CHAPITRE XIII
François II de Sainte-Marthe^ seigneur de Chandoiseau et ses ENFANTS. — Claude de Sainte-Marthe^ prêtre. — Il devient
CONFESSEUR DE PORT-ROVAL. — SeS DISGRACES. — BIBLIOGRAPHIE DE SES OEUVRES. — ICONOGRAPHIE.
François de Sainte-Marthe naquit au mois d'août 1616; il était fils de François I, seigneur de Chandoiseau (1), dont nous avons parlé, et de Marie Frubert. II fit ses humanités à Paris, au collège d'Harcourt, et, suivant les traditions de sa famille, se destina au barreau.
Avocat au Parlement et au Grand-Conseil, il connut les succès
(I) AfÎD de ne pas nous perdre dans des détails, nous n'avons pas cité les enfants de François I de Sainte-Marthe comme le fait Dreux du Radier. Noas les citons ici; ces enfants sont, du premier lit : Pierre de Sainte-Marthe, né en 1605, prieur de Saint-Glément-de-Craon, en Anjou, et Jacques^ seigneur des Ruaui, né en 1607, mort sans alliance à Montmorillon en 1642. Du second lit : François II, Claude et Jean dont nous parlons dans ce chapitre; Louis, religieux de l'Ordre de Cluny, né en 16^1 ; Gaucher, seigneur de la Barre, blessé à la bataille de Rocroi, en 1643; Isabelle, aliat Elisabeth, mariée à Paris en 1631 à Jean du Ghastenet, baron de Murât et Meyrignac^ prés tiourganeuf, maître des requêtes du duc d'Orléans; et enfin Suzanne, née en 162t», religieuse à Fontevrault en 1644.
oratoires, succès passagers et qui, comme le fait observer Dreux du Radier, ne laissent que des souvenirs éphémères. L'on se souvient bien peu des maîtres dont l'éloquence charma la génération précédente; leur nom est à peine connu et, s'ils n'ont marqué ni par leurs ouvrages ni par leur influence politique, l'oubli les enveloppe de ses voiles épais; ces voiles même ne s'écarteront qu'avec peine devant l'historien qui voudra plus tard retrouver leur trace. Ainsi en est-il pour François II de Sainte-Marthe. Il connut l'enthousiasme des foules et est maintenant totalement oublié. Il avait du reste quitté le barreau assez jeune pour occuper à Loudun une charge de balli. Constatons également que sa carrière dans cette nouvelle fonction ne fut pas de longue durée; bientôt, en effet, il se retira à Chandoiseau, aux environs de Loudun; c'est là qu'il devait terminer sa vie. François avait épousé, en avril 1641, Marie Camus, fille de Jacques Camus (1), avocat célèbre au Palais et au Grand-Conseil, et de Marie du Mousseau.
Ses enfants furent au nombre de sept; nous allons les passer rapidement en revue.
Gaucher- Louis 9 né à Paris le 13 avril 1647 et mort vers 1700, avait embrassé le parti des armes. Capitaine des grenadiers d'Auvergne, il fut blessé le 28 mai 1684 au siège de Luxembourg et devint major de la citadelle de Cazal (2).
Denis, né en 1650, devint général des Bénédictins de Saint-Maur; nous en parlerons dans la suite.
Marie, née en 1642, épousa en 1659 Jacques de Grimouard, seigneur du Péré (3).
Marguerite^ née en 1644, religieuse de Port-Royal; son oncle Claude, prêtre, lui adresse plusieurs de ses lettres.
Anne-ÉlisaJbeth épouse en 1696 Prosper d'Anthenaise, seigneur de la Rallière (4).
Enfin deux filles, Marie et Angélique^ nées en 1649 et 1654.
(1) Camus : d'iizury à 3 croissants d' argent j posés 2 et 1, et une étoilt d'or au cœur de Vécu.
