‹ Sainte ThérèseChapitre 37 sur 59 · I. \oyez plus haut, p. i5o-i5i · texte numérisé non relu

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traversèrent la vie de sainte Thérèse*. Longtemps arrêtée par la résistance de ses parents, puis par des maladies terribles que termina une guérison miraculeuse, elle pouvait enfin, en compagnie d'une de ses sœurs, voir ses vœux réalisés. Sur ses instances Philippe II levait tous les obstacles (qui venaient de la commanderie de Saint- Jacques), et les deux sœurs pouvaient se consacrer à la construction du monastère.

Sainte Thérèse qu'elles y avaient appelée y arriva le jour de la saint Mathias i5yS. Des gentilhommes de Véas étaient allés à cheval au-devant d'elle pour escorter ses chariots : une foule immense l'attendait ; le clergé en surplis, les habitants, croix en tête, la menèrent processionnellement à la maison où devait être installée la communauté nouvelle. Là, Catherine de Sandoval, voyant pour la première fois les carmélites et leur Mère, reconnaissait les visages qui lui avaient été montrés dans une vision.

Quant à la fondatrice, le plus grand de tous les bonheurs qui lui étaient réservés à Véas, fut de s'y rencontrer avec le P. Jérôme Gratien de la Mère de Dieu. C'était l'un des nombreux enfants de l'un des. hommes les plus considérables de l'Espagne. Après avoir pris ses grades à l'Université d'Alcala, il avait eu un instant l'idée d'entrer chez les jésuites; et finalement il avait choisi les carmes déchaussés. Sainte Thérèse avait déjà échangé avec lui quelques lettres : elle ne l'avait jamais vu. A peine lui avait-elle causé quelques instants qu'elle « bénit Dieu d'une aussi grande faveur » ; car, ajoute-t-elle, « s'il m'eût été libre de choisir et de demander au divin Maître

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quelqu'un pour mettre tout en ordre dans notre naissante réforme, jamais je n'aurais su demander autant qu'il lui a plu de nous donner ». « Jamais, dit-elle encore, je n'ai vu tant de perfection unie à tant de douceur; » et dans ses lettres, elle ne tarit pas sur ce jeune homme de si haute famille, d'une science consommée, prédicateur admirable, d'un caractère prêt à aflFronter toutes les épreuves, « complet » enfin, mûr avant l'âge*.

Cette rencontre d'une femme de soixante ans et d'un jeune religieux qui en avait à peine trente est donc un des événements les plus saillants de cette double existence. La réforme des carmes paraissait encore à la fondatrice renfermer des principes redoutables d'affaiblissement et même de prompte décadence. Ils étaient toujours soumis aux mitigés, qui ne cherchaient qu'à les annihiler; ils n'avaient point de constitutions approuvées ; dans les divers monastères ils se conduisaient comme ils le jugeaient à propos, et ils n'avaient pas les uns et les autres les mêmes vues; enfin celui qui, déjà, honorait tant l'ordre, Jean de la Croix, lui paraissait sans doute plus fait pour prier, pour confesser et pour écrire que pour gouverner. Il était donc temps qu'un homme tel que le P. Gratien fût chargé, ainsi qu'il arriva, du gouvernement général et des carmes et des carmélites de la réforme.

En attendant, elle apprit avec bonheur qu'étant Visiteur apostolique de tout l'ordre, en Andalousie, il se trouvait, à Véas, être son supérieur. Aussi, malgré le peu d'attrait, disons plutôt la répulsion qu'inspiraient à cette fille de la Vieille Castille l'Anda-

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