CHAPELLE HE SAINT- AUSTINDE
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lacée dans l’axe du rond-point, la troisième chapelle de la Crypte correspond exactement à celle qui termine le chevet de la basilique. Elle porte encore les traces d’une restauration soignée, dont les divers caractères rappellent le mauvais goût du règne de Louis XIII. L’autel fut décoré en exécution d’un codicille de Léonard de Trapes, afin de préparer à ce vénérable prélat, dans les chapelles de la Crypte, la modeste sépulture qu’il avait lui-même demandée1. Seulement, on jugea plus convenable d’ «accommoder à cette fin» la chapelle qui pouvait le mieux être éclairée, c’est-à-dire la troisième, bien que le testateur eût donné la préférence à celle qui précède. La fenêtre du centre fut donc modifiée et agrandie, pour recevoir la «grande châsse d’argent» dont nous avtms parlé ailleurs; ce qui obligea de descendre le tombeau entre le mur et l’autel, et de le rendre moins apparent que ceux des deux premières chapelles.
En face, et dans le sol, fut creusée la tombe du bienheureux Léonard. Une simple dalle de marbre noir marqua la place où devaient reposer ses restes; et son héritier y fit graver la touchante inscription qu’il avait désignée de son vivant. «Cette chapelle est appelée, par le peuple, de Saint-Léonard. Elle était autrefois couverte d’ex-voto, en commémoration des miracles opérés sur son sépulcre2.»
La révolution de 1793 fit disparaître tous ces pieux monuments de la piété de nos pères. La tombe fut ouverte et profanée; mais le clergé de Sainte-Marie l’a transportée au bas des marches de l’autel du chœur, dans les premières années du xix® siècle.
À la place que cette tombe avait d’abord occupée, quelques irrégularités dans les pierres qui couvrent le sol portent les traces d’un remaniement de fraîche date. Là reposent, dans l’oubli, les restes de Monseigneur Augustin de Meaupou, qui fonda notre hospice civil et militaire, dans les premières années du xviue siècle, et arrêta, pour le palais archiépiscopal, le plan de reconstruction qui se complète de nos jours. Mort en 1712, il avait reçu, au sanctuaire du chœur, dans une honorable sépulture, un gage bien mérité de la reconnaissance publique. Mais ses ossements furent dispersés, dans la tourmente révolutionnaire; l’épitaphe elle-même, gravée sur cuivre, fut indignement mutilée.
Par un louable sentiment de réparation, l’autorité municipale a voulu donner le nom de Monseigneur de Maupeou à une rue de la basse ville, dans le voisinage de l’hospice. Espérons qu’une inscription lapidaire viendra un jour, à cette place, redire aussi le nom et perpétuer le souvenir de cet auguste pontife, le bienfaiteur des pauvres.
Le tombeau que nous voyons encore, entre l’autel et le mur de cette chapelle, est dans le même style, et, par conséquent, de la même époque que celui de St Taurin. Il fut ouvert, comme les deux autres, dans
' Voir, plus haut, page 68. métropolitaine de Sainte-Marie d'Aucli, page 3o.
- P. Sentetz, de Durau : Notice descriptive et historique de l’église 1 De sanclo Leothadio, fol. 276.
la visite épiscopale de l'année 1610. Le Bienheureux Léonard put constater qu'il contenait le corps de St Austinde; «ce que diverses preuves, » dit le P. Mongaillard, « établirent de la façon la plus manifeste.
S 'authenticité de nos trois reliques étant donc ainsi bien démontrée par notre très religieux pontife, on leur rendit avec empressement l’honneur qui leur est dù. Et d’abord, à la demande du clergé et de la ville entière, on entoura d’étoffes d’uu grand prix les chefs si vénérables de nos saints prélats, dont la piété, la sagesse et les lumières surhumaines avaient répandu tant d’éclat, de leur vivant. Ensuite, le Bienheureux Léonard et les plus anciens membres du chapitre les présentèrent ostensiblement à la vénération des fidèles; et, enfin, on scella de nouveau les sarcophages, après y avoir mis un écrit qui contient tout le détail de cette fête de l’invention de nos reliques, sous la forme de ces parchemins roulés que les anciens étaient dans l’usage de déposer, comme un monument d’éternel souvenir.