(2) Bibliothèque nationale. cabÎDet des titres, pièces originales, vol. 2762 * de Sainte-Marthe », n» 61659, pièce 135 (parchemin).
(3) Les Grimouard ou Grimoard portent : d'argent, freité de gueules de six pièces, au franc quartier d'azur.
(4) Les d'Anthenaise portent : d'argent, à 3 jumelles de gueules en bande.
Claude de Sainte-Marthe, dont nous venons de prononcer le nom, à propos des lettres qu'il écrivit à ^a nièce Marguerite, était le propre frère de François II et le troisième fils de François, seigneur de Chandoiseau. Il naquit à Paris le 8 juin 1620. C'est là qu'il fit toutes ses études et se destina dès l'enfance à l'état ecclésiastique. Mais, au grand étonnement de ses amis et malgré les sollicitations de sa famille, il refusa de prendre le grade de docteur auquel ses connaissances et ses travaux lui donnaient droit; comme son illustre parent, il visait non pas aux dignités ecclésiastiques, mais à la vie simple et obscure du religieux ou du prêtre. Retiré dans sa terre de Chandoiseau, il se livra entièrement à l'étude de l'Écriture et des Pères de l'Église. Nulle autre préoccupation littéraire ne l'occupait dans sa retraite toute consacrée au travail et à la prière. Afin d'avancer encore plus dans la pratique des vertus chrétiennes et ne trouvant pas sa vie assez austère, Claude de Sainte-Marthe entra peu de temps après dans une communauté d'ecclésiastiques. Là il se prépara à recevoir la prêtrise, et encore est-il qu'il fallut lui faire violence pour lui faire franchir ce pas décisif dont, par excès d'humilité, il se croyait indigne.
M. Singlin, qui avait alors à Port-Royal le rôle prépondérant que l'on sait et qui se connaissait en hommes, comprit quels services il pouvait rendre aux idées dont il était un des apôtres. La piété scrupuleuse de Sainte-Marthe, son ascétisme devaient en effet trouver dans la célèbre abbaye un élément à leur ardeur. Claude s'installa dans la maison de Port-Royal-des-Champs et il fut d'abord chargé de la cure d'une petite paroisse dépendant du monastère, la cure de Mondeville (diocèse de Sens). Le jeune prêtre, qui venait de refuser du roi un bénéfice dont les revenus étaient considérables (1), accepta avec enthousiasme cette cure abandonnée, sans ressources, située dans un pays ruiné par les troubles de la Fronde. Le précédent titulaire était, dit-on, mort de frayeur à la suite de l'assassinat de son vicaire; Mondeville sembla l'idéal à cette âme avide de dévouement. La réalité dépassait encore l'idée que Claude de Sainte-Marthe avait pu s'en faire luimême; la contrée était absolument désolée par la guerre civile les plus riches y manquaient de pain; les habitants, épuisés,
(1) La trésorerie de la Saiute-Ghapelle de Paris.
étaient la proie de la maladie et mouraient de misère. Ce fut au milieu de cette population que Sainte-Marthe, rempli des idées dont nous avons parlé, commença son ministère. Il voulut vivre de la vie de ceux qui l'entouraient, partageant toutes ses ressources avec eux, se privant du nécessaire et ajoutant à cela des mortifications personnelles exagérées. Le résultat ne se fit pas attendre : il tomba lui-même si gravement malade que ses supérieurs durent le rappeler à Port-Royal-des-Champs. Sa sauté s'étant rafiermie, il commença une vie différente, réservée surtout à l'étude; c'est là qu'il écrivit quelques-uns de ses traités de piété dont nous parlerons. Arnauld et H. de Saint-Gilles avaient été ses maîtres, ils devinrent ses inspirateurs, quoiqu'il les dépassât encore par le rigorisme religieux dont il fait preuve dans tous ces ouvrages.
