‹ Sainte Térèse, écrivainChapitre 102 sur 108 · Exclamation VIII. — 2. Ibid., XIII · texte numérisé non relu

Exclamation VIII. — 2. Ibid., XIII

S'« Térèsr. , ,

est immense, et ce qu'il y a de plus détestable c'est qu'on se montre son ami en public et qu'on le vend dans l'ombre. Il n'a quasi personne à qui se fier. Oh ! vrai Ami, qu'il te paie mal celui qui te trahit ! Oh ! chrétiens véritables ! aidez votre Dieu à pleurer. Voyez ses larmes de compassion ! Elles ne sont pas seulement pour Lazare, mais pour ceux qui allaient refuser de ressusciter malgré sa voix qui les appelle.

« Oh ! mon Trésor, que les fautes que j'ai commises étaient alors présentes à ton esprit ! Que c'en soit fini, ô mon maître, que c'en soit fini, pour moi et pour tous ! Rappelle ces morts à la vie ! Que tes cris soient si puissants que tu la leur donnes, ô mon Dieu, sans qu'ils te la demandent, et qu'ils sortent enfin du tombeau de leurs plaisirs ! Lazare ne t'a pas demandé que tu le ressuscites ; tu l'as fait pour l'amour d'une femme pécheresse. O mon Dieu ! la voici à tes pieds, plus pécheresse encore ! fais resplendir ta miséricorde ! Moi, misérable, je t'en supplie pour ceux qui refusent de te le demander. Tu sais, ô mon Roi, le tourment que j'endure en voyant qu'ils oublient les tourments éternels qu'ils auront à souffrir s'ils ne reviennent à Toi !

« Oh ! vous qui vivez enfouis dans les plaisirs, les délices et les fêtes, accoutumés à faire toujours ce qui vous plaît, ayez compassion de vous-mêmes ! Songez que vous serez soumis toujours, et toujours, et sans fin, aux furies infernales. Songez, ah ! songez que celui qui supplie aujourd'hui est le juge qui doit vous condamner demain. Songez que pas un seul instant de vie n'est

es el pecado, que bastô para matar a Dios con tantosdolores! ; Y cuân cercado estais, mi Dios, de ellos ! i Adonde podéis ir que no os atormenten ? De todas partes os dan heridas los mortales.

« j Oh, cristianos ! Tiempo es de defender a vuestro Rey, y de acompanarle en tan gran soledad ; que son muy pocos los vasallos que le han quedado y mucha la multitud que acompafia a Lucifer ; y lo peor es, que se muestran amigos en lo pûblico y véndenle en lo secreto ; casi no halla de quién se fiar j Oh amigo verdadero, que mal os paga el que os es traidor ! i Oh cristianos verdaderos ; Ayudad a llorar a vuestro Dios, que no es por solo Lâzaro aquellas piadosas lâgrimas, sino por los que no hab an de querer resucitar, aunque, Su Majestad los dièse voces.

al; Oh, Bien mio, que présentes teniades las culpas que he cometido contra Vos! Sean ya acabadas, Senor, sean acabadas, y las de todos. Resucidad a estos muertos; sean vuestras voces, Senor, tan poderosas, que aunque no os pidan la vida, se la déis para que después, Dios mio, salgan de la profundidad de sus deleites. No os pidiô Lazaro que le resucitâsedes. Por una mujer pecadora lo hecistes ; veisla aquf, Dios mio, y muy mayor ; resplandezca vuestra misericordia. Yo aunque misérable lo pido por las que no os lo quieren pedir. Ya sabéis, Rey mio, lo que me atormenta verlos tan olvidados de los grandes tormentos que han de padecer sin fin si no se tornan a Vos.

• i Oh los que estais mostrados a deleites y contentes y regalos y hacer siempre vuestra voluntad, habed lastima de vosostros ! Acordaos que habéis de estar sujetos siempre, siempre, sin fin a las furias infernales. Mirad, mirad, que os ruega ahora el juez que os ha de condenar, y que no tenéis un solo memen to segura la v:da i porque

assuré. Pourquoi ne voulez-vous pas vivre éternellement ? Oh ! dureté des cœurs humains !

« Quêta Pitié immense les amollisse, ô Dieu ! 1»

Ainsi vécut, ainsi chanta celle dont les plus étranges déboires terrestres ne purent jamais étouffer la flamme divine.

Et ce fut encore ainsi qu'elle mourut ; car, lorsque dans la pauvre cellule où elle agonisait, entra le Viatique, elle s'élança soudain de son grabat dans un tel élan de tout le corps, qu'il fallut la retenir 2. Or, tandis que son visage, raviné et grisâtre, s'enflammait tout-àcoup des couleurs d'une miraculeuse jeunesse, ce cri tragique s'échappa de ses lèvres frémissantes : «O Dieu, ô mon Époux, il est temps de nous voir ! c

Ce fut le frémissement suprême de ce génie à qui mieux qu'à nul autre s'appliquent les vers de Corneille, qui résument en même temps la source de son lyrisme :

« L'humilité, la peine, étaient son allégresse

» Et son dernier soupir fut un soupir d'amour 3 ».

no queréis vivir para siempre ? j Oh dureza de corazones bumanos ! Ablândelos vuestra inmensa piedad. mi Dios ».

i. Exclamacion X. — 2. Ribera : Vida de la S. M. T.deJ. — 3.Épitaphe sur la mort de damoiselle Elisabeth Ranquet.

En Térèse d'Avila, on a honoré la Sainte, on a célébré le Docteur ; on n'a pas assez admiré l'Écrivain.

