour le Chrisme, est faite avec l’intention bien arrêtée d’exprimer une idée particulière. Et nous pensons que l’artiste, poussant jusqu'au bout l’emploi de sa méthode symbolique, a voulu faire dire à St Léothade : « Par le Christ qui me vivifie, la fin c’est mon commencement; de la mort je passe à la vie, du temps a 1 etermte.

1 Ezech., cap. xxxiv, v. 14. —Voir aussi les commentaires de ce texte,

i A.L-. Millin. Explications, etc., in-fol., tom. I et II, passim.

3 De Clavi Script., cap. vu.

* Page 144; DeTrinitate.

5 Apoc., cap. i, v. 8. Ego sum Alpha et Oméga, principiura et finis;

— El cap. xxii, v. 12. Primus et Novissius, prineipium et finis. «Je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin. Je suis le premier et le dernier, le commencement et la fin.»

est convenu d'appeler «siècles d’ignorance» ceux dans lesquels ce marbre, aujourd'hui froid et muet pour les générations qui le contemplent, tenait à nos pères dans la foi ce noble et mystérieux langage. Le pauvre qui ne sait pas lire y retrouvait, sous les formes les plus usuelles, d’utiles enseignements, et une langue toute faite dont la science moderne se reconnaît, depuis longtemps, complètement déshéritée.

Il est vrai que le sarcophage d’Auch nous conserve, à peine, quelques lambeaux de cette langue primitive des symboles. Mais un fait bien digne de remarque, c’est qu’après tant de ruines amoncelées sur notre sol méridional, par le temps et la main des hommes, nous rencontrons encore de nos jours ces lambeaux épars sur divers points d’une même province.

Nous ne doutons pas qu’il n’existe, tout aussi bien, des sarcophages de ce caractère dans la Provence et le Languedoc. Et l’on sait, pour le Nord, que l’abbaye de Saint-Germain-dcs-Prés en possédait avant la dévastation faite lors du siège de Paris par les Normands1, c’est-à-dire avant 885. Un couvercle de marbre, conservé dans l’église jusqu’en 4789, sur un tombeau de pierre en face d’un autel, l’atteste encore. Or, ce débris des temps Mérovingiens, qui se voit au musée du Louvre, présente la plus grande similitude, dans l’ensemble et les détails, avec les couvercles d’Auch , do Bordeaux et de Moissac. Aujourd hui, il est ajusté, comme objet d art, à la tombe vide de St Drausius, mort évêque de Soissons, en 674. Et cette tombe elle-même réunit des caractères tout à fait analogues à ceux du couvercle, qui pourtant lui est étranger.

Du reste, nous n’avons pas besoin de faire observer ici que les mêmes éléments se reproduisent, parfois, avec des variantes de place et même aussi de disposition. Au tombeau de St Drausius. par exemple, à côté du Chrisme deux fois répété, les pampres sont entrelacés avec des tiges de froment, pour symboliser les Espèces Eucharistiques.

Il est bien évident que pour formuler, avec autant de précision, en signes lapidaires, une langue dont l’uniformité est la première condition, une autorité généralement reconnue était indispensable. Or, cette autorité, cette règle universelle, nous la trouvons dans la «Clé» du saint évêque de Sardes. Contemporain des derniers disciples de St Jean, il puise à la source même des traditions apostoliques l’intelligence des Saintes Ecritures. Et c’est sous l’influence du plus sur des enseignements qu’il en fixe l’interprétation, même pour les esprits vulgaires, en arrêtant, dans un ouvrage spécial, les canons de la théologie symbolique.

Œuvre essentiellement didactique, et par là tout à fait en opposition avec le génie des écrits de son temps3, que nous voyons si fortement empreints d’une sorte de lyrisme hiératique, la «Clé des Ecritures» fut, sans doute, un livre de circonstance. 11 .était devenu indispensable, surtout dans l’Asie Mineure, pour combattre les abominables tendances de la Gnose. Mais il fut, en même temps, la mine féconde où tous les symboligraphes empruntèrent successivement des formules écrites, à l'usage des diverses Eglises d’Orient et d’Occident. Et les artistes y puisèrent, avec la même confiance, pour retracer, à leur manière sur le bois, sur les murs, sur les métaux et sur la pierre, l’enseignement chrétien par des symboles *.

Pour les intelligences d’élite, pour les philosophes et les théologiens, les vérités d’un ordre supérieur peuvent se traduire par des formules abstraites et métaphysiques. Mais il faudra toujours des formes

1 Le moine Abbon, poème du Siège de Paris.

5 Tels que les lettres de St Clément de Rome, de St Ignace d'An¬

tioche, de St Polycarpe, etc., etc.