Nous arrivons à l'année 1656. Les doctrines de Jansénius avaient été condamnées à Rome, Arnauld y avait répondu par des lettres demeurées célèbres; celles-ci venaient d'être soumises à la Faculté de Théologie et solennellement condamnées, après une sorte de concile qui n'avait pas duré moins de deux mois; Arnauld était rayé de la liste des docteurs. C'était la rupture forcée avec Rome ou la retraite obligatoire. Disons à l'honneur d'Antoine Arnauld qu'il n'hésita pas, s'effaça complètement, abandonnant la direction des religieuses de Port-Royal. A ce moment même, l'intervention de M. Singlin obligea Claude de Sainte-Marthe à se charger des fonctions laissées vacantes par Antoine Arnauld. Il les exerça concurremment avec la prédication pendant près de six années, jusqu'aux troubles causés par la question du formulaire et la décision royale du 29 avril 1664 qui en faisait une loi d'état. Sainte-Marthe quitta Port-Royal avec les autres solitaires; il se retira dans une petite maison du faubourg Saint-Antoine avec Joseph du Cambout de Pontchâteau, marquis de Coislin, oncle du cardinal et de Baudry de Saint-Gilles d'Asson.
Cinq ans plus tard, en 1669, après la décision plus conciliante de Clément IX, il fut rétabli dans son emploi et reprit ses fonctions qu'il exerça encore pendant dix années. Cependant les vieilles divisions n'étaient pas éteintes; secrètement se formaient ces cabales contre l'autorité royale qui allaient amener, quelques années après, la dispersion définitive de la vieille abbaye;
Claude de Sainte-Marthe reçut Tordre d'en sortir et cette fois définitivement.
Du Fossé, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de Port- Royal (1), nous raconte cette nouvelle épreuve réservée à Claude de Sainte-Marthe, de telle façon que nous n'aurions pas besoin d'autre témoignage en sa faveur si cela était nécessaire, c Quand ce prélat (l'archevêque de Paris), dit-il, eut donné ses ordres à Tabbesse pour le dedans de la maison, il demanda à parler aux confesseurs, qui étaient M. de Sacy, M. de Sainte-Marthe et quelques autres. Le compliment qu'il leur fit, fut que le roi était très content de la sagesse de leur conduite et de la manière dont ils avaient gouverné ce monastère, mais qu'il était obligé de leur dire en même temps qu'ils avaient des ennemis et qu'il fallait céder pour quelque temps à leur mauvaise volonté. C'est pourquoi, ajouta-t-il, je viens vous déclarer en ami, que vous vous retiriez pour laisser passer ce mauvais tems : cela ne durera pas t
L'archevêque de Paris n'était pas bon prophète, cela devait durer; quant à Claude de Sainte-Marthe, il ne devait pas revoir sa chère abbaye.
Il se retira à Corbeville, château de Mn»« Abel de Sainte-Marthe, sa parente, dans la paroisse d'Orsay, au diocèse de Paris. Il y continua pendant onze ans sa vie d'études et de retraite, interrompue seulement par un voyage en Flandre et en Hollande.
Il mourut à Corbeville le mercredi 11 octobre 1690, à l'âge de soixante-dix ans et quatre mois, entre les bras de M. Burlugai, théologal de Sens. Sa dépouille mortelle fut portée à Port-Royaldes-Champs, où l'inhumation eut lieu le samedi suivant; il paraîtrait que le cercueil ayant été ouvert, son corps fut trouvé sans corruption, fait qui frappa beaucoup, dit-on, et d'où on tira une preuve de plus de la sainteté du défunt.
