‹ Sainte ThérèseChapitre 127 sur 146 · UNE VOIX · texte numérisé non relu

UNE VOIX

puissante et triste

Courtisane de Dieu !

Sous cette parole, terrible, — terrible comme un écho mélancoliquement ironique, qui contredit, — Thérèse se retourne ; elle voit Ervann debout sur la rampe de la terrasse, au fond, elle le regarde, le regarde encore. Toute la vérité lui apparaît.

THÉRÈSE

écrasée

Nuit (les nuits ! chute au fond du gouffre irréfmtable !

ERVA>'>'

à ses disciples qui se montrent aui embrasures.

Maintenez-les, laissez-moi seul.

THÉRÈSE qui a couru vers l'autel et s'en détourne

La sainte Table

Me renie ! .

Avec elle !

ERVA>"N

à ses disciples

Un instant, et je vous rejoindrai,

II descend. Thérèse s'est jetée contre le mur à gauche.

THERESE en une désespérée constatation.

J'étais une femme! c'est vrai.

ERTA^>'

doux, d'assez loin

Vierge adorable, à qui pour que le ciel te lave De tout mal, suffira de' n'être plus esclave, Sainte dès cette vie, ange après le trépas, Thérèse de Jésus, ne me reconnais pas!

THÉRÈSE

épouvantée d'elle-même.

Oh! Je le reconnais! Comment ai-je pu n'être Que celle qui devait un jour le reconnaître?

ERVA>X

Ervann, le prêtre abject, méprisable, alléché l'ar une soif de bête au ruisseau du péché,

3o6 SAINTE THÉRÈSE.

Le mauvais prêtre Ervann de les pitiés indigne

N'est plus. Le jour s'est iait dans mon ame, à ton signe!

O Pure! je le crois, c'est pour avoir été

Béni de toi que ma bassesse a mérité,

Martyre et gloire aussi, l'apostolat auguste.

Donc je sais et je dis le vrai, le bien, le juste :

L'esprit désabusé, l'àme et le cœur grandis,

En retour du salut que je t'ai dû jadis

J'offre un salut plus sûr et plus sublime encore;

Et c'est la liberté qui vient avec l'aurore!

vers Dieu

Du moins qu'à mon péché je n'ai pas consenti Et qu'en t'aimant toujours je n'ai jamais menti, ïu le sais. Christ!

Ervann s'approche.

Oh ! quels que soient ton nom, ta roule, Ta fin, que me veux-tu, passant funeste?

ERVA>'>'

Ecoule.

Le divin Créateur qu'ignorent vos couvents N'est pas le dieu des morts, mais le dieu des vivants! Du flux et du reflux des unions fécondes Son Yerbe a fait le rythme universel des mondes Hors de l'ombre stérile et du chaos sans but ; Et c'est pour voir l'Amour que la Lumière fut. Crois-tu donc que ce soit des océans, des astres, Des champs, des monts, du gouffre aux énormes désastres, Et du soleil dont le néant fut ébloui, Que, le septième jour, dieu se soit réjoui? Il pouvait ériger des monts plus hauts encore. Créer la mer plus vaste et plus belle l'aurore. Plus profonds de verdure et plus charmants de fleurs Les bois où, sous l'abeille et les nids querelleurs, Rôdent les ours pesants et les reptiles souples... Ce qui l'enorgueillit, c'est d'avoir fait les couples! Les amants deux par deux, l'un de l'autre soutien. Chastes, ravis, qui par le bonheur font le bien

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