Dès 1614, Don Carlos Doria, duc de Thursis et Grand Amiral de la flotte génoise, venait, à la tête de soixantedix galères, apporter à l'Espagne l'annonce de la béatification.

Huit ans plus tard, en 1622, Rome canonisait Térèse.

Salamanque, en un hommage posthume, conféra à la Grande Mystique le manteau et le bonnet de Docteur. A Paris comme à Louvain, ses ouvrages, à certaines époques, firent autorité dans les chaires de théologie au même titre que ceux de Saint Thomas d'Aquin.

Térèse reçut même des honneurs militaires et, patronne de l'Espagne, elle fut déclarée récemment, par le roi Alphonse XIII, patronne des troupes de la garnison d'Avila.

Parmi tous ces hommages, dont certains tendent à défigurer un peu cette humble femme, qui resta toujours « très amie de simplicité », la part faite à l'Écrivain a été trop restreinte.

Chez elle, dans l'histoire littéraire de son propre pays, et malgré des éloges souvent plus grandiloquents que profonds, Sainte Térèse n'occupe pas encore aujourd'hui la place qui lui revient.

A l'étranger et notamment en France, on dispute encore à cet écrivain qui inspira Pascal, Malebranche et Leibnitz, et que Voltaire lui-même respectait, cette unanime admiration due au génie.

Il est temps de lui rendre justice.

Douée de mesure et de force, la langue de Sainte Térèse a déjà toutes les qualités de la belle période classique, tout en conservant la fraîcheur, l'élégance et la grâce spontanée qui l'enracinent aux couches profondes de l'âme populaire de Castille.

Si l'imagination de l'écrivain n'est pas des plus puissantes, sa sensibilité par contre est au diapason de celle des plus grands poètes.

Enfin son intelligence vaut celle des plus profonds penseurs. — « J'aime mieux, disait le savant Dr. Castro, qui fut en rapports avec elle, discuter avec tous les théologiens du monde qu'avec la Mère Térèse » ; et un moderne ajoute à cet éloge : « Femme de génie, elle découvrit les lois de la gravitation des âmes comme son contemporain Kepler avait trouvé celle des corps 1 ». Louis de Léon prétendait que Térèse avait enseigné « la plus généreuse philosophie que jamais les hommes aient pu imaginer ». Après trois siècles, ce jugement est encore celui du plus éminent critique d'Espagne : « Ni Malebranche, ni Leibnitz n'ont jamais trouvé de plus puissante ontologie 2 ».

Grâce à de tels dons et quoique d'une spontanéité absolue dans la forme, l'œuvre littéraire de Sainte Térèse d' Avila est d'une valeur transcendante.

Très femme dans la composition de ses écrits didactiques, Sainte Térèse rachète amplement certains défauts de méthode par la lucidité de ses exposés. Dans le récit, toujours vif, coloré, émaillé de portraits vivants, entrecoupé d'exclamations, relevé d'épigrammes et de dichos, elle est vraiment classique.

Bien qu'elle assigne toujours à l'image un rôle utile, et malgré la sobriété des traits, elle sait décrire avec une

i. San vert, S* ' Thérèse, Étude d'Ame, Paris, Amat, 1902, p. 78. — 2. Menendez y Pelayo : Discursode ingreso en la Espafiola, 1881.

singulière acuité, spécialement les visions et communications du monde suprasensible.

La pénétiation de son analyse psychologique est saisissante et il n'y a point, dans toutes les littératures, d'écrivain qui, en cette matière, la surpasse.

Dans ses Lettres et en ces tournures familières et pleines d'abandon qui se rencontrent en de nombreuses pages de ses œuvres, elle égale les meilleurs auteurs du classicisme français. Le maniérisme n'a fait que l'effleurer et nulle part il ne porte atteinte au bon goût qu'elle avait si robuste et si sûr.

Enfin, elle est des plus grandes dans le lyrisme. Sa délicate sensibilité, guidée par sa lumineuse et puissante intelligence, s'y donne libre cours et lui fait atteindre les plus hautes cimes où les ailes du génie peuvent porter l'expression humaine.

Un psychologue de valeur a dit récemment : « Quelles qu'aient été ses qualités d'observateur et d'écrivain, ses puissantes facultés, ses rares vertus, son génie tout monacal ne vaut qu'apprécié du point de vue du cloître, et reste de ceux qui, s'ils l'ont enrichi, n'ont pas élargi du moins le patrimoine intellectuel de l'humanité * ».

Que vaut ce jugement ambigu ?

Par tout ce que Sainte Térèse a écrit elle a ouvert aux hommes des horizons nouveaux. Elle a, par ses œuvres, aéré l'humanité penchant toujours vers les solutions immédiates, étroites et matérielles. Ses descriptions d'âme, ses explorations du monde intérieur que tout homme porte en soi, ont fait passer sur l'humanité un grand souffle d'idéalisme qui a ventilé le monde.

Aussi croyons-nous que le génie de Térèse ne fut pas seulement un génie monacal mais un génie profondé-

i. Max. de Montmorrand : Psychol. des Mystiques Cathol. Orthodoxes, p. 22.

ment humain ; qu'il dépasse ce qu'on appelle sans trop le préciser «le point de vue du cloître », et qu'il n'a pas seulement enrichi mais grandement élargi le patrimoine de l'humanité, en apportant à celle-ci des trésors de Vérité divine enveloppés dans le manteau d'or de la Beauté.

Avant-Propos v

Bibliographie xi

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