Il est très certain d'ailleurs que la vie de Claude de Sainte- Marthe fut une vie toute d'humilité et de pénitence. Contrairement à d'autres solitaires de Port-Royal qui peuvent être soupçonnés d'ambition personnelle, Sainte-Marthe n'eut qu'un désir, passer inaperçu; et si sa science théologique et son éloquence se firent jour en maintes circonstances, notamment
(1) Utrecht, 1739, in-U. p. 350-;tô3.
dans une conférence contre Ghamillard, resiée célèbre, on peut dire qu'il ne chercha jamais ces succès bruyants. D'une conviction ardente, il soutint de tout son pouvoir les religieuses de Port- Royal et par ses écrits et par des secours matériels; son nom est, à ce point de vue, mis souvent en parallèle avec celui de Sacy.
Suivant les historiens du temps, sa parole était agréable et facile, son style était simple et naturel, plutôt austère comme sa vie elle-même, mais cette austérité, cette sévérité, Sainte-Marthe l'appliquait à lui et non aux autres; au contraire, on le disait compatissant aux faiblesses humaines et cette bonté de cœur n'eut d'égale que sa charité. Les historiens de Port-Royal n'ont pas assez mis en lumière ce côté de son caractère, et ces deux vers par lesquels ils ont essayé de le peindre, s'ils montrent bien la fermeté de ses convictions, ont le tort de ne faire aucune allusion à sa charité chrétienne :
Impatiens faisi, verique tenacior, indè Ingerault, tacuit, fugit et occubuit.
Tant il est vrai que les hommes cherchent en autrui, même dans leurs vertus, ce qui peut flatter leurs passions du moment ou les excuser. Pour les solitaires de Port-Royal, Claude de Sainte- Marthe devait être l'intransigeant auslère, risque ad mortem, c II ne put, dit du Fossé (1), souffrir la fausseté ni Terreur et il fut très attaché à la vérité, ce qui fut le sujet de ses gémissements, de son silence et de la retraite où il est mort. » Nous nous garderons de ces exagérations. Claude de Sainte- Marthe fut avant tout un modeste, ennemi des contestations bruyantes. D'une piété sincère, presque ascétique, il trouva dans la vie de Port-Royal l'idéal rêvé, mais on peut affirmer qu'il resta dans les limites permises par l'Église et rien n'autorise à le classer parmi les adeptes de la doctrine de Jansénius.
L'épitaphe gravée sur sa tombe est éloquente dans sa simplicité.
Hic jacet Claudius de Sainte-Marthe, Prœsbyter^ familiâ nobilis^ doctriaàprestam, morumsanctitate^ ac viUe simpHcitate venerabiiiSj qui in Imc Abbatid ad sacras conciones^ confessionesque assutnptus^
(I) Mémoires, p. 372. Voir aussi Vies intéressantes et édifiantes des religieuses de Port-Royal et de plusieurs personnes qui leur étaient attachées, publiées pai 'abbé Leclerc^ 1750, in-12, t. J, p. io-bJ.
in eo opère laboravit annis xxiii, prodesse qmmprœesse studiosior. Decessit paiilô post septuagenario major ^ die xi Octobr. 1690.
D'après une estampe représentant l'abbaye de Port-Royal-des- Charaps et gravée par Marie Horthemels, nous voyons que la tombe de Claude de Sainte-Marthe était située dans le sanctuaire de la chapelle, du côté de l'Évangile (1). En 1711, lorsque Port-Royal fut détruit, les restes mortels de Racine, de Le Maistre de Sacy, de Pascal furent inhumés à Saint-Étienne-du-Mont. Il est probable que, moins heureux que ces derniers, notre Sainte-Marthe subit le sort du plus grand nombre et que son corps alla combler le charnier anonyme du cimetière de Saint-Lambert. Saint-Simon a raconté cette profanation avec un sentiment de révolte et cela se conçoit. C'était assez d'avoir fait signer au roi Tordre de disperser jusqu'aux pierres de l'abbaye rebelle, il était inutile de profaner ses tombes.