» Quant aux trois chefs des saints pontifes, on les transporta respectueusement dans le trésor de la Cathédrale, où on les a déposés, en attendant que les reliquaires d’argent qu’on leur prépare soient entièrement prêts à les recevoir.
» Mais dans cette belle solennité de l’invention des saintes reliques, le collège de notre Société ne devait pas être privé de sa part de bénédictions'. L’auguste prélat, toujours si bienveillant pour nous, et sachant bien avec quelle ardeur nos PP. ambitionnaient une petite part de ce précieux trésor, a daigné nous offrir, de lui-même, une portion de côte de St Léothade, un fragment de grand os de St Austinde, et la petite phalange d’un doigt de St Taurin. Il a gardé pour lui les pallium5, avec les crosses de bois, telles qu’on les avait trouvées dans les tombeaux, par ce motif seulement que leur excessive vétusté les avait presque réduites à néant, ou au faible poids d’une mince baguette. Vous diriez de la moelle de sureau, et encore si peu consistante que le moindre contact dût la mettre en poussière.»
Du reste, cette solennelle vérification des reliques, contenues dans nos trois sarcophages, devait naturellement accroître la confiance des fidèles. « Soit incurie dans les époques antérieures, soit trop grande ancienneté de date, on n’avait plus, depuis longtemps, qu’une tradition vague pour déterminer chaque tombeau.» Désormais, les fidèles purent, sans hésiter, aborder les trois reliquaires; et ils vinrent, en effet, dans la Crypte, invoquer plus souvent le crédit de nos saints prélats, dans les temps de calamités publiques, demander la guérison de leurs infirmités privées, ou du moins un adoucissement à la souffrance, et cette force morale qui aide à la supporter.
«On se recommande spécialement à St Léothade,» dit notre chroniqueur", «contre les maladies populaires;» et les jeunes mères avaient aussi une grande confiance en ses reliques, dans les rudes épreuves de l’enfantement. Trop souvent, le pieux fidèle, retenu sur son lit de douleur, était privé de descendre lui-même dans la Crypte. Une ouverture, A, pratiquée à gauche sur la face latérale du tombeau, permettait alors de déposer sur la relique de petits linges appelés «brandea,» ou autres objets pieux*. Et le malade les accueillait avec cette confiance que les premiers chrétiens avaient pour
' Les Jésuites dirigeaient alors le collège d’Auch, et le P. Mongaillard, natif il’ Aubiet, était du nombre des régents. Il mourut dans notre ville sans avoir achevé le manuscrit sur l'histoire de la Gascogne, qui nous a souvent guidé dans nos recherches.
5 Le pallium proprement dit est la marque de l’autorité métropolitaine. 11 n’a donc pu être conféré à St Léothade, si ce n’est à litre de privilège personuel. Ce ne serait pas, au reste, le seul exemple d’un privilège de celte nature. — On sait que le pallium descend toujours dans la tombe avec le prélat qui l’a porté de son vivant.
3 Dom L.-Cl. de Brugelles, page 66.
4 «Vêtus excavatum foramen delectum est, ’pervium ad corpus sanctæ Martyris, per quod fldeles sudariola solebant demittere, quæ à sepulcri contacte vira restituendæ sanitatis haurirent.» — Ainsi s’exprime, dans le bréviaire d’Auch, la légende de Sle Cécile, à proposée ses reliques. Voir aussi Doin P. Goéranger, Hist. de Ste Cécile, in-12, page 242.— Cette pratique de mettre de petits linges eu contact avec les corps saints était, par conséquent, déjà fort ancienne du temps de St Léothade.
les suaires et les ceintures de St Paul, dont le simple contact chassait les mauvais Esprits et guérissait toutes sortes d’infirmités corporelles1.
Les pèlerins, qui avaient trouvé, dans notre hospice de Saint-Jacques, tous les soins d’une cordiale fraternité, ne reprenaient jamais le chemin de Compostelle sans se rendre dans la Crypte. Ils y recevaient le pain des forts, déposaient, en face des autels, la panetière et le bourdon; et puis, le front humilié devant la sainte relique, ils aimaient à passer sous les tombeaux, comme pour donner, par cette espèce de contact, plus d'efficacité à leur prière. Et le Seigneur répondait à leur pieuse confiance, comme autrefois aux malades d'Israël : «Qu’il vous soit fait en proportion de votre foi-..,
Cependant, de jour en jour plus enhardis par les concessions de l’Edit de Nantes, les Protestants faisaient un crime au Catholicisme du culte des saintes reliques. Diverses pratiques, que le Concile de Trente avait reconnues «bonnes et utiles,» sans les imposer aux fidèles, étaient traitées de puériles superstitions dans les écrits des prétendus réformés. II est vrai, dit Bossuet, que les marques sensibles de révérence ne sont pas toutes absolument nécessaires. Aussi l’Eglise, sans rien altérer dans la doctrine a pu étendre plus ou moins ces pratiques extérieures, suivant la diversité des temps, des lieux et des occurrences 3.
