‹ Sainte ThérèseChapitre 35 sur 59 · I. Ribera, HT, chap. i · texte numérisé non relu

I. Ribera, HT, chap. i

désavouer, elle fit solennellement son acte d'adhésion et fut nommée par ses supérieurs conventuelle du monastère de Salamanque. Puis elle 'arriva pour se faire installer dans sa délégation de prieure par le Provincial. Leur arrivée à tous deux fut accueillie par un violent tumulte. Irritées devoir qu'on ne les avait point consultées et redoutant d'être contraintes de renoncer à la règle mitigée, les Sœurs prodiguèrent à l'un comme à l'autre les cris, les apostrophes et même les injures. Pendant que quelques-unes, plus résignées ou plus vertueuses, voulaient recevoir la nouvelle prieure processionnellement, croix en tête, avec le chant du Te Deiim, d'autres criaient, d'autres s'évanouissaient. Enfin, la Mère obtint un commencement de calme, en déclarant qu'elle n'était elle-même là que par obéissance, et en prononçant quelques paroles dont il semble bien qu'on a dû garder le caractère, tant elles sont conformes à tout ce que nous savons d'elle par ailleurs.

« Mesdames, mes mères et mes sœurs, Notre-Seigneur m'a envoyée par la voix de l'obéissance dans cette maison pour y remplir un ofiîce auquel j'étais loin de songer et dont j'étais très indigne.

« Le choix que l'on a fait de moi m'a causé un profond chagrin, non seulement parce qu'on me confie une charge que je ne saurai pas remplir, mais encore parce que l'on vous a privées de la liberté de procéder vous-mêmes à vos élections et que l'on vous donne une prieure contre votre volonté et votre goût; or, cette prieure est telle que ce serait beaucoup pour elle de parvenir à imiter toutes les vertus de la dernière d'entre vous.

a Je viens seulement pour vous servir et vous entourer de sollicitude autant qu'il dépendra de moi...-

Je suis fille de cette maison et vôtre sœur. Je connais le caractère et les besoins de toutes, ou du moins de la plupart d'entre vous ; il n'y a donc pas lieu de vous éloigner d'une personne qui vous touche de si près.

« Ne soyez donc pas effrayées de mon gouvernement; bien que j'aie vécu au milieu des carmélites déchaussées et que j'y aie exercé l'autorité, je sais par la miséricorde de Dieu comment il faut conduire celles qui ne le sont pas ' »

Ce discours ne pouvait que lui gagner les moins rebelles. Une autre attention fort délicate acheva la pacification. Un jour, comme elles arrivaient au chœur, pour la plupart raides et glaciales, elles virent la stalle de la prieure occupée par une statue de la Sainte Vierge ayant dans ses mains les clefs du monastère ; à ses pieds seulement celle qui paraissait se donner comme sous -prieure s'était réservé un petit escabeau. La Mère ne tarda point à ressentir les effets de cette muette diplomatie. « Ma prieure^ écrivait-elle (la Sainte Vierge !) fait des merveilles. » L'Incarnation devenait et restait un couvent aussi fervent que ceuxdes déchaussées. Le gouvernement qui lui était imprimé méritait d'ailleurs d'être béni à tous égards. Si les visites trop fréquentes furent sévèrement interdites, au point d'irriter violemment quelques gentilshommes, le « temporel » fut améhoré, et la grande mystique qui avait rétabli la paix dans les âmes sut aussi mettre Tordre dans les modestes finances de la communauté.

En i574) les trois années de son priorat n'étaient paseïicore expirées, lorsque, dans une oraison, elle

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