3 C’est aussi le caractère de l’art naissant, aux Catacombes.

extérieures, accessibles à tous les regards, pour aider le commun des mortels à pénétrer plus avant dans l’intelligence des choses invisibles. Telle est la doctrine de St Paul, enseignant à l’homme déchu à retrouver le sens qui, dans l’état d’innocence, le mettait en communication facile avec le monde surnaturel*. Ce sens lui est rendu parla médiation de Jésus-Christ; et dans ses rapports avec les choses visibles, le chrétien en use selon la mesure que Dieu détermine, et qu’il règle, d’ordinaire, sur le degré de pureté de son âme.

C’est ainsi que l’homme bien compris, l’homme de la Révélation, est la limite où finit le monde matériel, et où commence le monde intellectuel. Le symbolisme des premiers temps de notre foi l’exerçait à reprendre dans sa main l’anneau qui rattache ces deux mondes. En présence des sujets emblématiques sculptés ou peints, que l’art religieux exposait à ses regards, par les décorations monumentales, ou la pompe des rites sacrés, le fidèle retrouvait le souvenir des formules symboliques, l’utile enseignement des catéchèses populaires. Et ces lignes si naïves, où le touriste indifférent ne distingue plus, de nos jours, que des contours plus ou moins harmonieux, élevaient, par degrés, l’âme des justes de la contemplation des formes sensibles, empruntées au triple règne de la création, à celle des mystères invisibles, dont le Créateur s’est réservé le dernier mot.

Ce n'est donc pas dans le but de satisfaire une vaine curiosité que nos pères venaient au tombeau de St Léothade. L’ornementation qui, à nos yeux, lui donne encore tant de prix, proposait à leur foi simple et docile autant do sujets de méditations que le ciseau de l’artiste y avait traduit de formules symboliques, dans une langue assez conforme à celle des antiques hiéroglyphes.

CÜAPEIXE DE SAIAT-TAIiUIV

dédié à St Taurin la deuxième chapelle de la Crypte. Mais un fait digne de remarque, c’est e le tombeau primitif de l’illustre martyr de la forêt druidique2 n’a pas été conservé avec 3me respect que celui de St Léothade. Plus ancien que ce dernier, d’environ 400 ans, il pour nous un type du plus haut intérêt des monuments de l’ère des martyrs, devenus >ur d’hui bien rares, à si grande distance et des temps et des lieux qui ont vu naître le christianisme.

aujourt

On pourrait dire, sans doute, que le premier sarcophage de St Taurin n’était peut-être, comme celui de St Eutropc, son contemporain3, qu’un informe monolithe quadrangulaire , dépouillé de tout ornement, ou d’un travail timide et grossier. Que, dans cette supposition, il n’aura pas été jugé digne de trouver place dans la Crypte de Sainte-Marie, à côté de celui qui renferme le corps de St Léothade. Mais, à nos yeux, une aussi vénérable antiquité lui donnerait seule une valeur bien supérieure au prix qui pourrait lui revenir du travail ou de la matière.

Quoi qu’il en soit de nos conjectures sur les motifs qui ont pu occasionner ce changement, à l’époque de sa translation, la relique de St Taurin fut déposée dans un sarcophage neuf dont tous les détails accusent la Renaissance. Nous le reproduisons au bas de la planche 35. Les niches qui se voient, par bout, semblent avoir été disposées pour recevoir des statuettes. La galerie de la face antérieure est dépourvue de bas-relief. Mais la finesse des sculptures qui la couronnent est, tout à fait, dans le style et le goût de celles que l’on admire dans nos stalles.

L’intérieur de ce tombeau fut visité par Léonard de Trapes, avec les mêmes précautions que celui de

1 Roman., cap. i, v. 20. Iovisibilia enim Ipsius à crcalura mundi, per 2 Voir, plus haut, page 13.

3 Trouvé, le 19 mai 1813, dans la Crypte de Saintes (Charente-Inf.)

St Léothade. «Or, ajoute à ce propos le P. Mongaillard, on disait généralement qu’à la deuxième chapelle se trouvaient les restes de St Taurin; et rien n'était plus facile que de vérifier, sur ce point, les traditions de notre église. Il est certain, en effet, que ce grand Saint est venu cueillir, non loin de nos murs, la palme du martyre; et l’on sait, déplus, qu’il est mort d’une fracture à la partie supérieure de la tête. Les hommes de l’art examinèrent donc le crâne du deuxième tombeau. Il fut bien constaté qu il était fracturé, à droite, du sommet de la tête à l’oreille, sur une étendue égale à la paume de la main; et l’on n’hésita pas de conclure que c’était bien le corps de St Taurin.»

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