‹ Sainte ThérèseChapitre 125 sur 146 · ACTE V. 20I · texte numérisé non relu

ACTE V. 20I

Mais non pas à présent une sœur qu'on envie. Car tu perdis le Ciel, et je garde la vie !

Elle sVafuit. Les nonnes sont à genoux autour de Thérèse. U>'E CARMÉLITE

Qu'elle est blême !

U>E AUTUE

Et rigide.

L>E AUTRE

Et si froide.

LA VIEILLE

Sa peau Semble de marbre,

JUAN A

Elle est pareille à son tombeau.

LA CARMÉLITE

Elle bouge, se hausse en arc.

U >■ E AUTRE

Elle retombe.

LA VIEILLE

Et se redresse!...

En effet, TliL-rèse hagarde, blême, se remet debout. JUA>"A

C'est comme un lever de tombe.

Tiiérèse, dans l'écume et le claquement des dénis, balbutie. LA CARMÉLITE

Que dit-elle?

THÉRÈSE les veux écarqudiés, un bras tendu, affreusement visionnaire

L'Enfer. L'Enfer de mon péché.

Un noir écartement de sépulcre ébréché.

On y descend par un escalier de décombre Et de nuit. On y voit pourtant. C'est du jour d'ombre. Le gîte est si restreint qu'on n'y peut tenir droit Ni couché. Ce sera l'éternel dans l'étroit. Tout le fléchissement, front, nuque, reins, épaule Au genou, s'étrécit au moule de la geôle; Et l'on a, la terreur pantelante en dedans, Trop peu d'espace pour le claquement des dents.

202 SAI>TE TUERESE.

Avec une espérance déchirante.

OÙ sont les grils, où sont les huiles et les flammes Dont vous avez leurré le désespoir des âmes. Seigneur ! laissez du moins la damnée, ô mon Dieu, Se mouvoir dans la braise et respirer du feu? Enviables tourments de la zone enflammée D'où le regret du ciel traverse la fumée !

Elle tombe sur les genoux, comme écrasée.

Du poids de toutes parts m'enveloppe. Je suis

Le seau captif, l'hiver, dans la glace du puits.

Je reste au fond. Mais non pas seule ! 1 La muraille,

O hideur ! d'àprelés écailleuses s'éraille;

Et la lézarde zigzaguante du ciment

M'étreint toute d'un strict et rêche rampement

Qui grince et nargue : « Allons, étends les bras ! déploie

Le geste pardonneur dont Jésus s'apitoie.

Quand l'impie au gibet le recloue et le tord

Enseigne à Dieu l'amour des bourreaux ; il eut tort

De chasser les démons et les vendeurs du Temple;

Et, pour bénir le mal, n'attend que ton exemple ! »

Grâce ! grâce ! Le mur contracte sa rigueur.

Un autre rire grince : « Allons ! répands ton cœur !

Epanouis-toi, toute, en oraisons pâmées !

Car le roi des sept cieux, des mers et des armées

Et de l'inconcevable et de l'illimité

Ne saurait se complaire à son éternité

Sans les douceurs de ta nuptiale caresse ! »

Et de mes yeux collés au cachot qui m'oppresse

Je touche les moqueurs de l'espoir châtié.

C'est le démon Amour! c'est le démon Pitié 1

Mes coupables vertus se sont faites tortures.

Laissez-moi dénouer les vivantes ceintures !

Ne me garrottez pas d'un incassable écrou

Dans l'expiation ironique du trou.

Je veux fuir!

Elle se débat, recule, se dérobe.

La lézarde en images s'érige, Et me poursuit. Pitié! double vertige!

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