‹ Sainte ThérèseChapitre 138 sur 146 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

En un bruit égorgé d'agneaux dans les élables

Les macérations des nonnes lamentables

Abjurent la pensée et détestent la chair;

Et n'ayant rien, hormis mourir^, qui leur soit cher.

Du feu dans leurs yeux creux, du sang à leurs mains jointes.

Vers le Ciel où, les soirs, les astres sont les pointes

Peut-être d'un cilice énorme, convoité.

Pour qu'il pardonne au mal, au rêve, à la beau lé,

Monte sans rien laisser de leur âme en arrière

L'àpre ferveur de leur implacable prière .

LE PÈLERIN

Donc, le tourment, toujours;' Faul-il que le Carmel Soit semblable à l'enfer, pour mériter le ciel ?

LA MÈRE ANNE

Pauvre, ne réponds plus.

aux Carmélites :

Il se peut que l'on change.

Vierge acerbe naguère, au moment d'être un ange. Et que se rattendrisse à la proximité Du jugement divin l'humaine charité.

Parfois on a cru voir, dans ses yeux, sans secousses. Sous ses doux cheveux blancs, rêver des larmes douces Comme si la rigueur de son cœur s'émoussait... Tais-toi. C'est un mystère entre elle et Dieu. Qui sait?

UNE DES CARMÉLITES

près du porche, à gauche

Comme les conviés aux noces du Cantique

La terre après le ciel se rue au lit mystique !

Regardez, dans le soir embrasé des coteaux.

Un manteau de splendeur aux bures des manteaux,

Les Carmels, multitude au loin reconnaissable

Sous l'or du ciel à son humilité de sable.

Les religieuses se sont empressées vers la grille du porche. On entendra, peu à peu, grandissantes les plaintes des religieuses qui viennent.

UNE AUTRE CARMELITE

Voici nos sœurs de Saint-Joseph en Avila ! Car au blason claustral la laine simula

La mère avec l'enfant dans le désert aride, Et saint Joseph qui mène l'âne par la bride.

U>E AUTRE

Voici celles de la sierra de Malagon ! Car, au drapeau d'azur étoile, le Dragon Tord sous l'ange sa plaie en écarlate ornière.

UNE AUTRE

Celles de Patrana portent sur leur bannière L'Annonciation séraphlque du Fils :

Marie en robe bleue et l'ange avec un lys.

LA PREMIÈRE CARMELITE

D'autres, Valladolid, Olmède, Ségovie

Les suivent, troupe encor d'une troupe suivie,

Sous l'écusson de leurs étendards reconnus;

Et toutes, écorchant aux pierres leurs pieds nus,

Frappant leurs seins meurtris, ou serrant les charnières

Du cilice, ou s'offrant aux clous durs des lanières,

Battent l'air et le mur infatigablement

D'un flux de pénitence «et de gémissement!

Les clameurs plaintives, au dehors, sont plus proches, et s'exaspèrent. Les religieuses du Carmel d'Albe tendent les bras vers celles qiii viennent. — D'autre part, peu lointaines, des sonneries de trompette.

LA PREMIÈRE CARMELITE

Mais, de l'autre côté, voyez sous la poussière Ce cortège de faste et de force princière Pendant que des clairons sonnent dans le soleil !

U>E AUTRE

Un prêtre noir, un prêtre en pluvial vermeil. Devant les aciers clairs, la moire et les dorures, Suivent une litière aux sombres chamarrures Où, la face immobile et voilée à demi. Une forme s'étend de mort ou d'endormi. Quel est, mystérieux dans sa gloire sonore, Celui qui vient à nous?

UNE AUTRE

Je ne sais.

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