SEIZIÈME, DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIÈME SIÈCLES
Etude historique et littéraire d'après de nombreux documents inédits
« Cette famille a été plus de cent années « féconde en savants et le nom de M Sainte-Marthe est de ceux dont le « pays a le plus sajet de s'honorer n, (Voltaira).
C'est une des gloires du seizième siècle d'avoir produit des imaginations puissantes et fortes, de rudes travailleurs aussi versés dans la connaissance des sciences exactes que dans celle des lettres, et tout à la fois politiques habiles, jurisconsultes éminents, théologiens savants. A une époque où les passions violentes et déchaînées paraissaient ne devoir engendrer que troubles et désordres, on est profondément surpris de trouver des hommes d'un caractère vigoureusement trempé, travaillant avec une énergie sans égale. Les études les plus variées semblent du domaine de ces âmes d'élite; alors le jurisconsulte est un poète distingué, presque toujours un philosophe sérieux, un mathématicien profond ; de plus, il s'adonne à l'art oratoire, aussi ses talents et ses
connaissances multiples le désignent-ils au libre choix de ses concitoyens et par suite à celui du pouvoir royal; il devient un homme politique. Ce titre n'était donc qu'une conséquence de longues années de labeur, quelque étrange que puisse paraître le fait à la fin de notre dix-neuvième siècle qui n'a pas précisément la même façon d'envisager les choses. Quoiqu'il en soit, c'est à ces vigoureuses intelligences que revient le mérite incontestable d'avoir déblayé le chaos de l'époque précédente et d'avoir préparé au grand siècle une voie large et plus facile à parcourir. Les Descartes, les Pascal, les Corneille, les La Fontaine, les Molière allaient bientôt paraître et bientôt éclipser leurs prédécesseurs moins brillants; est-ce à dire qu'ils faille pour cela mépriser ceux qui sont venus les premiers : non, évidemment ; et cependant, si parmi ceux-ci, quelques-uns ont conservé, de nos jours, une certaine notoriété, la plupart moins heureux sont passés à l'état de souvenir plus ou moins net, plus ou moins effacé. Tel en a-t-il été de Scévole de Sainte-Marthe dont le nom ne se rencontfe plus que dans les dictionnaires biographiques et peut être par hasard, dans un cours de littérature, ayant la prétention d'être plus complet que les autres. L'ami de de Thou, de Ronsard, d'Antoine de Baïf, de Rémi Belleau, de Vauquelin de laFresnaye, d'Etienne Pasquier et de tant d'autres eût mérité mieux que cela. Célèbre entre tous à son époque, il conserve pendant plus de deux siècles une renommée considérable. Des louanges de ses contemporains, ce n'est pas ici le moment de parler; mais, lorsque depuis de longues années Scévole de Sainte-Marthe a disparu, nous voyons Balzac et Voltaire rappeler son nom de la façon la plus élogieuse et Perrault même lui donner le nom de « Grand ». A notre époque, plus rien, et si, il y a environ quarante ans, M. Léon Fougère ne lui avait consacré quelques pages dans ses portraits littéraires du seizième siècle, il semblerait complètement oublié.
Cette intelligence d'élite nous a paru mériter une mention spéciale et, dans cette pensée, nous nous sommes mis à l'œuvre; mais bientôt notre travail a dû s'étendre au-delà des limites que nous nous étions primitivement fixées. Ce n'était plus un Sainte- Marthe seul qui méritait d'être connu, c'étaient des dix, quinze, vingt membres de cette même famille, dont les services rendus à l'Etat, dont les travaux littéraires remarquables ne pouvaient être passés sous silence, t Cette maison, dit Voltaire, a été plus de cent
années féconde en savants ». Ce n'est pas assez dire, pendant près de trois cents ans, les Sainte-Marthe ont tenu un rang illustre dans la « République des lettres », pour nous servir des termes mêmes d'un de leurs historiens (1). Dès lors que fallait-il faire? Borner cette étude à un seul, le plus célèbre, ou Télendre à tous? Nous avons cru ce dernier parti de beaucoup préférable. Prenant les Sainte-Marthe dès leur origine connue, nous nous sommes tait leur historien Adèle et nous avons tenu à poursuivre ce travail jusqu'à ses dernières limites, trouvant qu'il était de toute justice que la gloire des ancêtres pût atteindre les descendants.
A(in de n'y point revenir, nous mentionnerons immédiatement les principales sources auxquelles nous avons puisé. Citons la Bibliothèque et les Archives Nationales, mines fécondes, ouvertes à tous; puis un grand nombre de documents de famille absolument inédits, qui nous ont été fournis par M. le baron Hulot de CoUart Sainte-Marthe, membre de la Société archéologique de la Loire-Inférieure. Ses archives particulières, mises largement à contribution, ont donné à notre travail, nous Tespéronsdu moins, un attrait tout spécial; ce n'est donc que justice d'adresser ici publiquement tous nos remerciements à notre obligeant et savant ami.
Nous devons également exprimer notre gratitude au Révérend Père [ngold, de l'Oratoire, pour la sympathie qu'il a bien voulu nous témoigner. Mieux que personne, il connaît les Sainte-Marthe; nous ne saurions oublier en effet que Tun d'entre eux, le Père Abel-Louis de Sainte-Marthe, cinquième Supérieur général de rOratoire, a trouvé dans le Père Ingold, l'historien le plus érudit, le défenseur le plus compétent et le plus éclairé.
Terminons par une simple remarque; bien qu'écrivant l'lustoi|;e d'une famille, nous avons voulu faire non pas une étude généalogique, mais avant tout une étude littéraire; or, précisément, à ce point de vue, tant de membres d'une même maison méritaient d'être signalés que nous nous sommes trouvé forcé de parler de tous et de rapprocher les uns des autres ceux que la communauté de vertu, de talents et de science reliait entre eux, aussi bien que la communauté d'origine.
(1) Dreax du Radier, Bibliothèque historique et critique du Poitou (tome V), à Paris, chez Ganeau, 175i.