‹ Sainte ThérèseChapitre 128 sur 146 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Et peupleront, après l'exemple salutaire, Son royaume, des gratitudes de la terre!

THÉRÈSE

Ah! je comprends enfin tout entière, ô démon!

Ta ruse. J'ai rompu le glissant goémon

De la nocturne mer de songe et d'épouvante;

Hors du piège morlcl je plane, ange vivante!

Mais tu t'es avisé de n'avoir point tenté

Ma foi par la raison et par l'humanité

Vêtue ou non d'une divine ressemblance.

Soit. Gomme vm tronc de chêne où tremble en vain la lance

Par sa force immobile en repousse le fer,

Je renverrai la tentation à l'enfer.

Vers Ervann, avec un calme victorieux, simple ;

Parlez, venez, je crois vous reconnaître comme Dans l'ombre d'une croix on verrait fuir un homme. Pénitent humble, avec l'indulgence pour prix, Avez-vous expié?

ERVAXN

J'ai fait mieux! j'ai compris, Non sans avoir subi le bienfaisant martyre Du garrot qui strangulc et du boulet qui tire. Qu'ici-bas, hors l'amour, tout est impie et vain!

THÉRÈSE

Gerte! il n'est que l'Amour, quand l'amour est divin Et nous requiert d'une adorable obéissance!

ERVAXN

Il est toujours divin, car telle est son essence!

Mais, pur, ardent, sur terre il faut qu'il soit humain.

Les pieds du crucifix rebroussent votre hymen.

Dieu ne veut pas pour lui, quelque vœu qui l'en somme,

La femme d'ici-bas qu'il a faite pour l'homme;

Il garde à son Adam l'Eve du paradis!

Et le Tout Gréateur se réjouit, tandis

Que sa féconde loi joint l'ivresse aux tortures

Dans l'épanouissement bénit des créatures.

3o8 SAINTE THÉRÈSE.

THÉRÈSE

Parle aux bêtes des bois! Parle aux mortels amants

Leurs égaux par le rut et les pullulements.

La Vierge des autels, l'intacte épouse élue.

Vouée au Monde-esprit, du Monde-cbair exclue,

Aspire d'un désir toujours plus exalté

Au délice infini de la stérilité!

Elle aime! Oh! de quels mots Immains le nommerai-je,

Ce pur amour, ce feu fait de céleste neige! '

Elle aime, d'un effluve immense, aérien.

Sublime, où rien ne vit de la terre, rien, rien.

Pas même un souvenir d'ombre sur la prière...

Et son vœu qui ne sait ce qu'il laisse en arrière

Monte, monte vers Dieu, criant l'unique nom,

Le presse, le harcèle, et le possède!

ERVA^'N

Non.

Car une femme, même en des candeurs d'enfance, Aime comme une femme, et le ciel s'en offense. Courtisane de Dieu, vous l'êles en effet Dans le zèle ingénu de votre cœur parfait; Et vos ferveurs et vos tendresses les plus pures, Qu'il ne réclamait point, lui seront des injures. Si leur élan, même pour lui, s'est détourné De l'hymen d'ici-bas, qui vous est ordonné. Accomplissez la loi de la Parole Unicpie! Le Tout-Puissant voulut l'amour tout tyrannique, Et de son paradis, sa méprisante main Exclut les contempteurs du paradis humain. C'est dans l'amour d'un jour dont il nous fit la proie Que, juste, il nous essaie à l'éternelle joie. C'est par l'épreuve dans l'union, qu'il conclut. Du désir vil ou pur, l'abîme ou le salut; Et les bonheurs promis, les peines ordonnées Seront des lendemains justiciers d'hyménées. Hors d'ici! Vierge, viens! Suis l'apôtre étranger Dans la vie, et dans les mérites du danger!

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