L'œuvre littéraire de Claude de Sainte-Marthe est fort importante. Nous devons signaler d'abord ses lettres; nous pourrions les citer toutes, tant l'élévation des pensées s'y rencontre toujours. Celle qu'il écrivit à M™^ de Sainte-Marthe sur la mort de M. de Sacy, de la Mère Angélique de Saint-Jean et de M. de Luzancy et sur le retour du Père de Sainte-Marthe, général de l'Oratoire, est un modèle du genre (2). Nous en extrairons un passage parce qu'il se rapporte à un Sainte-Marthe, le supérieur de l'Oratoire, dont nous avons déjà parlé, et parce que, en termes de la plus haute élévation, il fait comprendre les sentiments intimes, Tétat d'âme de son auteur.
« Parmi toutes ces nouvelles de mort, écrit Claude de Saintcf Marthe, j'aprens, Madame, la résurrection d'une personne qui est t très-digne de vivre. Il y a déjà long tems qu'il était comme mort « à l'égard du corps qu'il doit animer. Il avait les pieds et les mains
(i) Une autre estampe que nous avons également sons les yeax et qui oe porte pas de nom de graveur nous donne le Plan de labbaye de Porl-Royal des Champs à vue d'Oyseau, On y voit la maison de M. de Sainte-Marthe, sorte de petit presbytère, à droite de l'entrée, au bord du chemin, non loin de l'étang. Ces deux estampes doivent provenir d'ouvrages anciens sur Port-Royal-des- Gharops.
(2) Supplément au nécrologe de V abbaye de Notre-Dame de Port-Royal-des- Champs, première partie, 1735, iD-4«, p. 223-227.
liez et quelque grande que soit sa charité pour ceux que Dieu lui a donnez, il ne pouvait pas les aider selon les désirs de son cœur. Le voilà maintenant dans la liberté de faire tout le bien qu'il voudra et je ne doute point qu'il ne fasse tout le bien qu'on attend de lui.
t Je n'ai pas besoin de le consulter pour aprendre qu'elle est sa pensée sur l'état où il se trouve à présent. Je sçai qu'il est pressé de toutes parts; car il est à croire qu'il désirerait de voir rompre les liens qui rattachent à son corps et de jouir d'une pleine liberté pour être tout à Jésus-Christ, ce qui lui seroit sans comparaison plus avantageux : mais je sçai aussi que le zèle de s'acquitter de son ministère et l'ardeur de servir ses Frères, lui fait souhaiter de demeurer uni au même corps, aux dépens de sa propre vie et de son propre repos. Je sçai que l'amour de son salut le porte à la solitude, au silence, à l'inaction et à ne s'occuper que du seul nécessaire. Je sçai qu'il ne peut être humble autant qu'il l'est, sans considéré que le poids dont il est chargé est infiniment au dessus de ses forces et capable de l'accabler. Un supérieur ne peut être éclairé sans se voir environné de mille dangers, et prêt à tout moment de tomber dans quelque abîme. « S'il est vrai que les particuliers doivent opérer leur salut avec crainte et ce tremblement redoublant infiniment dans ceux qui sont dans l'obligation de travailler au salut des autres, le partage des véritables pasteurs est dans la douleur et le gémissement... « Vous voiez que la vie des pasteurs est plutôt une mort qu'une vie et que, si nous avons la joie de la résurrection de notre ami, rien ne peut empêcher (ju'il n'en ait dans le fond du cœur une très profonde tristesse; qu'il ne regrette sa solitude et son tombeau, qu'il ne regarde sa liberté comme une très-dure servitude...
