‹ Sainte Térèse, écrivainChapitre 78 sur 108 · Fondations, XXVII · texte numérisé non relu

Fondations, XXVII

Térèse sent venir la fin. En conséquence, et avant son départ de Burgos, elle remet son manuscrit au Dr. Manso à qui elle se confessait. Il portait des additions, notes marginales et corrections du P. Gratien qui en avait revu tout spécialement les 7 premiers chapitres. Ces corrections furent annulées plus tard par Banez. Le Dr. Manso remit en 1587 le manuscrit à Anne de Jésus qui le donna avec les autres autographes à Luis de Léon en vue de l'édition. En 1591, Louis de Léon, qui n'avait pas encore eu le temps de s'occuper de sa publication, mourait, assisté à ses derniers moments par le Dr. François Sobrino, professeur à Valladolid et plus tard évêque de cette ville.

Les Mss.que possédait encore Luis de Léon furent confiés à celui-ci avec mission de les remettre à la Mère Anne de Jésus, de qui Léon les tenait, pour les restituer aux intéressés. C'est vers ce moment, en 1592, que Philippe II exprima le désir de posséder à l'Escorial les Mss. originaux de la Sainte. Son confesseur, Diego de Yepès, prieur de l'Escorial, fut chargé de les rechercher. Par l'intermédiaire de Nicolas Doria, alors vicaire général de la Réforme térésienne, il s'adressa au Dr. Sobrino et, le 18 août de la même année, le manuscrit était remis à Don Garcia de Loaysa, gouverneur du prince royal et premier chapelain du Roi ; celui-ci les remit à Yepès. Philippe II et Philippe III furent des lecteurs assidus des œuvres de Sainte Térèse. Philippe II n'y apprit que trop tard que l'on peut être grand en se faisant petit et que toute œuvre durable est pétrie d'humilité, de douceur et de joie.

Des copies nombreuses furent prises du Ms. La plupart des copies anciennes sont perdues, notamment celle que prit à Burgos même le Dr. Pedro Manso, neveu du Dr. Manso, celle du Dr. Sobrino et celle de D. Francisco Mora. Parmi les copies qui nous restent, il convient

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de citer celle de Tolède (qui renferme aussi les Relations dont nous avons parlé plus haut) et celle de la Real Academia de Historia.

Les Fondations furent éditées pour la première fois en 1610, à Bruxelles, chez Roger Velpius et Hubert Antoine. Cette édition princeps est due aux soins de la Mère Anne de Jésus, alors prieure au Carmel de cette ville, aidée du P. Gratien qui séjournait également en Belgique à ce moment. Les chapitres x et xi qui racontent avec grands éloges l'extraordinaire vocation de la petite Casilde de Padilla y sont volontairement omis. A ce moment en effet, la fille de l'Adelantado de Castille qui n'avait point persévéré au Carmel, vivait encore, dans un monastère de franciscaines. Cette raison que les héros du livre étaient encore en vie, ne vaut que pour ce chapitre et non pour toute l'œuvre, contrairement à l'opinion des Carmélites de Paris et de presque tous les éditeurs des œuvres. Si les fondations ne parurent pas dès 1588 avec les autres œuvres dans l'édition princeps de Salamanque, c'est uniquement parce que Louis de Léon n'avait pas eu le temps, vu ses occupations, d'en préparer l'édition. La déclaration d'Anne de Jésus ne laisse sous ce rapport aucun doute.

Faite d'après une copie prise sur le manuscrit avant la rectification des retouches de Gratien, l'édition de Bruxelles, aujourd'hui très rare, reproduit toutes ces corrections malencontreuses.

L'œuvre de la Sainte fut plus déformée encore par l'édition tendancieuse de Saragosse, en 1623, faite par les Carmes de l'Observance. Mutilation et altération du texte, divisions arbitraires, rien n'y manque. Par contre les chapitres x et xi sont toujours omis.

La première édition espagnole des Obras qui renferme le livre des Fondations, est l'édition plantinienne d'Anvers, 1630, chez Baithazar Moretus. Édition matérielle-

ment superbe, elle reproduit tous les défauts de la Princeps.

En 1645 commencèrent les premiers travaux critiques, dirigés par le P. Antoine de la Mère de Dieu, en vue de l'édition dite des Carmes, (1661) ; celle-ci fut encore très incomplète. L'édition de Doblado (1778 et 1793) profita néanmoins des progrès réalisés.

Les éditions de la Fuente de 1861 et 1881, et son édition photolithographique de 1880, celle-ci très méritoire cependant, ne donnèrent pas encore satisfaction.

L'édition critique de Burgos de 1918 est la première qui restitue le texte dans sa pureté intégrale et assigne à certains passages, imparfaitement déchiffrés jusqu'ici, leur lecture définitive *.

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