ACTE V
Ximeira se tourne peu à peu vers Thérèse.
Il est fait, Sainte à qui rien d'humain n'était cher, De l'instinct d'Eve et du délire de sa chair. Longtemps, comme à l'épave un naufragé s'attache, ïu garderas ton rêve et t'y croiras sans tache ; Pleine d'enfer dans la conjugale Sion ïu te sanctifieras de ta perdition... »
Ximeira parle direcleraent vers Thérèse.
Mais je t'arracherai ton excuse obstinée, Bienheureuse du Mal, Séraphique damnée!
Tu sauras, tu sauras l'impérieux levain Diabolique de ton ravissement divin.
Et, plus fortes encor d'être enfin criminelles. Tu n'en rouvriras pas les étreintes charnelles. Mieux possédée en un martyre plus ardent! Alors, la foi vaincue, alors, l'orgueil aidant. Pour que Vaffreuse joie à jamais te meurtrisse, Tu seras la menteuse et la simulatrice; Voici, qu'impie, impure, en un infâme jeu. Tu feindras l'oraison, l'espoir, tu feindras dieu. D'une extase de vierge à Jésus consacrée Tu pareras tes vils transports...
Après avoir subi toutes les affres grandissantes de quelqu'un qui verrait peu à peu se déformer abominablement sa propre image dans un miroir de damnation, Thérèse pousse un cri qui râle, défaille, va tomber. Juana et les autres religieuses courent à elle, l'entourent, la pressent. Ximeira dit, au comble d'une joie atroce :
Ah! torturée!
THÉRÈSE
J'étrangle! Un serpent froid me serre! Il se répand En longs anneaux, s'enroule, enlace...
XIMEIRA
un peu vers la droite, à part, joyeuse
Oui, le Serpent!
THÉRÈSE
Pesant, glacé, c'est comme un rampement de pierre Qui m'écrase...
XIMEIRA
Je sais.
THÉRÈSE
Du feu! Sous ma paupière!
Du feu! qui ne vient pas du dehors! par accès D'incendie il surgit de moi-même...
XIMEIRA
Je sais.
THÉRÈSE
Je brûle et je transis.
Elle se jette dans les bras de Juaoa.
Ah ! c'est le démon !
JU ANA
aux Carmélites
Toutes, Priez :
LA VIEILLE RELIGIEUSE
De l'eau bénite !
THÉRÈSE
0 calme ! Non. Les gouttes Fument à la chaleur et gèlent au frisson. Je suis de flamme dans l'étreinte d'un glaçon.
Elle marche vers l'autel en chancelant,
Que le piètre se hâte ! il le faut !
Une Carmélite va vers la chapelle.
LA VIEILLE RELIGIEUSE
se tournant vers Ximeira
Toi, honnie, Ya-t'en d'ici !
THÉRÈSE
Je veux... la messe...
XIMEIRA près de la porte par où elle est entrée
Oui, communie, Afin d'exorciser le démon obsesseur. . .
Thérèse trébuche, tombe en arrière, roide, pareille à une morte.
Et rrieurs avec l'effroi dans l'âme 1 Adieu;, ma sœur»