‹ Sainte ThérèseChapitre 104 sur 146 · ACTE IV. l · texte numérisé non relu

ACTE IV. l

Tordait les bois, riait en sursaut d'ébrécher

Le palais à l'église et la tour au clocher...

Et moi, je me sentais, ô flottante patrie !

Membre à membre écharpé dans l'énorme avarie;

Puisque nous n'étions qu'un, la mer qui morcelait

Albaccte d'avec Cadix, m'écartelait ;

En arracliant Castilleà Léon, la tempête

Fibre à ûhve m'ôtait des épaules la tète ;

Je râlais sous le poids qui submerge Aragon;

Et quand l'eau de colère et d'enfer, l'eau dragon

Dans ses replis, dans ses morsures, dans ses baves,

Eut détiré, disjoint, dispersé par épaves,

Loin, plus loin, d'onde en onde, et d'écueil en écucil

Mon Espagne de foi, d'espérance et d'orgueil

Sous les vastes oiseaux carnassiers de cadavres.

Moi, moi, comme elle épars, aux brisants, dans les havres.

Sur les grèves, partout, en un même moment,

Je sentis panteler, saigner, affreusement,

Sous l'aile dégoûtante et sous le bec immonde,

Les lambeaux de mon corps dans les morceaux d'un monde.

— Alors, les cent tourments de mon être meurtri

Se rejoignirent tous en l'horreur d'un seul cri !

Et, parmi le décembre aigu du miroir mage

Je gisais, seul, dans les débris de mon image.

Haletant, des tessons dans la chair enfoncés,

Les dix ongles à l'or du cadre révulsés,

Et sous le claquement de mes dents convulsives

Mâchant du verre dans le sang de mes gencives !

DOM TOMASSO

Roi ! Dieu vous avertit de venger son honneur !

Jésus VOUS avertit d'avoir pitié, Seigneur !

DOM TOMASSO

C'est son courroux qui dans l'ouragan tonne et vente.

C'est son amour qui fait signe dans l'épouvante^

l64 SAINTE THERESE.

DOM TOMASSO

Avez-vous mérité, par des Actes très saints,

Que l'Ange des combats s'accorde à vos desseins?

Avez-vous mérité par la miséricorde

Que l'Agneau du salut à vos desseins s'accorde?

DOM TOMASSO

La rigueur doit frayer la route à l'action.

DOÎI LUIS

La sûre pente au but, c'est la compassion.

IJ O M T <J M A s s O

Quand, requis de garder, par le feu, la foi pure, Nous ré|)ondiez : « Ainsi, moi, le Uoi, je le jurel » Quel secours le Très-Haut vous a-t-il refusé?

D05 LLIS

Quand, parfois, votre cœur cbrélien s'est apaisé. Quelles saintes mercis ne vous furent offertes? Le Juge monte au Ciel par les prisons ouvertes.

DOM TOMASSO

Une fausse béate, au Carmel d'Avila, Folle fille qu'un prêtre souple ensorcela...

Sage vierge, or tout pur en l'humaine poussière...

DOM TOMASSO

...Fit s'évader du bon supplice une sorcière. Qu'on la juge I c'est de votre àme qu'il y va.

On ne se sauve point à perdre qui sauva.

DOM TOMASSO

Des sombres feux d'enfer elle est hallucinée!

Elle est, comme un miroir du ciel, illuminée!

DOM TOMASSO

Elle entend et voit Dieu dans le Saint Sacrement! Bâillonnez d'un tison sa parole qui ment.

Elle sait ce que Dieu ne dit qu'à son épouse!

Écoulez cette voix que la clarté jalouse.

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