A Auch, Monseigneur de Vie crut devoir les restreindre, en modifiant les primitives dispositions de nos autels dans les chapelles cryptales. L’intérieur du tombeau de St Léothade ne fut plus accessible aux divers objets de dévotion qui, pendant tant de siècles, avaient trouvé si bon accueil auprès des malades. Les boiseries empêchant toute communication avec les trois sarcophages, ces précieux monuments furent méconnus, comme objets d’art chrétien; et les profanations de 1793 vinrent, à leur tour briser la chaîne des pieux souvenirs qui, depuis plus de trois cents ans, se rattachaient à la Crypte.
ous ne pensons pas que les deux dernières chapelles aient jamais eu de vocable particulier. Les autels, adossés au mur, n’ont pas été disposés, comme les trois autres, de manière à recevoir îs tombeaux sous lesquels on pût trouver un libre passage.
dais à défaut de sarcophage roman ou ogival, ou même de châsse à saintes reliques, dans la quatrième chapelle figure, à notre grande surprise, une espèce de stèle où nous lisons :
ICI REPOSE LE CORPS DE NOBLE MESSIRE ANTOINE DE LAFITE COMTE DE MONTAGUT COLONEL D’INFANTERIE
CHEVALIER DE St LOUIS ET DE LA LÉGION-D’HONNEU R PRÉFET DU DÉPARTEMENT DU GERS DÉCÉDÉ LE XXVIII JANVIER MDCCCXV.
C’est au pan coupé occidental de la cinquième chapelle que débouche le second escalier de la Crypte. En remontant les marches qui vont nous conduire en face de l’autel dédié à St Louis, il est facile de reconnaître qu elles sont plus sensiblement usées que celles de la première rampe. Or, ce que nous avons dit plus haut nous semblerait expliquer cette différence. La porte septentrionale de la Crypte était généralement réservée pour les communications entre l’église et le palais de nos archevêques;
1 Act., cap. six, v. 12. Ha ut etiam super languidos deferrentur 1 Math., cap. ix, v. 29. Secundum fidem vestram fiat vobis.
à corporc cjus sudaria et semicinclia, et recebebanl ab eis languores. 2 Exposition de la doctrine de l’Eglise catholique.
tandis que celle du sud était ouverte aux «personnes pieuses qui venaient, nous dit M. Louis Daignan, chercher dans ces lieux un recueillement particulier, près de la tombe des saints évoques d’Auch, Taurin, Léothade et Austinde.»
Ici, comme à l’escalier du nord, s’ouvrait encore, à moitié rampe, une seconde porte aujourd’hui murée. Elle servait, avant 1550, aux chanoines réguliers pour communiquer avec l’intérieur de la Cathédrale. Depuis la sécularisation du chapitre, elle ne servit plus qu’à conduire les fidèles à la chapelle romane de Notre-Dame de Pitié. A une époque reculée, ces sombres voûtes, où les nervures toriques sont encore fortement accentuées, furent embellies de peintures polychromes; mais un épais badigeon les recouvre presque en totalité. Toutefois, quelques larges écailles de cet enduit de chaux, enlevées avec précaution, ont remis en lumière des fragments de scènes historiques, accompagnées de divers motifs d’ornementation. Nous mentionnerons, en particulier, un groupe à personnages nimbés, où Jésus semble instruire ses apôtres de la mission qui doit bientôt leur être confiée.
La porte de communication est murée depuis 1793. Il est bien à regretter que les modifications survenues, pour le service des prisons départementales., dans cette partie souterraine des anciennes dépendances de la Cathédrale, aient tout à fait changé l’aspect du dernier souvenir qui nous reste des constructions faites par St Austinde, vers le milieu du xic siècle.