ACTE V
En un bruit égorgé d'agneaux dans les élables
Les macérations des nonnes lamentables
Abjurent la pensée et détestent la chair;
Et n'ayant rien, hormis mourir^, qui leur soit cher.
Du feu dans leurs yeux creux, du sang à leurs mains jointes.
Vers le Ciel où, les soirs, les astres sont les pointes
Peut-être d'un cilice énorme, convoité.
Pour qu'il pardonne au mal, au rêve, à la beau lé,
Monte sans rien laisser de leur âme en arrière
L'àpre ferveur de leur implacable prière .
LE PÈLERIN
Donc, le tourment, toujours;' Faul-il que le Carmel Soit semblable à l'enfer, pour mériter le ciel ?
LA MÈRE ANNE
Pauvre, ne réponds plus.
aux Carmélites :
Il se peut que l'on change.
Vierge acerbe naguère, au moment d'être un ange. Et que se rattendrisse à la proximité Du jugement divin l'humaine charité.
Parfois on a cru voir, dans ses yeux, sans secousses. Sous ses doux cheveux blancs, rêver des larmes douces Comme si la rigueur de son cœur s'émoussait... Tais-toi. C'est un mystère entre elle et Dieu. Qui sait?
UNE DES CARMÉLITES
près du porche, à gauche
Comme les conviés aux noces du Cantique
La terre après le ciel se rue au lit mystique !
Regardez, dans le soir embrasé des coteaux.
Un manteau de splendeur aux bures des manteaux,
Les Carmels, multitude au loin reconnaissable
Sous l'or du ciel à son humilité de sable.
Les religieuses se sont empressées vers la grille du porche. On entendra, peu à peu, grandissantes les plaintes des religieuses qui viennent.
UNE AUTRE CARMELITE
Voici nos sœurs de Saint-Joseph en Avila ! Car au blason claustral la laine simula
La mère avec l'enfant dans le désert aride, Et saint Joseph qui mène l'âne par la bride.
U>E AUTRE
Voici celles de la sierra de Malagon ! Car, au drapeau d'azur étoile, le Dragon Tord sous l'ange sa plaie en écarlate ornière.
UNE AUTRE
Celles de Patrana portent sur leur bannière L'Annonciation séraphlque du Fils :
Marie en robe bleue et l'ange avec un lys.
LA PREMIÈRE CARMELITE
D'autres, Valladolid, Olmède, Ségovie
Les suivent, troupe encor d'une troupe suivie,
Sous l'écusson de leurs étendards reconnus;
Et toutes, écorchant aux pierres leurs pieds nus,
Frappant leurs seins meurtris, ou serrant les charnières
Du cilice, ou s'offrant aux clous durs des lanières,
Battent l'air et le mur infatigablement
D'un flux de pénitence «et de gémissement!
Les clameurs plaintives, au dehors, sont plus proches, et s'exaspèrent. Les religieuses du Carmel d'Albe tendent les bras vers celles qiii viennent. — D'autre part, peu lointaines, des sonneries de trompette.
LA PREMIÈRE CARMELITE
Mais, de l'autre côté, voyez sous la poussière Ce cortège de faste et de force princière Pendant que des clairons sonnent dans le soleil !
U>E AUTRE
Un prêtre noir, un prêtre en pluvial vermeil. Devant les aciers clairs, la moire et les dorures, Suivent une litière aux sombres chamarrures Où, la face immobile et voilée à demi. Une forme s'étend de mort ou d'endormi. Quel est, mystérieux dans sa gloire sonore, Celui qui vient à nous?
UNE AUTRE
Je ne sais.