i Mais comment se peut-il qu'on aime avec passion la solitude et que néanmoins on se porte avec joie à servir ceux qu'on ne peut servir qu'en renonçant à la solitude et sans se mettre en danger d'en perdre tous les avantages? Pour le comprendre, Madame, il faudrait avoir l'esprit d'un véritable pasteur. Celui qui aime ses brebis d'un amour plus fort que la mort, expose sa vie pour elles: il ne fuit point les dangers; il combat avec générosité les lions et les loups qui s'efforcent à les dévorer; il s'oublie lui-même pour ne se souvenir que de ceux que Dieu a
1 commis à ses soins et ils sont les seuls objets qui remuent son c cœur. II est plein de consolation et de joie quand il voit que ses c enfans marchent et avancent dans la voie de la vérité et, s'il c sent de la douleur, c'est une douleur de charité semblable à c celle de saint Paul, qui vient du travail qu'il a de porter ces « mêmes enfans dans son cœur, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit f formé en eux; c'est une douleur qui vient de l'empressement f qu'il a du salut de ses frères qui l'oblige de souffrir une infinité t de fatigues et de travaux pour leur salut, d'être foible avec ceux « qui sont foibles, de gémir avec ceux qui gémissent et d'être c tout à tous. Hais je ne sçai pas pourquoi, Madame, je vous t parle d'une grâce à laquelle je n'aspire point. Dieu a rompu c mes liens et je lui en dois rendre, en actions de grâce, un t perpétuel sacrifice de louanges. Je serai assez heureux si -je c puis me tenir en paix dans mon tombeau., et si je travaille c uniquement à mon salut dans la retraite et le silence... t
Toute la vie de Claude de Sainte-Marthe est là pour montrer que ces sentiments d'amour de la retraite et de dévouement pour les âmes, qu'il exprime en termes si éloquents, ont toujours été les sentiments les plus intimes de son âme.
Parmi ses autres ouvrages et en plus des lettres, nous citerons :
1. L'apologie pour les religieuses de Port-Royal-du-Saint-Sacrement contre les injustices et les violences du procédé dont on a usé envers ce monastère... (par Claude de Sainte-Marthe, Antoine Arnauld et Pierre Nicole), s. 1., 1665, in-4°, 4 parties en 1 vol. in-4% avec paginations particulières.
2. La lettre d'un théologien à un de ses amis sur le livre de M. de Chamillard contre les religieuses de Port-Royal^ 1665.
3. Deffense (1) des religieuses de Port-Royal et de leurs directeurs sur tous les faits alléguas par A/, de Chamillard dans ses deux libelles contre ces religieuses^ 1«^ août 1667, par Claude de Sainte- Marthe (s. 1.), 1667, in-4o.
4. Lettre d'un ecclésiastique à un de ses amis^ par Claude de Sainte-Marthe (s. 1. n. d.), in-4o, 4 pages (peut-être est-ce le numéro 2).
5. Claude de Sainte-Marthe a eu part à la Traduction française du NouveaurTestament^ connue sous le nom de Mons, quoique
(1) Ce naméro, comme le numéro 1^ est mal cité par Dreax du Radier.
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imprimée à Amsterdam en 1667 pour la première tois. Cet ouvrage avait été commencé par Antoine Le Maistre, continué et achevé par Antoine Arnauld, Pierre Nicole, Louis-Isaac Le Haistre de Sacy, Joseph-Sébastien du Cambout de Pontchâteau et Claude de Sainte- Marthe qui revit et corrigea la deuxième édition; celle-ci parut la môme année, in-12 en deux colonnes.
6. Traité de piété ou discours sur divers sujets de la morale chrétienne^ par feu M. Claude de Sainte-Marthe, prêtre. Paris, chez Osmont, 2 vol. in-12j 1702 (approuvé par le roi et la Faculté de Théologie de Paris).
7. Lettres de M, de Sainte-Marthe sur divers sujets de piétés de morale et de conduite pour la rie chrétienne^ 2 vol. in-12, 1709, à Paris, chez Louis Roulland.
Approbation du 24 septembre 1708, permis d'imprimer 14 octobre 1708. Ces lettres sont très variées, l'auteur s'y occupe des grandes vérités de la religion, mais il mélange aux discussions sérieuses des anecdotes intéressantes.
8. Morale pratique des Jésuites, peut-être à tort attribué à Sainte-Marthe.